Courage et injustice

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai regardé l’émission de Nicolas Sarkozy hier soir. Convenons qu’il était difficile d’y échapper, à moins d’être un téléspectateur d’Equidia, de Gulli ou de France 3… curieusement épargnée par l’opération de propagande digne de l’ORTF à laquelle les Français ont été condamnés ce dimanche. On dira que j’ironise : ce n’est pas faux, mais on en conviendra il y a là une entorse sérieuse aux règles de la démocratie, une utilisation inacceptable du statut de Président de la République au profit d’un candidat, au mépris de toutes les règles d’équité qui s’imposent – ou qui devraient s’imposer si la France tournait enfin le dos à ses traditions monarchiques pour devenir une République moderne.

Nicolas Sarkozy veut faire du courage son mot d’ordre, peut-être son slogan de campagne : le plus simple pour cela eût été de sortir de l’hypocrisie commode dans laquelle il se réfugie, pour annoncer sa candidature.

Car, oui, Nicolas Sarkozy était hier soir candidat, et uniquement candidat. Certes, il ne s’est pas officiellement déclaré, voulant jusqu’au bout profiter des privilèges de sa fonction, du déséquilibre médiatique en sa faveur que ceux-ci engendrent. Nous ne sommes même plus dans le secret de polichinelle, mais dans le mince déni d’une évidence. Le candidat sortant ne s’en est pas caché, d’ailleurs, avouant qu’il ne se déroberait pas à son rendez-vous avec les Français, que ceux-ci auraient à juger son bilan, et que le moment approchait. L’annonce de sa candidature, de surcroit, avait été faite la veille… par le secrétaire général de la CDU allemande, prévoyant la venue de la Chancelière Angela Merkel lors des meetings de campagne du candidat de l’UMP. Je regrette, au passage, ce dévoiement de la relation franco-allemande. Certes, il n’est pas illégitime, et au demeurant pas inédit, que des dirigeants conservateurs européens fassent campagne côte à côte. Mais en cette période de crise, à l’heure où la relation franco-allemande est plus décisive que jamais pour une Europe en danger, alors qu’elle devra, quoi qu’il arrive, quel que soit le choix du peuple français, être forte et féconde, il n’est pas bon de laisser entendre qu’il n’y aurait qu’une incarnation, qu’une direction possible pour ce couple plus essentiel que jamais. Nicolas Sarkozy, je vais y revenir, veut faire du courage son mot d’ordre, peut-être son slogan de campagne : le plus simple pour cela eût été de sortir de l’hypocrisie commode dans laquelle il se réfugie, de l’abri factice que lui offre son statut mensonger du « Président qui agit jusqu’au bout » pour annoncer sa candidature. Il s’y est refusé.

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Une séquence réussie

La semaine qui vient de s’écouler était importante pour la campagne de François Hollande, pour la gauche, donc pour les Français qui entrent dans le débat présidentiel. Je sais qu’on me prête parfois un excès d’optimisme – à tort, je vais m’en expliquer – même si j’assume de croire en la victoire, et d’y travailler sans compter. Il me semble toutefois pouvoir dire, sans outrecuidance ni arrogance, et rejoignant ainsi le jugement des observateurs les plus objectifs, que ce moment a été un succès.

Pour ma part, connaissant les qualités de François Hollande, je n’étais pas inquiet outre mesure.

Je suis conscient, en effet, des attentes, voire des doutes qui se tournaient vers notre candidat, vers nous. J’entendais la petite musique médiatique, qui avait pénétré certains esprits, les interrogations sur la campagne, je voyais les attaques grossières, brutales, mais concertées des « snipers » sarkozistes, alimentés par « la cellule riposte » de l’UMP, que j’ai qualifiée de cabinet noir, je sentais qu’à défaut de convaincre elles pouvaient impressionner. Pour ma part, connaissant les qualités de François Hollande, conscient du travail fait dans et autour de l’équipe de campagne, je n’étais pas inquiet outre mesure. Pour autant, je savais l’ampleur de la tâche, la hauteur de la haie à franchir : rien n’était acquis. Une séquence majeure s’ouvrait à trois temps : le discours du Bourget, la présentation du projet, enfin l’émission « des paroles et des actes » sur France 2 et la confrontation attendue avec Alain Juppé, l’ « atout maître » de Nicolas Sarkozy, son « joker ». L’ensemble, j’en ai la conviction, a été maîtrisé.

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