« Il y aura un affrontement droite-gauche net, une vraie confrontation » – Les Echos

Interview de Pierre Moscovici publié dans le journal « Les Echos » en date du 15 février.

Quel est l’enjeu pour François Hollande de son second grand meeting à Rouen ce soir ?

Ce meeting se tient dans sa ville natale. Mais aussi au coeur d’une région industrielle très touchée par la crise. Au moment où l’on évoque des approches punitives pour les chômeurs, des tentations protectionnistes, il va redire que la réponse à la crise, c’est d’abord la priorité accordée à l’industrie, c’est l’amélioration de la compétitivité hors prix de notre économie, c’est l’innovation, c’est la réciprocité, bref c’est le redressement. La présidentielle se jouera d’abord sur les questions économiques et sociales, sur nos propositions pour relancer l’activité, créer des emplois et rétablir la justice. Mais la question des valeurs ne peut être esquivée. Nicolas Sarkozy se démène pour faire oublier son bilan, accablant, il fait tout pour déplacer le débat. Nous ne fuirons pas la confrontation sur le vivre ensemble dans la République.

Comment voulez-vous le contrer ?

Nicolas Sarkozy aurait pu se poser en chef d’Etat rassembleur, en président protecteur, en capitaine courageux dans la tempête. Bizarrement, il a choisi la posture d’un conservateur à l’américaine, qui en appelle au peuple contre les élites, qui décrit de façon absurde la gauche comme le parti de l’immobilisme voire de l’establishment. Il a choisi de cliver, de diviser, d’inquiéter. C’est inédit pour un président sortant. Je suis convaincu qu’il s’agit d’une posture inadaptée pour le pays après cinq ans de présidence erratique. La France a, au contraire, besoin de se rassembler. Et si François Hollande est aujourd’hui en tête dans les sondages, c’est parce qu’il correspond aux attentes des Français d’une présidence apaisée. Il faut revenir à une présidence proche des Français.
Il y aura dans cette campagne un affrontement droite-gauche net, une vraie confrontation.

La crise sociale en Grèce et les menaces sur la zone euro ne vont-elles pas contraindre votre candidat à revoir son projet ?

Au contraire, la situation en Grèce montre la justesse de notre approche. Dans ce pays, les Européens ont montré tout ce qu’il ne fallait pas faire : ils sont intervenus, trop tard, à contretemps, et surtout sans apporter les bonnes réponses. Il faut que les Européens acceptent enfin la mutualisation de la dette et dotent le Fonds de stabilisation financière des moyens dont il a besoin. On ne peut pas contraindre la Grèce à de tels sacrifices sans lui donner une perspective. L’austérité n’est pas la voie pour l’Europe. Si celle-ci n’est pas capable d’articuler des plans nationaux de réduction de la dette et des déficits avec des initiatives de croissance partagées, elle peut s’attendre à des réveils très difficiles. Les événements en Grèce montrent aussi qu’il faut réorienter la construction européenne. Ce sera à la nouvelle majorité présidentielle qu’il reviendra de ratifier le futur traité européen. François Hollande a été très clair à cet égard : il n’y aura pas de ratification du traité s’il n’y a pas de réorientation de la construction européenne vers un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance. Il est impératif de mobiliser mieux les fonds de la Banque européenne d’investissements, il est impératif que la Banque centrale européenne joue son rôle de prêteur en dernier ressort, il est impératif aussi que l’on puisse mettre en place des euro-obligations ciblées sur des projets technologiques.

Pourquoi François Hollande arriverait-il mieux que Nicolas Sarkozy à se faire entendre d’Angela Merkel ?

Beaucoup de pays européens ont accepté ce traité contraints et forcés. Angela Merkel traite en ce moment avec un président en fin de mandat et affaibli, qui a besoin d’elle et dont elle se sert aussi. Avec l’élection de François Hollande, elle aurait un partenaire amical, constructif, mais qui sera doté d’une légitimité nouvelle et d’idées neuves. On devra trouver un compromis, comme toujours. En 1997, j’étais ministre des Affaires européennes : nous sommes parvenus à renégocier le Pacte de stabilité, que nous avons réorienté vers un pacte de croissance.

Le coup de barre à droite de Nicolas Sarkozy ne risque-t-il pas de dégager de l’espace pour François Bayrou ?

François Bayrou a manifestement décidé de changer de pied. Après une campagne plutôt axée à droite, il adopte une nouvelle posture, qui au demeurant ne lui appartient pas en propre. Mais sur le premier enjeu de cette élection, c’est-à-dire les questions économiques et sociales, François Bayrou est celui qui a pris les positions d’austérité les plus radicales. Il a dit qu’il se prononcerait en faveur d’un des candidats qualifiés s’il n’était pas présent au second tour. A lui de dire alors de qui il serait le plus proche. Ses dernières prises de position sur la ligne de Nicolas Sarkozy, qu’il considère « inquiétante pour la France », ne devraient pas, s’il est cohérent, le rapprocher du candidat sortant.

Propos recueillis par Renaud Czarnes et Stéphane Dupont

19 réflexions au sujet de « « Il y aura un affrontement droite-gauche net, une vraie confrontation » – Les Echos »

  1. Pour vraiment creuser l’écart Hollande doit annoncer un Glass Steagall act ,comme Roosevelt l’avait fait : une séparation stricte des banques d’affaire et de dépôt (en vigueur pendant 60ans!) Ce serait un signal fort de retour à l’économie réelle : Monsieur Hollande soyez notre Roosevelt (élu 4 fois!) Glass Steagall act sont des mots symboliques qui auront une résonnance internationale forte et créeront un élan capable de gagner au premier tour !

  2. Si Sarko avait eu un minimum de bon sens,il ne se serait pas représenté; il aurait pu alors prétendre que son bilan était globalement positif vu les difficultés qu’il a rencontrées,qu’il laissait à son successeur(de droite évidemment!)une situation correcte; cela n’aurait bien sûr pas convaincu,mais son image aurait été redressée et il en aurait été heureux!!! Mais,comme,en plus de ses multiples défauts,il est extravagant et masochiste, il ne pouvait que se représenter…C’est un homme dangereux,car il a un rapport « mafieux » avec la démocratie,ce n’est pas un véritable démocrate,plutôt un dictateur refoulé,style Poutine ou Berlusconi. Heureusement qu’il y a encore les traditions démocratiques françaises encore vivaces, sinon…..

  3. Je me pose une question toute bête, vous devriez certainement y répondre simplement. La bnp déclare dans son dernier bilan 85 milliards d’euros de fonds propre, soit. Au cours actuel de l’or, cela représente 2 tonnes d’or, comment sont-ils conservés ?

  4. Le faux suspense est enfin levé. Si on parlait du bilan maintenant ?
    « Je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrez pas ». Il le disait alors qu’il s’apprêtait à le faire pendant cinq ans !

    • idem pour les autres aussi ..tous des menteurs .. la place est bonne ..avec tous les privilèges ..et le peuple s’affame !!

      • « idem pour les autres aussi », bien trop facile, et faux.
        Lionel Jospin n’a pas trahi le peuple et il a été intègre tout au long de son mandat de premier ministre !

    • Hollande, lui, ne se donne même pas cette peine:

      Non il n’est pas venu remettre à la City une promesse de guerre, mais plutôt une assurance de libéralisme à la sauce solférinienne.

      François Hollande devant la presse britannique rassure au rique de dire tout et son contraire entre Paris et Londres, après son discours « anti finance » du Bourget, au cours duquel il a martelé qu’il entendait bien combattre la finance, son pire ennemi. Soucieux de flatter la City dans le sens du poil, le champion du parti socialiste pour 2012 prècise que l’époque de françois Mitterrand est désormais révolue.

      Le candidat socialiste ajoute qu’il n’est pas radical mais modéré. Dailleurs en France, il n’est pas vu comme étant « très à gauche » , et « réguler la finance » n’était que la reprise d’un discours de Barack Obama.
      Aveu que la gauche française apprèciera : « La gauche a été au pouvoir pendant quinze années, durant ce laps de temps nous avons libéralisé l’économie et ouvert l’économie à la finance et beaucoup privatisé. Il n’y a pas de raisons d’avoir peur ».
      On sait maintenant ce que signifiait la visite sur la tombe de Mitterrand et le discours « anti finance » : de la pure communication, pour le reste, ce sera la ponction Bruxelloise en jurant que c’est la faute au prédécesseur !

      Tonitruand, il lance en guise d’argument imparable : « Aujourd’hui, il n’y a plus de communistes en France. »
      François Hollande « est mal informé, ça lui promet quelques déboires », selon Jean-Luc Mélenchon, qui lors d’une déclaration devant des journalistes étrangers a tenu à préciser qu’il est le candidat des communistes français, « ce sont des propos qui ne vont pas le servir » a t il conclu avant de fustiger le mépris dont fait preuve François Hollande à l’égard de sa gauche.

      Traduction de l’interview donnée par François Hollande au Guardian le lundi 13 février:
      http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/02/15/francois-hollande-tente-de-rassurer-le-royaume-uni-et-la-city-de-londres/

      • F.Hollande n’a pas donné d’interwiew au Guardian. Assez de mélenchonneries malveillantes. Pour rester sur votre non-sujet, je vous conseille d’adhérer au cercle des communistes disparus.

  5. Monsieur Moscovici,

    Vous écrivez « En 1997, j’étais ministre des Affaires européennes : nous sommes parvenus à renégocier le Pacte de stabilité, que nous avons réorienté vers un pacte de croissance. »

    Il serait plus honnête de dire qu’en réalité, en 1997, la négociation s’est simplement terminée par un ajout sémantique, le pacte « de stabilité » devenant « de stabilité ET de croissance ».
    Les allemands vous ont accordé le rajout d’un mot pour ne pas vous humilier.
    Alors que vous osez présenter cela comme une victoire!

    Des mots, rien que des mots… comme d’habitude.

    • Les critiques émises dans ces commentaires sont parfois intéressantes,parfois moins…mais enrichissent le débat.Seulement, si elles sont trop dures pour notre candidat, elles ratent leur but.Il ne faut pas oublier cet épisode récurrent:les gens de gauche s’engueulent avant les élections et,bien sûr,les perdent;les gens de droite gagnent les élections et s’engueulent ensuite tout en s’incrustant au pouvoir…

      • Il ne sert à rien de pleurnicher,de critiquer à longueur de temps . Mensonges bien pleurés ne valent pas vérité.

    • Et bien oui, les roms vivent dans des « camps ». C’est leur choix. Ils sont des gens du voyage et ne veulent pas être sédentarisés. Il faut donc leur trouver une « solution ». Où est le problème ?

  6. Je conseille à l’UMP de recycler le Bouclier fiscal pour partir en campagne électorale. Le Président de la République est celui qui a failli à tous les niveaux. Les incompétences de la droite, sont facturées aux Travailleurs. Les Paradis fiscaux sont pour les riches,qui veulent saigner à blanc les peuples d’Europe.

  7. vous croyez que François Hollande fera mieux j’ai voté en 81 pour la gauche et en retour je n’ai eu que des privatisations et délocalisations car ce n’est pas depuis 10 ans que le monde industriel se barre et la en 2012 vous voulez que je vote a gauche alors que 200 000 personnes rentrent sur le territoire par an alors qu’il n’y a pas de logement pas de boulot mais je crois rêver vous devez vouloir vous suicidez salut et au soir du résultat

    • ils ne feront pas mieux ;si ce n’est pire .. les capitaux vont partir comme en 81 .. les grands diplomés iront travailler ailleurs
      ils n’ont jamais relever le pays ça se saurait !!

  8. Vous écrivez que l’élection se jouera aussi sur les valeurs. Je suis d’accord. Mais en même temps, vous n’en dites rien…

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