Dans les médias

Les vrais enjeux

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 27/03/2012 à 17:27

La campagne présidentielle, qui m’occupe pleinement, ne m’a pas laissé le temps d’écrire ici depuis plusieurs semaines déjà. A quatre semaines du 1er tour, je veux rappeler les vrais enjeux en vue du 22 avril.

François Hollande a participé, dans ce moment douloureux, au consensus national. Chacune de ses paroles, chacun de ses actes a été juste, digne, grave, de nature à apaiser et rassembler

La semaine écoulée a été marquée, bien sûr, par la tragédie qui a endeuillé la France, avec les assassinats abjects de Montauban et Toulouse. La campagne présidentielle ne pouvait pas, évidemment, se poursuivre imperturbablement alors que la Région Midi-Pyrénées et Toulouse étaient sous le choc, que la communauté juive pleurait ses enfants, que l’armée rendait hommage à ses soldats tués, que le siège du fanatique, Mohamed Merah, se déroulait. François Hollande l’a immédiatement compris. Dès lundi, il s’est rendu sur place, à l’école Ozar Hatorah. Le mercredi, il est allé dans le Tarn, pour la cérémonie à la mémoire des militaires tués. Et il a décidé, d’emblée, de suspendre sa campagne, de reporter en particulier l’important meeting prévu à Rennes, qui aura finalement lieu le 4 avril. Il a participé, dans ce moment douloureux, au consensus national. Chacune de ses paroles, chacun de ses actes a été juste, digne, grave, de nature à apaiser et rassembler. Cette attitude n’a pas été, comme je l’ai entendu ici et là, une « stratégie » mais un devoir : quand la collectivité nationale est blessée, le rôle d’un homme d’Etat est d’être à ses côtés, de rassurer, de réconcilier.

Cette dignité, cette décence n’ont hélas pas été partagées. Jean-François Copé, coutumier du fait, s’est illustré par son agressivité et sa mesquinerie, allant jusqu’à tenir une conférence de presse pendant l’assaut du Raid contre le terroriste pour s’en prendre à François Hollande et François Bayrou, accusés « de ne pas avoir respecté le deuil ». J’ai à cette occasion parlé d’indécence, et je le maintiens. Il y avait là un double langage évident, choquant. Qui peut penser que le Secrétaire général de l’UMP, premier responsable du parti majoritaire, s’est livré à ce genre de mise en cause sans, à tout le moins, un blanc seing ? Et quel sens, quelle sincérité peuvent avoir une posture de rassemblement quand, dans le même temps, une telle offensive contre le principal responsable de l’opposition est autorisée ou tolérée ? La vérité est que la gauche socialiste, dans ce moment à la fois douloureux et délicat, a été exemplaire, la où la droite, très vite, a tenté de prendre un avantage, le candidat sortant ne cessant depuis quelques jours de nous reprocher de n’avoir pas voté les lois sécuritaires proposées depuis 2007.

Chacun le sait, chacun le voit, Nicolas Sarkozy, responsable de la sécurité depuis dix ans, n’a pas réussi sur ce terrain

Il serait facile de lui rétorquer que celles-ci n’ont pas brillé par leur efficacité, ou que les forces de sécurité, dans notre pays, ont vu leurs moyens fortement diminués par la RGPP. Chacun le sait, chacun le voit, Nicolas Sarkozy, responsable de la sécurité depuis dix ans, n’a pas réussi sur ce terrain. François Hollande, au contraire, en réaffirmant sa volonté d’être implacable face au terrorisme, s’est engagé à garantir la sécurité des Français, première des libertés, et à créer 1.000 postes par an dans la police, la justice et la gendarmerie. Il n’y a pas, de notre part, de récupération ou de polémique – même si les questions sur les « failles » du renseignement, évoquées par Alain Juppé lui-même, doivent trouver une réponse – moins encore de surenchère. Nous voulons une politique de sécurité juste et républicaine, récréant la police de proximité supprimée après 2007. Depuis jeudi soir, à Aurillac, François Hollande a repris sa campagne, il l’a poursuivie en Corse, il se déplace chaque jour cette semaine. Il s’est exprimé avec force et clarté en faveur d’une conception exigeante, élevée, laïque, ferme et tolérante de la République. Ses mots et ses gestes, je le redis, ont été à la hauteur : il sort de cette semaine dans une position très solide.

Prenons toutefois garde à un piège et à une illusion. La sécurité est présente dans l’esprit des Français – elle n’a jamais cessé de l’être – et elle pèsera sans doute davantage sur la campagne après ce drame. Mais cet enjeu important ne résume pas le choix des Français, qui sera, j’en suis persuadé, essentiellement guidé par les préoccupations économiques et sociales, par la nécessité d’améliorer la vie quotidienne pour le plus grand nombre, par la volonté de retrouver dans notre pays une justice sociale oubliée – pire, attaquée durement – ces dernières années. Bref les problèmes concrets de nos concitoyens – l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, le logement, l’éducation – et les leviers pour agir – la fiscalité, la politique industrielle, les grandes options budgétaires – ne sauraient être délaissés : ils ne le seront pas. Les chiffres du chômage tombés hier, et annoncés prématurément par le candidat sortant, sont un signe d’échec : la France a besoin d’un nouveau pacte productif, d’une politique de l’emploi active, tournée en premier lieu vers la jeunesse, d’une Europe de la croissance. La stratégie du candidat sortant, évidemment mal à l’aise sur ce terrain, est par ailleurs transparente. Il cherche, à un moment où la Nation est touchée, à réhabiliter son action de Président de la République, à faire oublier ses échecs. Là est l’illusion, là est le tour de passe-passe, qu’il faut déjouer par le rappel des trois impératifs de la fin de campagne.

Les 22 avril et 6 mai, une question incontournable sera posée : continuer dans cette voie, qui est une impasse, ou bien choisir, avec François Hollande, le redressement dans la justice, un nouvel espoir français, une autre donne pour l’Europe

N’oublions pas, d’abord, l’objet même de l’élection : le changement. Le véritable bilan de Nicolas Sarkozy est l’échec, dans presque tous les domaines. L’économie française sort affaiblie de ce quinquennat : les déficits explosent, les dettes s’accumulent, le chômage s’accroît, le commerce extérieur s’effondre. Les inégalités, pendant ce temps, ont crû, aggravées par une politique dure pour les plus modestes, douces pour les plus aisés. Notre système éducatif est fragilisé, la précarité se répand. La place de la France en Europe est moins forte qu’hier. Et le vivre ensemble, le « bonheur français », sont atteints par une pratique du pouvoir brutale, irréfléchie, erratique. Nicolas Sarkozy a beau se présenter comme un « chef » expérimenté et traiter ses concurrents par le mépris, avec arrogance et vulgarité, il ne pourra échapper à ce bilan. Les 22 avril et 6 mai, une question incontournable sera posée : continuer dans cette voie, qui est une impasse, ou bien choisir, avec François Hollande, le redressement dans la justice, un nouvel espoir français, une autre donne pour l’Europe.

François Hollande, j’en suis sûr, saura au contraire, tout en restant fidèle à ses options rassembler le pays, le présider en respectant ses institutions, en faisant vivre l’esprit de notre démocratie

Evoquant le vivre ensemble en France, j’ai abordé une autre dimension essentielle : celle du rassemblement. Il y a beaucoup d’explications concrètes, tangibles, au rejet de Nicolas Sarkozy. Quand la situation de l’économie, la cohésion de la société, la force du pays sont autant remises en cause, l’adhésion ne peut être au rendez-vous. D’autres facteurs sont plus immatériels, ils n’en seront pas moins importants. Une majorité de nos concitoyens, au fond – et j’en fais partie – n’ont pas pardonné à Nicolas Sarkozy son incapacité à devenir, à être le Président de tous les Français. Chacun de ses prédécesseurs, quels que soient leurs qualités et leurs défauts, quelles que soient leurs orientations politiques, avait su, à un moment ou à un autre, de façon plus au moins intense ou plus ou moins durable, s’adresser au pays tout entier. Le candidat sortant ne l’a jamais fait, il a constamment divisé, stigmatisé, opposé les Français entre eux, les Français aux étrangers. François Hollande, j’en suis sûr, saura au contraire, tout en restant fidèle à ses options – celles d’un socialiste – rassembler le pays, le présider en respectant ses institutions, en faisant vivre l’esprit de notre démocratie. La France a besoin de cette respiration, de ce retour aux fondements de notre République.

Pour l’emporter, enfin, s’impose une nécessité : la mobilisation. Depuis le 20 mars, nous sommes entrés dans une autre phase, décisive, de la campagne. Celle-ci est moins suivie dans les grands médias audiovisuels, en tout cas jusqu’au 9 avril, du fait de l’égalité des temps de parole entre tous les candidats. Ce n’est plus essentiellement à la télévision que le débat va se dénouer, que l’issue va se jouer, c’est sur le terrain, c’est dans les médias locaux, à commencer par la presse quotidienne régionale. C’est pourquoi François Hollande va davantage encore sillonner la France, au contact de nos concitoyens. C’est pourquoi les responsables socialistes vont eux aussi se déployer sur tout le territoire : ainsi, pour ma part, après m’être rendu ce dimanche dans le Nord, à Lomme et Wattrelos, j’irai cette semaine dans la Drôme et à Grenoble, à Gap et dans le Vaucluse. C’est pourquoi nous devons, dans les semaines qui viennent, intensifier encore nos actions de proximité, à commencer par le porte à porte, être présents sur internet ou les réseaux sociaux. Il s’agit, en fait, de lutter contre l’abstention, d’éviter la dispersion à gauche – qui n’est pas la bonne voie pour permettre le changement, lequel exige que François Hollande sorte en position de force du premier tour. Surtout, parce qu’il s’agit de retrouver le rêve français, de changer de destin, notre tâche est de convaincre, convaincre encore, convaincre toujours. C’est ce à quoi je vous invite.

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37 commentaires

  • Tom dit :

    Les français n’ont jamais voté pour un programme mais pour une personnalité.

    • Amelle dit :

      Ils votent pour les deux, mais surtout pour un programme qui améliore leur quotidien. Je parle surtout des non militant et non politisé

      • Tom dit :

        En 2007, les ouvriers ont préféré Sarkozy a Royal. C’est très étonnant et anormal que le Gauche n’ait pas été plus efficace sur cette catégorie socioprofessionnel.
        En quoi Sarkozy et la droite ont amélioré le quotidien des ouvriers ?

        Simplement, la personnalité de Sarkozy séduisait plus les ouvriers que celle de Royal…

  • xavier de villebrun dit :

    Il est normal de condamner l’abstentionnisme et de pousser les gens(surtout les jeunes)à voter. Mais, pour le P.S.,c’est plus compliqué. En effet,si nous gagnons aisément et fréquemment les élections locales,c’est,en partie,parce qu’il y a beaucoup d’abstentions; par définition,les abstentionnistes st des gens peu politisés pour qui parler politique est quasiment de l’obscénité; mais ces gens votent à l’élection présidentielle qui les excite et qui est très simple et,en général,ils votent majoritairement à droite comme font les gens qui disent ne pas s’intéresser à la politique. Donc,nous n’avons peut-être pas tellement intérêt à une participation trop massive à cette élection!!!…

  • Footnote dit :

    CURIEUX, HOLLANDE NE PARLE PLUS DE L’ÉGALITÉ RÉELLE !
    C’ETAIT DONC ÇA …
    NE PAS PROMETTRE LA LUNE, Billet pierre moscovici | 12/11/2010 à 16:20 ?

    On s’en doutait un peu, à en croire ces lignes de Dominique Strauss-Kahn dans son fameux texte à la Fondation Jaurès:
    « Non seulement l’Etat-providence ne corrige pas vraiment les inégalités de départ, mais il a même tendance à les aggraver… »
    Pour assurer l’égalité « réelle », on ne voit pourtant pas d’autre intervenant possible. C’est notamment le cas pour les droits de propriété des entreprises, si l’on croit comme tout homme de gauche « à chacun suivant son travail », le profit n’étant que l’appropriation d’une part de la valeur ajoutée créée par le travail.
    Strauss-Khan semblait d’ailleurs endosser cette logique en proposant « un socialisme de production »…Chic! Cette formule, sans nul doute cette fois, signifie bien une appropriation collective des moyens de production.
    Regardons de plus prés ce qu’en a fait le dit Strauss-Kahn :

    Entre 1986 et 1988, Chirac cédait au privé 10 milliards de privatisations:
    INDOSUEZ, PARIBAS, La SOCIETE GENERALE, SAINT-GOBAIN, la CGE et MATRA.
    Edouard Balladur, à Matignon en 1993, fera de nouvelles privatisations:
    BNP, UAP, ALCATEL, ALSTOM, RHÔNE-POULENC, ELF, La SEITA.
    En 1995, le gouvernement Juppé cède à son tour 9,4 milliards d’actifs dont:
    USINOR-SACILOR, RENAULT, La CG Maritime, PECHINEY, BULL.

    La législature Jospin et le ministère des finances Strauss-Kahn feront beaucoup mieux: le dépouillement de l’Etat s’accentue, avec prés de 31 milliards d’Euros de cession d’actifs, autant que les trois autres phases:
    Le Crédit Lyonnais, Le GAN, Le CIC, L’UIC, CNP Assurance, La Société Marseillaise de Crédit, DASSAULT, l’AEROSPATIALE, THOMSON-CSF, THOMSON Multimedia, EADS, ASF, TDF, La SFP, Les Autoroutes du Sud de la France, FRANCE TELECOM et AIR FRANCE.

    Aujourd’hui, parmi ces entreprises cédées, les seuls profits annuels engrangés par celles du secteur financier dépassent 30 milliards, dont l’Etat s’est volontairement amputé !
    Et l’Europe a servi d’alibi à tous les étages:
    Ainsi, les banques empôchent le différentiel de taux entre celui de la BCE, à moins de 1% actuellement, et celui qu’elles facturent à l’Etat, autour de 3%. Résultat, sur les 250 milliards annuellement renouvelés pour le service de la dette: 5 milliards de bénéfice net, pour un service inexistant (éxécuté en trois jours dans les salles de marché). A titre indicatif, le budget total du CNRS, avec des milliers de chercheurs et des centaines de laboratoires, ne dépasse pas 3 milliards.
    Sans même parler de secteur bancaire nationalisé, les banques centrales nationales devraient pouvoir se financer directement auprés de la BCE, (logique: le particulier par sa banque commerciale, l’Etat par sa banque centrale) n’eussent été les clauses scélérates des traités de Maastricht et de Lisbonne…

    Va donc, dit le profane, pour la critique des activités financières…
    Mais pour les autres, qui nous dit que sous la propriété et la gestion étatiques, ces entreprises auraient engrangé les mêmes profits ?
    Réponse: le profit réel des entreprises nationalisées étant dans l’utilité collective et non le dividende aux actionnaires, la plupart des entreprises privatisées ont ainsi ruiné le potentiel scientifique et technique hérité du secteur public qui les avait mises à flot. Ainsi, la privatisation de France Telecom s’est accompagnée de la disparition du CNET qu’elle finançait pour sa recherche fondamentale. Aprés l’abandon du technique pour le casino financier et le mirage de l’e-society, France Telecom a plongé dans les abîmes… et n’a plus rien pour se relever, jusqu’à la prochaine nationalisation… ou son rachat par les chinois !
    Autre exemple comique: notre gouvernement s’est prévalu récemment des marchés en Chine pour Areva et Airbus, deux industries nationales qui n’auraient pas vu le jour sans “l’ardente obligation du plan” des années keynesiennes: Areva est une création dérivée du CEA, Airbus naquit des recherches faites à l’Aerospatiale et Sud-Aviation.
    (Il est intéressant d’entendre à ce sujet les ingénieurs d’Airbus reconnaître qu’aucun airbus n’aurait pu sortir des chaînes sans les acquis des recherches du programme Concorde).

    Partout, les sociaux-democrates à l’oeuvre ont suivi la logique libérale (et délibérée) dont se sont fait complices tous les gouvernements de l’aprés Trente Glorieuses: on commence par appauvrir l’Etat en lui otant des ressources pour les offir au privé. Lorsqu’il ne reste plus que des charges, on s’appuie sur cela même pour invoquer le besoin de privatiser les services publics en les élaguant:
    D’abord les Télécommunications, puis la Poste, les autoroutes, les chemins de fer, et enfin la première des conquêtes républicaines: l’Education avec l’autonomie des Universités, avant leur privatisation.
    Strauss-Kahn avait d’ailleurs une réponse toute prête:
    L’égalité réelle c’est « l’égalisation des libertés d’accomplir »

    Il faut croire que certains s’accomplissent aux dépens des autres:
    Aux dernières nouvelles, Strauss-Kahn serait inculpé de proxénétisme aggravé en bande organisée. C’était donc ça, ses « inégalités aggravées par l’Etat-providence » ?
    Sans doute est-ce la raison qu’avait Moscovici de se méfier quand on lui promettait la lune…

    • Bangor dit :

      Ras le bol.
      Le perroquet imbécile qui s’appelle Hadrien et signe footnote, h-toutcourt, marianne,krimo, kazem, etc…, a déjà posté le même message le 10 novembre 2010.

      • Footnote dit :

        Oui, car le message devient maintenant d’actualité, si l’on en croit « Le Monde » daté d’aujourd’hui, ce qui prouve deux choses:
        – les « saillies » (sans jeu de mots) contre DSK étaient prémonitoires…
        – l’analyse des points communs « Peyrelevade/Socdem » l’était tout autant

        Des deux, on se demande qui est le « perroquet » imbécile:
        Celui qui répète bêtement les mots d’ordre de DSK d’abord, de Hollande-Moscovici-Valls ensuite, ou celui qui les a dénoncés à temps ?

        Plus à ce sujet au prochain numéro (billet suivant)…

        NB : Footnote, en matière d’édition, est l’indication d’un renvoi explicatif, chaque fois que ce sigle est employé, ce qui est bien le cas ici.
        Et la répétition est la base de la pédagogie… pour ceux qui ont le comprenoir un peu bouché, ce qui est encore le cas ici.

        • lola dit :

          @footnote 16h01 . Grand merci , monsieur, pour votre sollicitude ;nous avons attendu ce jeudi pour avoir la révélation de notre vie , à savoir que « footnote » signifiait :note en bas de page ; nous en sommes , encore, tout émus ;tout émus ,également , de savoir que nous avons » le comprenoir bouché  » ;nous vous devons cette vraie révélation . Nous vous informons que le « Nous  » ici employé correspond en grammaire à ce qui se nomme : « pluriel de majesté ».
          ps : as you make your bed
          so you must lie on .

  • franc comtoise du sud dit :

    Bonjour Monsieur Moscovici,

    effectivement la dernière ligne droite est là avant le premier tour.
    L’enjeu maintenant est de rallier les abstentionnistes et ils sont potentiellement très nombreux il me semble, j’ai testé et vraiment j’ai peur. La politique ne fait plus rêver et c’est bien mieux ainsi oui oui (je ne suis pas d’accord avec votre rêve français) mais beaucoup se découragent et ne veulent pas accepter la complexité, qu’il faudra du temps pour mettre en place des mesures efficaces et pertinentes qui fassent avancer réellement notre pays et notre société. Un des grands périls actuels est l’endettement du pays et des collectivités locales. Votre force dans cette campagne est de rester modéré il n’y a rien de tel pour redonner confiance.
    Moi je voudrais être convaincue que vous aspirez profondément à l’intérêt général et que vous saurez prendre des mesures douloureuses mais pertinentes si cela s’avère nécessaire.

    salutations respectueuses

  • xavier de villebrun dit :

    Inutile de fantasmer sur les propos de la fille Le Pen: elle nous est bien utile pour piquer des voix à Sarko et,comme elle mène une campagne très anti-sarkozyste,ses électeurs ne seront pas incités à voter Sarko le 6 mai. Quant à Mélenchon,sa hausse n’est pas un problème s’il ne nous prend pas des électeurs,or il semble que c’est peut-être le cas! Il faut prdre en compte ces paramètres: ne pas se placer sur le terrain de Sarko,ni copier Mélenchon. Ce n’est pas si facile. Que les responnsables de la campagne fassent fonctionner leurs méninges: la victoire n’est pas encore acquise;pour le moment,seules,les intentions de vote du second tour sont rassurantes!

    • Pascal dit :

      le problènme du nouveau score de mélanchon est que seulement 70% disent qu’il voteront hollande au deuxième tour. c’est effarant d’être pour le front de gauche et finalement faire le jeux du candidat sortant au deuxième tour. sinon, j’ai pas vraiment d’inquiétude pour le second tour, rien n’est acquis mais la victoire ne devrait pas nous échapper.

  • Alceste dit :

    Il n’y a pas cinquante manières de convaincre pour entraîner. Il s’agit de donner forme à des objectifs forcément communs à partir du moment où ils reposent sur une réalité commune. Or cet état des lieux ne peut pas indéfiniment se contenter d’une mise en cause de Sarkozy, d’abord parce qu’on voit mal comment il pourrait encore y avoir des gens qui aient quelque chose à découvrir à ce sujet (*). Ensuite parce que ce serait s’enfermer dans un rôle qui est désormais à dépasser, trop chargé de sa propre impuissance en quelque sorte : un candidat à la présidence de la République n’est plus le député d’opposition à l’Assemblée. Il n’a même pas à redire, comme s’il s’agissait d’exorciser les doutes, les raisons de sa candidature ni sa nature : chacun doit être à même de les découvrir en l’écoutant. Il est « le candidat », tout simplement, celui qui énonce les faits que chacun a à connaître où qu’il soit, desquels il tire des objectifs opérationnels susceptibles d’être partagés par le plus grand nombre, le dénominateur commun de ces objectifs étant, parce que c’est une parole de gauche, la sincérité dans l’énoncé et l’humanité dans leurs fins. La responsabilité du candidat est immense, car de sa parole dépend que demain nous avancions enfin ou que nous reculions encore. L’obstacle à affronter a de multiples aspects, parmi lesquels on ne s’arrête peut-être pas assez à celui-ci : la résignation. P.Moscovici écrit « changer de destin ». On pourra y lire l’idée qu’il faut, d’abord, surmonter ce sentiment trop répandu que dans le monde tel qu’il est une fatalité pèse désormais sur nous, sentiment qui peut pousser les uns dans une attitude d’autodéfense aventureuse, les autres dans le dilettantisme, les autres dans des choix éclairés seulement de leurs propres intérêt du moment. Or la « fatalité », cela n’existe pas, cela ne doit plus exister, toute notre histoire le démontre, ce n’est qu’une excuse, même quand on se souvient que les dieux de l’antiquité s’y soumettaient eux-mêmes par commodité. Ne laissons pas à d’autres le soin de le dire.
    (*) Nous parlons ici du candidat, à la suite de la contribution d’Amelle. Cela n’exclut pas la nécessité des mises au point ou des piqûres de rappel, comme le fait aujourd’hui P.Moscovici, qui est tout à fait dans son rôle, rôle qui est aussi le nôtre. Le système médiatique fonctionne comme une machine à fabriquer de l’amnésie, on le voit chaque jour, l’arrivée toute récente de J.-L. Borloo dans le paysage le montrant assez. Les voies de la politique sont décidément tout ce qu’on voudra sauf impénétrables.

    • Bloggy Bag dit :

      Effectivement, nous pouvons et nous porterons la campagne jusqu’au bout, mais in fine c’est François Hollande et lui seul qui fera la différence.

    • lola dit :

      Manque d’originalité de ma part :j’adhère entièrement à l’analyse d’Alceste ; et je veux retenir du billet de P.M.:
      mobilisation .Amelle imagine un grand rassemblement entre République et Bastille ,cela me semble utopique ;je crois davantage à la volonté ,positive ; se borner à l’attentisme de la critique ne sert à rien.

  • test dit :

    test

  • Amelle dit :

    J’ai peur que l’équipe de campagne ne soit en retard d’une guerre, Hollande à un projet et il est jugé crédible, il a cristallisé le vote de 80% ses électeurs selon les sondages.
    De plus,de plus en plus de site font des comparatifs de programme afin que les gens puissent se déterminer.
    On aurait voulu un débat avant le 1er tour quitte à le faire en 2 fois, une fois avec les cinq plus haut dans les sondages et une seconde fois entre les cinq, peut etre pas la panacée mais ça aurait été mieux que rien.
    Bref, ce que je veux dire c’est que la bataille du projet, de la crédibilité EST déjà gagnée, reste la bataille du caractère.

    Je ne sais pas si vous avez remarqué mais depuis que Hollande passe son temps à répondre à Sarko, il baisse.

    « Ils ont perdu parce qu’ils n’avaient pas commencé par le rêve. »

    Cette phrase était une fausse citation de Shakespeare mais c’est fou comme elle sonnait vrai, beaucoup ont aimé quelque soit son auteur.

    La question que je me pose c’est ou est le Hollande qui a prononcé cette phrase? Ou est l’audace? Ou est l’enthousiasme, la fraicheur? Ou est la part du rêve ?Ou est le mec sympa, normal, le chic type qu’on aimerai avoir comme voisin ou collègue de travail voire comme chef hiérarchique parce que justement normal et humain.

    A trop être dans la gravité, Hollande tue son image, se donnant une image et donc une perspective ennuyante, austère, dépassé.

    Melenchon est en passe de lui prendre la symbolique de l’espoir, du changement parce que comme Sarko, Melenchon est décompléxé, il assume sa vision, ces choix même irréalistes, mais qui donne envie d’y croire. Il suffirait pourtant à Hollande pas grand chose pour qu’on vote lui par désir et non par défaut, qu’il redevienne le Hollande de la précampagne des primaires, le Hollande du Bourget, le voisin ou collègue naturel, decomplexé qui te donne ses arguments pour te convaincre parce que lui est passionné par sa démonstration.

    Comme Sarko ou Melenchon voire même Joly ses derniers jours quand elle parle justice, Hollande ne doit pas avoir peur de cliver, pas en répondant à Sarko.

    Je ne dit pas cliver la société au contraire, il faut réconcilier y compris avec une certaine droite mais ne pas hésiter à cliver sur les valeurs de liberté, de démocratie, de droit de l’hommiste, sur le projet de société et surtout sur les valeurs sociales car c’est sur le social que se jouera l’élection.

    Nous sommes à moins d’un mois du 1er tour, je crois qu’il est temps que le PS, front de gauche, les écolo et même l’extreme gauche si celle ci le veut se preparent à l’entre deux tours. Quelques soit la personne de gauche qui sera au second tour, pour l’instant tout dit que se sera Hollande, doit pouvoir organiser un grand rassemblement d’entre les deux tours qui soit au moins équivalent à la prise de la bastille par le front de gauche.

    Perso j’imagine que cela pourrait être le 1er mai juste après le traditionnel défilé des syndicats. Je ne sais pas s’il est possible de négocier avec les syndicats que leur marche se fasse entre République et Bastille au lieu de République Nation, mais cela permettrait à la gauche, toute la gauche unie de marcher de Bastille à l’Arc de Triomphe. C’est loin, je sais, mais se serait un superbe symbole pour une victoire au second tour.

    • Pascal dit :

      pas d’accord hollande reste haut dans les sondages au premier tour et est installé à 54%

    • Pascal dit :

      pas d’accord, hollande reste haut dans les sondages et stable à 54% au second tour depuis 1 mois déjà. le nain stagne malgrè le fait qu’il n’est plus que le seul représentant de droite.
      FH doit garder sa ligne de conduite car il doit aussi récupérer des voies de bayrou pour gagner et les idées de mélanchon font peur à cet électorat.

      • Pascal dit :

        Jérôme cahuzac a dit hier que fh allait bientot annoncer de nouvelles mesures fortes!

      • Amelle dit :

        Le peuple français, la gauche en particulier est un peuple utopique qui tiens à conserver toujours une part de cette utopie quelque soit la situation.
        Hollande à bien compris vu qu’il a bien dit au Bourget que l’ADN du peuple français c’était l’égalité. Il avait proposé un projet crédible construit autour de l’égalité et de la justice mais ces deux thèmes n’ont pas été mis en exergue.

        Moi aussi je suis raisonnablement optimisme, car si on fait un comparatif il n’y a pas photo, entre Hollande et Melenchon, l’un a un programme réalisable l’autre non d’ailleurs à chaque fois une personne de gauche – parce que les sarkozystes qui veulent voter à gauche, je les laisse s’habituer à voter à gauche- veut voter Mélenchon, je lui parle de son programme qui en général ne connait et bizarrement au bout d’une dizaine de jour, il change d’avis, preuve que les gens veulent un programme réaliste qui leur permettrait d’espérer un espoir meilleur.

        Cela dit ce que je demande c’est juste qu’on emballe les gens dans la campagne. Qu’on leur donne un bon espoir pour l’avenir, qu’on leur propose un minimum d’utopie, si pour des raisons économique c’est difficile, le faire au niveau institutionnel, une mesure forte au niveau institutionnel pourrait donner plus d’espoir par exemple l’open data qui permettra plus de transparence, la non éligibilité à vie pour un élu condamné à un délit ou crime notamment ceux lié au trafic d’influence ou de prise d’intérêt, corruption , y compris évidemment quand ils sont de gauche.

        Je vois que Sarko à 3 semaines de l’élection décide de rapatrier les soldats et valorise les retraites de plus de 2% et le minimum vieillesse à plus de 4%!!!

        Maintenant il y a quelques thèmes qui pourrait ramener à Hollande quelques électeurs, d’abord des mesures pour les retraité, des mesures pour le petit commerce, des mesures sur l’agriculture. Tout cela existe déjà au PS, j’ai vu des excellentes mesures sur les contributions du congres, les contribution pas les motions car plus concret et terre à terre.Et bien je pense qu’on pourrait trouver de petites pépites la dedans.

        • Bangor dit :

          C’est beau ce que tu écris Amelle.

        • domi 25 dit :

          C’est un changement de société qui s’annonce ,il sera salutaire. L’espoir de jours meilleurs ! Tous aux Urnes,prenons le pouvoir , sauvons la France des Lumières!

          • COPA dit :

            Tout à fait, il s’agit bien d’un changement de société Pour la droite et notamment SARKOZY et son entourage, il s’agit bien de continuer dans la logique de l’ultra libéralisme: affaiblir les syndicats, transformer le code du travail pour rendre plus malléable le travail des salariés en adaptant et/ou le salaire à la conjoncture de l’entreprise (en extrapolant, on reviendrait cent ans en arrière comme aux USA, où le travailleur devait se présenter le matin pour trouver un job au jour le jour), transférer toujours plus de charges sociales vers les citoyens en épargnant les plus riches. Bref il suffit de regarder ce qui se passe en Grèce, Espagne, le Portugal et l’Italie et de lire les points du FMI.
            Quant à prendre exemple sur l’Allemagne, certes il y a des points mais beaucoup de points négatifs: petit rappel, le chômage baisse ne Allemagne du fait notamment du nombre de départs à la retraite par rapport aux rentrants (une des principales raisons du repport de l’âge à la retraite pour les allemands, d’ailleurs Mme Merkel n’a t elle pas dit qu’il y aurait 30% d’élèves en moins dans les classes ) Je regrette que les Français ne s’intéressent pas plus à l’économie et aux théories économiques mais je les comprends car lorsque je travaillais il ne me restait pas beaucoup de temps pour approfondir ma culture

        • guillaumeA dit :

          Le succès de Mélenchon c’est qu’il ne propose pas des choses finalement si incroyable.

          Le Smic a 1700€ brut, on proposait 1500€ il y a 5 ans et l’inflation est la…

          Les nationalisations? C’est moins que 81.

          La 6ème république? 2007 royal en a parlé.

          Si montebourg avait gagné la primaire, le programme socialiste est celui de Mélenchon.

          14% Mélenchon dans les sondages? Il y a plus car pour l’instant le vote Mélenchon est honte dans certaine catégorie(un peu comme le vote FN…)les redressements sont pas au niveaux.

          Hollande avait bien démarré avec le bourget mais il semble fatigué. Un peu comme les coureurs cycliste qui ont une grosse fringale. Pourtant son projet est le meilleur présenté depuis 20 ans…

          • Bangor dit :

            « Si montebourg avait gagné la primaire,… »

            Il ne l’a pas gagnée et de très loin. C’est à la majorité de fixer le cap et la montée de Mélenchon est un vrai problème pour la gauche. D’ailleurs le Figaro adore Mélenchon.

  • LIBERTE 2012 dit :

    Les manoeuvres pour destabiliser le PS à travers DSK continuent.Maintenant on ne recule devant rien « proxenétisme »
    Il semble que ce juge utilise la justice à des fins politiques.
    Il sera necessaire dans cette affaire ainsi que dans la précédente, une enquête soit ouverte.Ces juges inféodés à un homme politique et utilisant les médias à des fins partisanes doivent être séverement chatiés et exclus .Cela fait un peu beaucoup et si ces gens veulent condamner sans justice pour salir le PS à travers ce genre d’affaires, il ne faut pas faire de cadeau.Exclusion et radiation, pas de droit pour ces gens là censés être justes.
    Ce n’est pas de la vengeance, c’est essentiel de faire partir ces inféodés au pouvoir.

    • Pascal dit :

      je crois que cela n’a aucune importance. DSK fait partie du passé politique et les français sont passés à autre chose. c’est regrettable au vu de ses hautes compétences économiques et son sens de la concertation, mais inévitable au vue de ses affaires judiciaires. proxénétisme est exessif vu qui n’a pas gagné aucun argent, mais admettons qu’il a largement cherché ses problèmes. vrai ou faux, remercions MLLE DIALO d’avoir empècher sans le vouloir qu’il soit le candidat socialiste à la présidentielle, car les autres affaires seraient sorties et la nain aurait été réélu dans un fauteuil et encore une fois le peuple de gauche annéanti. je ne comprends toujours pas comment cet homme avec ses casseroles pouvait penser que ses frasques seraient restées secretes et qu’il serait élu président.

      • LIBERTE 2012 dit :

        Je vous rejoins sur le fait que les français sont passés à autre chose et le nain va essayer encore de trouver un truc pour enfumer tout le mode sinon c’est direct devant les juges!!!!!!!Il sort de l’élysée et hop en garde à vue.

  • Alceste dit :

    « Vivre ensemble » ? Il est à craindre le candidat sarkozyste ne puisse jamais faire oublier le président qu’il n’a jamais été. Il s’évertue même à ériger sa propre statue. De jour en jour son discours affirme à nos yeux la nature d’un authentique prédateur, tant est grand son acharnement à détruire, avec pour seul objectif déclaré de se maintenir au pouvoir, quitte à en appeler aux plus médiocres instincts, l’Histoire de notre pays étant apparemment le dernier de ses soucis. La pratique de l’ostracisme avait fini par apparaître perverse à ceux qui l’avaient naguère eux-mêmes inventée, pensant dans un premier temps protéger la démocratie. Le candidat sarkozyste, lui, y voit manifestement avantage, quelle que soit la tribune d’où il s’exprime.
    Deux phrases, seulement, pour aujourd’hui :
    « Nous ne voulons pas en France de ces corps intermédiaires qui confondent tout. »
    « Comment intégrer tous ceux qui ont du mal à trouver leur place dans la société, si une vague migratoire vient réduire tous les efforts à néant ? »
    Source : suivi de la présidentielle sur lemonde.fr.
    Est-il besoin de commenter ces « éléments de langage », comme on dit aujourd’hui, si du moins la transcription est fidèle (car il nous reste un dernier espoir, pour que cette campagne ait un sens) ? Autrement dit est-il possible d’espérer encore un tout petit peu de noblesse, ne serait-ce que pour nous permettre de penser ?

    • Jonas dit :

      « Autrement dit est-il possible d’espérer encore un tout petit peu de noblesse, ne serait-ce que pour nous permettre de penser ? »
      De la part de Sarkozy ? J’ai bien peur que la probabilité qu’un tel espoir puisse se réaliser soit plus qu’infinitésimale.

  • Stéphane R. dit :

    « les déficits explosent, les dettes s’accumulent »… Je partage le constat, mais je ne trouve rien dans le programme du PS de nature à réduire ces déficits, que ce soit de l’état ou du commerce extérieur. Cela me fait un peu peur, mais moins, certes, que le programme (virtuel) d’en-face…

    • Elise dit :

      Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. La fin
      du bouclier fiscal, le non remplacement d’un fonctionnaire sur 3,
      la relance économique par l’emploi etc..

  • Marianne dit :

    LES VRAIS ENJEUX, OUI,
    MAIS QUELLE ANALYSE… ET QUELLE POLITIQUE ?

    « les déficits explosent, les dettes s’accumulent, le chômage s’accroît, le commerce extérieur s’effondre »…
    Les sociaux-libéraux, partisans du libre-échange, croient agir dans le sens de l’histoire. Selon eux, cette politique est à l’origine de la richesse des pays développés.

    Rien n’est pourtant plus éloigné de la réalité.
    Les faits historiques sont sans appel : quand les pays actuellement développés étaient encore en développement, ils n’ont mené pratiquement aucune des politiques qu’ils préconisent. Et nulle part l’écart entre le mythe et la réalité historique n’est aussi flagrant que dans les deux cas de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.
    Il est piquant de noter que ce sont les deux puissances anglo-saxones censées être les bastions du libre-échange, et non pas la France, l’Allemagne et le Japon, pays considérés comme les tenants de l’interventionnisme étatique, qui utilisèrent le plus agressivement le protectionnisme. Pendant le XIXe siècle et au début du XXe, les droits de douane furent relativement faibles en France et en Allemagne (15% à 20%) et ceux du japon furent plafonnés à 5% jusqu’en 1911, aux termes de traités léonins. Pendant la même période, les tarifs douaniers moyens sur les produits industriels aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, s’inscrivaient dans une fourchette de 40% à 50%.

    Inversement, si le libre-échange était si efficace, la croissance économique aurait du s’accélérer au cours des vingt dernières années, parallèlement aux mesures de libéralisation commerciale.
    Or, les faits sont encore là:
    Pendant les années 60 et 70 où existaient davantage de protections et régulations, l’économie mondiale progressait beaucoup plus vite qu’aujourd’hui. Et, au cours de cette dernière période, sans les fortes performances de la Chine et de l’Inde (qui n’ont absolument pas suivi les recettes libérales), le taux moyen serait encore plus faible.

    Malgré cet échec, le dogme néolibéral sur les vertus du libre échange continue de sévir, et ce grâce à un appareil économico-politico-idéologique qui n’a d’équivalent que celui de la papauté au Moyen Âge.
    Par leur emprise, en premier lieu aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les néo-libéraux sont en mesure de peser sur l’ordre du jour politique des institutions multilatérales , particulièrement la « sainte trinité »: FMI, Banque mondiale, OMC. Faisant la pluie et le beau temps dans les médias dominants de l’ensemble du monde, ils ont pu édulcorer et éventuellement occulter les informations qui les gênaient, notamment les chiffres désastreux de la croissance.
    Parvenus aux positions dominantes dans les départements d’économie des universités les plus en vue, ils ont veillé à ce qu’aucun économiste dissident n’y soit admis.
    Rien d’étonnant à cela: leur modèle « d’équilibre général » est le modèle statique de Walras, déjà dépassé au XIXe siècle quand Marx mit en lumière l’importance de la croissance capitalistique dans la divergence entre classes sociales. Et ce n’est pas le fait d’avoir élaboré les conditions nécessaires à un équilibre, avec Arrow-Debreu dans les années cinquante, qui change cet état de fait:
    Les néolibéraux font tous référence à un modèle stationnaire, dans un monde éminemment non-stationnaire où la croissance est devenu l’enjeu principal !
    (cf, à ce sujet, le commentaire final sur l’Addendum dynamique dans: http://www.pauljorion.com/blog/?p=33654)

    Entre pays de niveaux de développement différents, même une intégration du type de l’Union Européenne doit impliquer à la fois des mécanismes de transfert des plus riches vers les plus pauvres.
    Et ce n’est réellement possible que si les économies pauvres sont petites et peu nombreuses par rapport aux économies riches car, si tel n’est pas le cas, celles-ci trouveront l’accord trop couteux pour elles.
    C’est pourquoi l’élargissement de l’UE s’est arrêté aux frontières de la Grèce et des PECOS, qui posent l’un et l’autre le même problème à des titres différents: la Grèce ne peut garder l’euro que si la zone se fédéralise pour la soutenir, et les PECOS ne pourront bénéficier longtemps de la solidarité de l’UE s’ils continuent de pratiquer le dumping monétaire, fiscal et social.
    Certains pays ont suivi le modèle américain, comme l’Espagne, l’Irlande et le Royaume-Uni où l’on assiste à un appauvrissement relatif et parfois absolu de la population. La déflation salariale importée y engendre une explosion de l’endettement des ménages qui, dépassant en 2007 les 100 % du PIB, a produit un phénomène d’insolvabilité comparable à celui observé aux Etats-Unis.
    Même dans des pays relativement éloignés des modèles ci-dessus, la déflation salariale est patente. L’Allemagne a mené une politique de délocalisation massive de la sous-traitance. On est ainsi passé, grâce à l’ouverture de l’Union européenne aux pays d’Europe centrale et orientale, de la logique du made in Germany à celle du made by Germany. Dans le même temps, le gouvernement allemand a transféré sur les ménages (via la taxe sur la valeur ajoutée, TVA) une partie des cotisations qui incombaient aux entreprises. Cette stratégie a permis un fort excédent commercial, au détriment de ses partenaires de la zone euro chez qui l’Allemagne réexporte de la déflation salariale ; mais au prix d’une croissance faible en raison d’une demande intérieure déprimée malgré un accroissement inquiétant de l’endettement des ménages (68 % du PIB).
    Quant à la France, les gouvernements de ces dernières années ont tenté de réagir à la mondialisation par des politiques dites « de réformes structurelles ». Ces dernières, en allongeant la durée globale du travail et en mettant en cause les prestations sociales, n’ont fait qu’entériner les effets de la déflation salariale importée.
    L’émergence depuis une dizaine d’années du phénomène des « travailleurs pauvres » des deux côtés du Rhin est directement liée à ces politiques.
    Paul Krugman, qui a longtemps prétendu que « la mondialisation n’est pas coupable », reconnaît aujourd’hui que la déflation salariale importée via le libre-échange a un rôle crucial.

    La déflation salariale trouve son origine dans les politiques prédatrices menées, en matière de commerce international, par les pays d’Extrême-Orient depuis 1998-2000, à travers le libre-échange généralisé impulsé par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
    Quant à l’idée que cette déflation salariale est le prix à payer pour que d’autres pays nous rejoignent… rien n’est plus inexact.
    L’économie chinoise poursuit depuis trente ans un rattrapage technique rapide. Dans le même temps, le coût salarial, direct et indirect, n’y évolue pas. La montée en qualité de ses exportations menace, en revanche, à terme la totalité des emplois industriels dans les pays développés.
    Ce que les travailleurs des pays développés perdent en revenu ne va pas en majorité vers ceux des pays émergents, mais sert essentiellement à enrichir encore plus une mince élite dont la fortune a littéralement explosé dans les dix dernières années.
    Au jeu du libre-échange, des délocalisations et de la déflation salariale, il n’est nul gagnant, si ce n’est ceux qui ont empoché les profits et qui ont su les placer en des lieux préservés.

    Des mesures protectionnistes, qui permettent de moduler les échanges avec l’extérieur, s’imposent donc. C’est même la condition sine qua non de toute politique de revalorisation salariale qui rende les ménages solvables et permette d’accroître la demande. Augmenter les salaires sans toucher au libre-échange est soit une hypocrisie, soit une stupidité. Par ailleurs, seul le protectionnisme peut arrêter la spirale du moins-disant fiscal et du moins-disant social qui s’est instaurée aujourd’hui en Europe.
    Son but doit être clairement précisé. Il ne s’agit pas d’accroître encore les profits mais de préserver et d’étendre les acquis sociaux et écologiques. Il s’agit donc de pénaliser non pas tous les pays pratiquant les bas salaires, mais ceux dont la productivité converge vers nos niveaux et qui ne mettent pas en place des politiques sociales et écologiques également convergentes. Bref d’empêcher le commerce mondial de tirer tout le monde vers le bas.

    Le cadre de l’Union européenne est inadéquat pour un tel retour. Le rétablissement d’un important tarif communautaire s’impose, mais il est clair que l’espace économique européen actuel est tellement hétérogène qu’il permet à des politiques de dumping fiscal, social et écologique de prospérer. En plus du tarif communautaire, il convient donc d’envisager un retour aux montants compensatoires monétaires en vigueur dans les années 1960. Ces taxes, provisoires, viseront à compenser les écarts de taux de change, mais aussi de normes sociales et écologiques, entre les pays de la zone euro et les autres membres de l’Union. Un tel changement implique un conflit au sein de celle-ci.
    Si la mise en place de mesures coordonnées est, à terme, la meilleure solution, seule la menace de mesures unilatérales par la France peut imposer l’ouverture du débat — lequel aboutira à la mise en place de cercles concentriques permettant, au sein de l’Union, de respecter les différences structurelles existant entre les pays membres.
    L’alternative au protectionnisme et aux montants compensatoires est simple : soit voir autrui nous imposer ses choix en matière sociale et écologique, soit imposer les nôtres. Le libre-échange signe donc la mort de la liberté de choix dans les systèmes sociaux et économiques.
    C’est ce que montrent les échecs répétés de toutes les tentatives pour construire une « Europe sociale », grande illusion des sociaux-libéraux, ou tout simplement pour aboutir à l’harmonisation fiscale. Sans des mesures susceptibles de pénaliser les stratégies de dumping social, fiscal et écologique, la loi du moins-disant s’impose partout.
    La combinaison du libre-échange et de la rigidité monétaire de l’euro rend alors nécessaire, du point de vue des entrepreneurs, l’immigration clandestine. Le sans-papiers n’étant pas couvert par le droit social existant, l’immigration devient l’équivalent d’une dévaluation de fait et d’un démantèlement des droits sociaux face à la pression de la concurrence importée.

    Quoi qu’en disent les gouvernements, le retour au protectionnisme devient donc incontournable.

    • Marianne dit :

      LA « MENACE PROTECTIONNISTE » selon les libéraux:

      « Strauss-Kahn craint le retour du protectionnisme », titrait Le Nouvel Obs il y a encore peu de temps.
      « La situation comporte deux risques majeurs : des troubles sociaux et le protectionnisme » déclarait d’un même élan Christine Lagarde à Davos.
      Et, plus ils le disent, moins ils savent de quoi ils parlent. Evidemment, pour s’en apercevoir, il leur faudrait prendre le temps de réfléchir un peu au sens des mots.
      Redouter le « retour du protectionnisme » n’a en effet de sens que si nous estimons vivre dans une situation de non-protectionnisme.
      Mais ce non-protectionnisme existe-t-il ?

      La concurrence non distordue règne, nous dit-on, en Europe.
      Avec l’Estonie, qui fixe à zéro son impôt sur les sociétés ?
      Avec la Roumanie, où les employés de Renault-Dacia payés 300 euros par mois représentent une sorte d’élite salariale ?
      Avec la Pologne, qui refuse toute réglementation environnementale et les coûts qui l’accompagnent ?
      Avec le Royaume-Uni, qui dévalue subrepticement sa monnaie de 30 % contre l’euro, et, d’un claquement de doigts, diminue d’autant ses prix d’export ? Avec le Luxembourg, dont la transparence bancaire fait paraître limpide une flaque de pétrole ?
      Concurrence non distordue sans doute également avec la Chine, et avec le Vietnam, ou pourquoi pas la Birmanie, puisque BK Conseils, l’entreprise unipersonnelle de Bernard Kouchner, nous certifie que le travail forcé y est une légende.

      Pour que le « non-protectionnisme » ait un sens, il faudrait ajouter aux règles du libre-échange l’hypothèse de parfaite identité structurelle des systèmes socioproductifs mis en concurrence… Or, cette hypothèse est évidemment délirante. Fiscalité, protection sociale, niveaux de vie, réglementation environnementale, taux de change, droit du travail, tolérance sociale aux inégalités, préférence politique pour les coûts collectifs de services publics : les économies sont différentes en tout.
      Toutes les différences restent autant de distorsions, c’est-à- dire, pour certains, de protections de fait.

      Ceux qui tirent leur fiscalité vers le bas, qui ne veulent ni des coûts de la protection sociale ni des coûts de la protection environnementale, ceux qui manipulent leur change, ceux dont le droit du travail autorise toutes les pressions salariales, tous ceux-là sont à l’abri de formidables barrières et n’ont nul besoin de droits de douane ou d’obstacles non-tarifaires pour s’ébattre et prospérer dans le commerce international libéralisé. Le monde différencié, le nôtre pour longtemps encore, est par conséquent – à savoir : en tant qu’il est différencié – protectionniste ! N’est-il pas absurde alors de hurler à la « menace protectionniste » dans un monde qui l’est nécessairement ? A moins, focalisant jusqu’à l’hystérie le regard sur certaines protections, que ce soit pour mieux faire oublier les autres.

      On voudrait croire qu’il n’y a, parmi les enragés de la « concurrence libre et non distordue », que des cyniques – pour qui le level playing field n’est que l’instrument rhétorique et pratique d’un rebasculement du rapport de force entre le capital et le travail, par régime du commerce international interposé. Au moins, ceux-ci ont-ils les idées au clair et ne se racontent-ils pas d’histoire. Mais il y a, dans ces rangs, bien plus encore d’ahuris, qui croient vraiment ce qu’ils disent et persistent à ne pas voir que leur célébration de la concurrence non distordue dans les marchés a pour effet de faire jouer de la pire des manières – la plus déniée et la plus destructrice – la concurrence très distordue par les structures.
      Par un paradoxe que jamais, semble-t-il, les amis des « grands marchés » de toutes sortes ne parviendront à saisir, la concurrence non distordue s’avère donc le parfait complément du protectionnisme des structures.
      La concurrence entre des entités qui ne sont pas strictement identiques est immédiatement faussée par leurs différences mêmes – d’où résulte que le concept de concurrence non faussée est une parfaite ineptie. Et celui de protectionnisme avec, du même coup.

      Si donc nous vivons dans un monde de fait protectionniste et voué à le rester – sauf le fantasme de la « grande homogénéisation » du monde –, il faut prendre son parti de l’inanité de la discussion qui s’obstine à opposer le protectionnisme aux bienfaits du « libre-marché ». Rendons-nous à l’idée que le problème est tout entier plongé dans le registre du protectionnisme lui-même, qu’il n’en sortira pas, et qu’il n’y a dès lors plus qu’à choisir entre ses différents degrés et ses différentes formes. Ce débat prend, pour le coup, tout son sens, puisqu’à ce moment seront mises sur la table toutes les sortes d’hétérogénéités, de différences, de protections et d’inégalités entre lesquelles il faudra nécessairement passer des compromis – c’est-à-dire envisager de corriger des distorsions par des distorsions contraires (et compensatrices).

      Il s’agit évidemment là d’une révolution copernicienne, que refuseront également les cyniques et les ahuris, quoique pour des raisons fort différentes.

      Lecture recommandée:
      Le Protectionnisme et ses ennemis, LLL & Monde diplomatique,
      HJ. Chang, S. Halimi, F. Lordon, F. Ruffin, J. Sapir

    • Bangor dit :

      Ras le bol.

      • Sagone dit :

        Mariane

        avec votre prose interminable vous devenez fatigante!!! Qui peut lire lire ça!!

        Vous ne vous rendez pas compte combien c’est indigeste, et vous nous racontez la même chose sur chaque page!!!

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