Interview de Pierre Moscovici dans le JDD


Si j'étais élu Président avec… Pierre Moscovici par lejdd

Retrouvez ci-dessous l’intégralité de l’interview qu’a accordé Pierre Moscovici au JDD :

Nicolas Sarkozy organise un grand rassemblement place de la Concorde dimanche. Redoutez-vous que ce meeting ne vole la vedette à François Hollande, qui sera lui à Vincennes?
Nous n’affrétons pas de trains, mais nous ne craignons pas la comparaison. Je sens une forte mobilisation pour Paris, Porte de Vincennes. Des dizaines de milliers de personnes viendront pour ce meeting, qui sera un moment populaire, festif et joyeux.

Nicolas Sarkozy se dit prêt à participer à deux débats dans l’entre-deux-tours. Qu’en est-il de François Hollande?
Il y a un peu d’indécence, d’arrogance et de mépris pour les électeurs dans l’attitude de Nicolas Sarkozy. Qui sait aujourd’hui qui sera qualifié pour le second tour? La moindre des choses, c’est quand même de laisser le vote se dérouler!

Mardi soir sur Canal +, Nicolas Sarkozy a affirmé que François Hollande refuserait le débat car il n’aimait pas ça…
Sincèrement, c’est mal connaître François Hollande, qui est excellent débatteur. Il y a déjà eu des débats entre eux et ce ne sont pas forcément de bons souvenirs pour Nicolas Sarkozy. Mais chaque chose en son temps. Et rappelons qu’il y a des traditions sous la Vème République, il y a toujours eu un seul grand débat entre les deux tours.

Vous estimez donc que c’est une stratégie pour Nicolas Sarkozy d’en parler aujourd’hui?
Il y a une forfanterie, comme souvent de la part de Nicolas Sarkozy. « Je vais l’exploser, je vais le massacrer », dit-il. C’est une conception tout à fait irrespectueuse de la démocratie.

François Hollande disait lui : « On va le taper »…
Cela n’est ni son style, ni son expression. Il aime davantage recourir à l’humour qu’à la violence ou à l’agressivité. En réalité, Nicolas Sarkozy ne parle pas aux Français mais à lui-même.

Sarkozy a déclaré dans les colonnes du JDD : « La stratégie de M. Hollande, c’est l’esquive, l’ambiguïté, la faiblesse de dire oui à tout le monde. » Que lui répondez-vous?
La conception qu’a Nicolas Sarkozy de sa campagne ressemble beaucoup à celle des Républicains de George Bush en 2004. C’est l’amnésie de son propre bilan, le rassemblement de tous les conservateurs, de la droite à l’extrême droite, et le dénigrement permanent de l’adversaire. Mais nous ne sommes pas les Etats-Unis. Et nous ne sommes pas en 2004. Cela ne marchera pas !

Nicolas Sarkozy se moque de François Hollande et de l’agenda de sa première année. Qu’avez-vous prévu pour la suite?
François Hollande a joué la transparence depuis le début. Et Nicolas Sarkozy n’a pas eu le respect de dire aux électeurs ce qu’il allait faire. Son vrai projet reste dissimulé. En vérité, il y a 25 milliards d’euros de hausses d’impôts qui sont cachées. Et rappelons ce que la principale mesure de Nicolas Sarkozy pesant sur les classes moyennes et populaires, est la TVA sociale, que nous annulerons si nous l’emportons.

Vous ne répondez pas à la question…
Que Nicolas Sarkozy se rassure, nous n’avons pas oublié qu’il y a dans un quinquennat quatre années après la première. Mais nous voulions montrer aux Français que les choses allaient changer concrètement et très vite. J’ai l’impression que cette présentation a complètement désarçonné Nicolas Sarkozy.

N’était-ce pas le but, aussi?
Disons qu’on a un peu eu le sentiment que l’annonce de son projet est passée au second plan… Et je ne pense pas que les Français en ont retenu grand-chose.

La montée en puissance de Mélenchon vous inquiète-t-elle ou vous rassure-t-elle sur l’envie d’alternance?
Nous n’avons pas d’adversaires à gauche : la volonté de François Hollande, c’est de rassembler. Toutefois, nous n’avons pas les mêmes options que Jean-Luc Mélenchon, c’est vrai. La gauche qui change, qui réforme, qui agit, qui transforme, c’est celle de François Hollande. Et si on souhaite en finir avec la politique de Sarkozy, il faut que le candidat socialiste soit le plus haut possible au premier tour.

Pourquoi ne pas assumer de parler de « vote utile »?
En démocratie, le vote n’est jamais inutile. Parlons plutôt de vote pour gagner. Nicolas Sarkozy rêve d’être largement en tête face à une gauche divisée. Je n’ai pas envie de l’aider à rêver ni lui céder la moindre victoire.

Quelles relations entretiennent François Hollande et Jean-Luc Mélenchon?
Elles ne sont pas ce qu’on en dit parfois. Ils ont des différences, bien sûr, mais ils ont travaillé pendant plus de vingt ans, ensemble, au PS, ils sont deux orateurs, deux hommes de conviction. Je suis certain que Jean-Luc Mélenchon saura choisir le rassemblement le moment venu. Et le moment viendra.

Dans la perspective du second tour, est-ce envisageable de réunir derrière soi un électorat allant de Mélenchon à Bayrou?

François Hollande et François Bayrou se connaissent bien, se respectent, mais n’ont pas les mêmes options politiques, notamment sur les questions économiques et sociales. En revanche, sur d’autres thèmes, comme la moralisation de la vie politique ou la conception de la République, il me semble que ce qu’exprime François Bayrou est plus proche de François Hollande que de Nicolas Sarkozy.

Le centriste est aussi virulent à l’encontre du président sortant que de votre candidat….
Depuis cinq ans, ce que j’ai vu et lu, ce sont des critiques, des livres extrêmement forts sur le pouvoir personnel de Nicolas Sarkozy, des motions de censure votées avec la gauche. Je n’en tire aucune conclusion, mais je constate simplement que son opposition au sarkozisme me paraît tout à fait essentielle et de principe.

C’est donc envisageable de voir François Bayrou intégrer un gouvernement socialiste?
François Hollande n’est pas en train de composer un gouvernement, il est concentré sur le premier tour, sur l’élection elle-même.

L’abstention s’annonce forte. Prenez-vous votre part de responsabilité dans ce désintérêt des Français?
Il y a une attente puissante, une vraie adhésion à notre campagne : je la crois sérieuse et convaincante. Mais c’est difficile parce que cette élection se déroule dans un contexte de crise qui ne prédispose pas forcément à la gaieté ou à la joie. L’élection de 2007 a été une telle trahison que beaucoup d’électeurs, qui ont cru dans les promesses mensongères de Nicolas Sarkozy, observent aujourd’hui la politique avec plus de distance.

Vous ne faites pas partie des Hollandais de la première heure. Êtes-vous surpris par la campagne de votre candidat?
Je suis très frappé par sa gravité et son sens des responsabilités, sa capacité de travail, l’investissement qu’il met dans sa campagne, la méticulosité, l’exigence dont il témoigne pour lui-même et pour les autres. Sa cohérence m’impressionne.

Etes-vous étonné par la mutation qu’il a opéré depuis plusieurs mois?
Honnêtement, je ne suis pas surpris parce que je connais François Hollande depuis près de trente ans. Je connaissais aussi depuis longtemps sa volonté de jouer un rôle pour son pays. Je savais que si cette occasion se présentait, il y consacrerait toutes ses forces. Au fond, il s’est beaucoup préparé à ça. Et bien, nous y sommes, c’est son heure !

Quel rapport entretenez-vous avec François Hollande?
Un mot définit notre relation : la confiance. Elle est fondée sur une grande proximité intellectuelle. Je suis là pour l’aider à l’emporter, pour tenir l’équipe, l’animer. Je m’efforce de l’accompagner au mieux en ne ménageant pas ma peine.

Prenez-vous du plaisir dans cette campagne?
Ma tâche est lourde et exaltante. Mais en même temps, ça n’est pas le principe de plaisir qui me guide. C’est plus le sens d’un devoir. J’aime le terrain, les contacts avec les gens, les relations internationales, les débats. Si ça ne tenait qu’à moi, je préférerais faire plus de meetings, plus de déplacements à l’étranger, voir plus de monde. Mais j’ai pleinement accepté cette fonction. Elle exige loyauté, rigueur, disponibilité, réactivité et en même temps nécessite de prendre du recul sur les choses. Elle est passionnante. Mais le plaisir, la joie, ça sera le 6 mai.

Où vous voyez-vous après le 6 mai?
Je fais confiance à François Hollande pour choisir le meilleur endroit pour moi.

Il a déclaré mardi qu’il vous verrait bien dans son gouvernement…
Je le remercie de sa confiance. Mais je suis comme lui : tout faire, d’abord, pour le meilleur score le 22 avril, puis pour gagner le 6 mai.

3 réflexions au sujet de « Interview de Pierre Moscovici dans le JDD »

  1. votre débas est passionnant … personne ne vient .. mdrrr .. ça s’épuise!! .. ou alors ils sont tous en vacances !!…

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