«La présidentielle se joue au premier tour» – Le Parisien

Interview de Pierre Moscovici publiée dans le journal « Le Parisien » daté du 20 avril 2012.

Cette élection présidentielle peut-elle réserver des surprises ?

PIERRE MOSCOVICI. Les enquêtes d’opinion montrent quelques tendances fondamentales, à commencer par l’attente puissante et tranquille du changement. Mais les sondages ne font pas l’élection : des surprises sont possibles, y compris qu’il n’y en ait pas. Rien n’est fait, rien n’est joué !

Le risque d’une élimination de votre candidat à l’issue du 1er tour semble néanmoins écarté…

Le 21 avril 2002 était une situation exceptionnelle et dramatique. Nous n’en semblons pas, cette fois, menacés : si c’est le cas, tant mieux. Mais notre objectif en 2012, c’est que François Hollande puisse avoir, dès le 22 avril, la force et la confiance qui lui permettront de l’emporter le 6 mai. La présidentielle se joue toujours au premier tour. C’est pourquoi nous sommes plus que jamais mobilisés.

A qui s’adressent vos appels au vote utile ?

Il n’y a pas de vote inutile. Nous appelons tous ceux qui souhaitent le changement à voter pour François Hollande. En particulier les déçus de ces dernières années, qui doutent de la politique et pourraient s’abstenir — même si, personnellement, j’espère que la participation sera plutôt plus forte qu’on ne l’attend — et ceux qui pourraient penser que la dispersion au 1er tour serait sans conséquence. N’oublions pas que le rêve de Nicolas Sarkozy, c’est justement de surprendre en étant nettement en tête au 1er tour face à une gauche divisée. Ne lui faisons pas ce cadeau !

Selon vous, l’abstention pourrait être moins forte qu’attendue…

Cette campagne a intéressé plus qu’on ne le dit parfois : l’assistance est plus nombreuse qu’en 2007 dans les meetings, il y a une ferveur qui monte à chaque déplacement de François Hollande et, surtout, les Français sont conscients que cette élection est très importante. L’enjeu n’est pas mince : continuer pendant cinq ans avec Nicolas Sarkozy, qui pourrait poursuivre la casse du modèle social français, ou changer avec François Hollande pour une politique de redressement dans la justice. C’est une raison forte pour voter.

Au lendemain du premier tour, c’est une nouvelle campagne qui commence ?

Si c’est au sens où l’espère Nicolas Sarkozy, qui semble croire que la présidentielle n’est pas une élection à deux tours mais deux élections à un tour, la réponse est non. Les cartes ne seront pas rebattues à zéro. Mais en même temps, il y aura une nouvelle donne, parce qu’il restera deux candidats face à face, parce que le candidat Hollande deviendra davantage que le candidat du PS et de ses alliés : il sera celui de la gauche et du changement. Sa campagne d’entre-deux-tours prendra en compte cet impératif de rassemblement.

Hollande a indiqué qu’en cas de victoire il ne pratiquerait pas l’ouverture…

Il a été plus précis : il a dit qu’il gouvernerait à gauche. Il n’ambitionne pas d’être le DRH de l’UMP comme Nicolas Sarkozy voulait, en vain d’ailleurs, être celui du PS. Il s’agira de mettre en œuvre son projet, à la fois vraiment de gauche et crédible, pour la France et l’Europe.