Pierre Moscovici invité de la matinale de France Inter

Pierre Moscovici était ce matin l’invité de Pascale Clark sur France Inter.


Pierre Moscovici par franceinter

Retrouvez ci-dessous la retranscription de l’interview:

PASCALE CLARK
François HOLLANDE va-t-il gagner dimanche ?
PIERRE MOSCOVICI
Je l’espère.
PASCALE CLARK
Mais vous y croyez ?
PIERRE MOSCOVICI
Je l’espère, je le crois, mais je reste très prudent, maintenant les Français sont dans la décantation de leur choix et il leur appartient…
PASCALE CLARK
Dans la ?
PIERRE MOSCOVICI
Décantation.
PASCALE CLARK
Décantation pardon.
PIERRE MOSCOVICI
Ils réfléchissent, oui, oui, je crois, et il faut les laisser réfléchir, à partir de ce soir minuit, la campagne s’achève. Mais c’est vrai que les données d’une victoire sont sur la table depuis le premier tour en vérité et je crois que depuis le débat d’avant-hier, beaucoup de Français ont compris que François HOLLANDE serait un président s’il est élu, rassembleur, fort, stable, cohérent, constant.
PASCALE CLARK
Le débat a été décisif pensez-vous ?
PIERRE MOSCOVICI
Je pense qu’il aura conforté beaucoup dans la sensation qu’il ne s’agissait pas seulement d’en finir avec 5 ans de sarkozysme, mais aussi d’adhérer à François HOLLANDE, d’adhérer à sa façon d’être, à sa façon de penser, à la manière qu’il a de concevoir la démocratie française, à son projet, oui je pense que, ce n’est pas décisif, mais c’est tout à fait important, ça solidifie la base de la future élection de François HOLLANDE, encore une fois j’espère.
PASCALE CLARK
Vous étiez présent au meeting de Toulouse hier soir, c’était comme un meeting de victoire, vous n’êtes pas superstitieux ?
PIERRE MOSCOVICI
Non, je ne suis pas superstitieux, c’était surtout un très beau moment avec cette image de François HOLLANDE et Lionel JOSPIN ensemble, dix ans après le 21 avril 2002, la volonté que nous avons, mais que beaucoup de Français ont aussi, d’effacer ce moment terrible et aussi de dire après 10 ans de droite, retrouvons les voies d’un gouvernement de progrès, d’un redressement de la France en la justice, d’un rassemblement des Français dont on a besoin après 5 ans de sarkozysme qui ont été quand même terriblement diviseurs, clivant et aujourd’hui dont je pense qu’une majorité de Français ne veut plus.
PASCALE CLARK
Qu’avez-vous pensé quand vous avez appris que François BAYROU allait voter François HOLLANDE à titre personnel ?
PIERRE MOSCOVICI
J’ai trouvé que c’était une bonne nouvelle. Une bonne nouvelle bien sûr pour François HOLLANDE, mais aussi une bonne nouvelle pour le pays et même une bonne nouvelle pour le Centre, parce que c’est d’abord un vote personnel, il dit lui même qu’il ne donne pas d’indication, de consigne de vote, c’est un vote éthique, c’est un vote de valeur. Je pense que si François BAYROU fait ce choix qui n’est pas facile pour un centriste, on écoutait tout à l’heure Jean LECANUET…
PASCALE CLARK
Ah vous parlez de Jean LECANUET finalement.
PIERRE MOSCOVICI
Oui parce que depuis 1974, et c’était un autre, c’était Jacques DUHAMEL, on n’avait pas fait le choix, c’était avant même, c’était en 69, c’était à l’époque de l’élection de Georges POMPIDOU, le Centre n’avait pas fait le choix de la gauche. Eh bien c’est un choix de valeur, pourquoi ? Parce que je pense qu’il a été choqué, depuis le début de ce quinquennat, il avait écrit un livre terrible où il qualifiait Nicolas SARKOZY d’enfant barbare, par les pratiques de Nicolas SARKOZY, par sa brutalité, par son agressivité, par son manque de respect des corps intermédiaires, des collectivités locales, de la façon dont les Français vivent ensemble et je pense que l’entre deux tours de Nicolas SARKOZY aura été pour lui la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Quand on voit le clip de campagne de Nicolas SARKOZY, quand on pense à Gérard LONGUET, interviewé dans Minute, le journal qui fut jadis dirigé par monsieur BUISSON, expliquer que Marine LE PEN est un interlocuteur, quand on voit la stigmatisation…
PASCALE CLARK
Pas d’alliance a répliqué, a martelé Nicolas SARKOZY, pas d’alliance et pas de ministre FN.
PIERRE MOSCOVICI
C’était quand même totalement cousu de fil blanc, il y a une stratégie qui est utilisée par Nicolas SARKOZY, qui était celle justement de ce Patrick BUISSON, d’extrême droitisation, une stratégie qui a été une stratégie d’imitation au fond de Marine LE PEN, pour aller chercher ses électeurs et non pas de réponse aux colères que pouvait provoquer ce vote. Et je pense que ce vote éthique de François BAYROU, oui c’est un moment important dans la vie politique même si ce n’est pas une recomposition.
PASCALE CLARK
Ah bon parce que si François HOLLANDE l’emporte dimanche donc François BAYROU appartiendra à la majorité présidentielle.
PIERRE MOSCOVICI
Il appartiendra à la majorité présidentielle dans la mesure où il aura voté pour François HOLLANDE mais, il a dit lui même que ce n’était pas une adhésion aux projets de François HOLLANDE et François HOLLANDE de son côté a dit de la manière la plus claire..Département
PASCALE CLARK
Avait dit tous ceux qui me rejoindront avant le second tour feront partie de la majorité présidentielle.
PIERRE MOSCOVICI
Il a dit de la manière la plus claire aussi qu’il gouvernerait sur son projet, projet que n’approuve pas François BAYROU sur le plan économique. Il a dit qu’il gouvernerait à gauche, il a dit qu’il gouvernerait avec la gauche. Il a dit qu’il y aurait un Premier ministre socialiste, donc il n’y a pas d’ambigüité de ce côté-là. Non, il faut prendre ce geste…
PASCALE CLARK
Non, mais c’est impensable que François BAYROU fasse partie d’un futur gouvernement…
PIERRE MOSCOVICI
Franchement moi je suis totalement tourné vers le 6 mai, il n’y a pas d’ambigüité sur ce sujet là, je pense que…
PASCALE CLARK
C’est impensable ou pas, ou c’est possible ?
PIERRE MOSCOVICI
Il n’y a pas d’ambigüité, je n’ai pas eu la sensation, franchement, que c’était ce que François BAYROU souhaitait hier, ce n’est pas le sens de son vote. Encore une fois, ne le réduisons pas à une petite combinaison politique, je pense que c’est…
PASCALE CLARK
Donc, c’est exclu.
PIERRE MOSCOVICI
Je pense que c’est la révolte d’un homme, je pense que c’est le rejet d’une certaine conception de la politique. Je crois qu’il n’accepte pas que Nicolas SARKOZY ait couru, comme ça, après, l’extrême droite, que c’est contraire à ses conceptions humanistes, européennes, républicaines, et je reviens à Gérard LONGUET, parce que j’avais eu moi-même cette réflexion-là…
PASCALE CLARK
On ne va pas passer la matinée sur Gérard LONGUET, si ?
PIERRE MOSCOVICI
Mais, ça a été un moment important, parce que je me suis dit que les centristes et les gaullistes, authentiques, de ce pays, ne pouvaient pas supporter que le ministre de la Défense, manifestement avec le consentement du président de la République, accepte ce type de compromission, et j’ai pensé à ce moment-là, en effet, qu’il était possible qu’il y ait cette révolte des centristes, et j’ajoute des gaullistes aussi.
PASCALE CLARK
Donc, je n’ai pas bien compris, c’est exclu que François BAYROU appartienne au futur gouvernement ?
PIERRE MOSCOVICI
Je crois que je viens de vous répondre.
PASCALE CLARK
Non, mais non, je n’ai pas compris. Dites-le clairement alors.
PIERRE MOSCOVICI
Je n’a pas le sentiment que ça soit souhaité, par lui déjà, et il ne s’agit pas de ça, c’est encore une fois pas un arrangement politique. Thomas LEGRAND l’a dit justement, il n’y a eu aucune négociation, il n’y a eu aucune demande de François HOLLANDE, François HOLLANDE est resté entre deux tours sur son projet, uniquement sur son projet, c’est sur son projet qu’il gouvernera, et c’est avec la gauche qu’il gouvernera.
PASCALE CLARK
Les deux François se sont-ils parlé hier soir ?
PIERRE MOSCOVICI
Je ne sais pas. Non, je ne crois pas, parce que je suis resté avec François HOLLANDE jusqu’à tard hier soir, quand nous sommes rentrés de Toulouse, je n’ai pas eu cette sensation, mais je n’ai pas d’informations privilégiées.
PASCALE CLARK
En cas de victoire, dimanche, où la fêterez-vous ? A la Bastille ?
PIERRE MOSCOVICI
Il en est question, mais on n’a pas encore totalement arrêté le dispositif. Vous savez…
PASCALE CLARK
Vous ne savez pas encore ?
PIERRE MOSCOVICI
Pour une raison simple, c’est que la victoire, pardonnez-moi…
PASCALE CLARK
C’est dans deux jours, ça s’organise !
PIERRE MOSCOVICI
… c’est dimanche soir. Il y aura une part de spontanéité importante. Vous savez, soyons quand même conscients, il n’est…
PASCALE CLARK
Bon, Bastille ou pas ?
PIERRE MOSCOVICI
Il n’est arrivé que deux fois, en 1981 et en 1988, que la gauche remporte l’élection présidentielle, sous la Vème République. Je me souviens de la Bastille, en 1981, ça avait été, en effet, un mouvement improvisé, d’une foule joyeuse…
PASCALE CLARK
Enfin, improvisé, il y avait une scène de montée, quand même.
PIERRE MOSCOVICI
C’est une possibilité que ce soit la Bastille, mais ce n’est pas une…
PASCALE CLARK
C’est n’est pas sûr ?
PIERRE MOSCOVICI
Non.
PASCALE CLARK
Ce serait où, alors ?
PIERRE MOSCOVICI
Mais vous verrez, d’ailleurs, avant tout il faut que le 6 mai les Français élisent François HOLLANDE.
PASCALE CLARK
Non non, d’accord. Votre bilan de direction de campagne, Pierre MOSCOVICI, on a eu le sentiment que la vraie tour de contrôle ce n’était pas vous, c’était Manuel VALLS.
PIERRE MOSCOVICI
C’est une question très intéressante…
PASCALE CLARK
Oui, ça m’intéresse, moi.
PIERRE MOSCOVICI
Je pense qu’en réalité nous avons fait une équipe complémentaire. Manuel VALLS a été le directeur de communication talentueux de cette campagne, et je peux vous assurer que j’en ai été pleinement le directeur de campagne, et tout ce que j’ai fait, et la manière dont je l’ai fait, a été vraiment en accord avec François HOLLANDE. Il fallait que quelqu’un s’occupe de la plateforme, de garder la maison, d’animer les équipes, de les conforter, de les réconforter, parfois de s’exprimer, comme je le fais devant vous…
PASCALE CLARK
Vous avez fait « nounou », c’est ça un directeur de campagne ?
PIERRE MOSCOVICI
J’avais dit à l’époque, une formule qui avait fait sourire, qui était que le directeur de campagne était un agent d’ambiance. Ma foi, je crois que ça doit être un complément du candidat. Le candidat il est sur le terrain, il est accompagné du directeur de la communication, souvent, qui règle les images, et lui, il doit garder la maison, et mon sentiment, si vous voulez, c’est que si dimanche soir, c’est surtout ça l’important, François HOLLANDE est élu, j’aurais rempli ma part du contrat, voilà tout.
PASCALE CLARK
Et vous serez à la Bastille.
PIERRE MOSCOVICI
Et je serai où sera François HOLLANDE, dimanche soir, en attendant surtout, je serai au siège ce campagne, jusqu’au bout, jusqu’à 20h00, on attendra les résultats, avec l’anxiété, avec le cœur battant, et puisque vous me posiez la question tout à l’heure, avec une forte dose de confiance, confiance dans les Français tout simplement, parce que je crois qu’ils veulent le changement.

3 réflexions au sujet de « Pierre Moscovici invité de la matinale de France Inter »

  1. Quelque soit le résultat de ce soir, je tiens à vous féliciter pour le travail superbe que vous avez réalisé au cours de cette campagne.
    Vous avez pleinement réussi à augmenter la crédibilité et à solidifier l’image de votre candidat.
    Chapeau !

  2. Un peu chiante Pascale Clark, elle est sympa mais insiste trop sur des questions franchement inutiles.

    • J’abonde ta réflexion. Par contre je ne dirai pas qu’elle est sympa. elle ne fait que répéter béatement ce que les autres médias disent depuis hier, à savoir: marginaliser au maximum M Bayrou et trouver un quelconque prétexte pour justifier de son appel au vote de M Hollande. En plus, que cela dérange Mme que M Moscovici continue à parler de M Longuet, pour qui se prend-elle?
      Encore une fois, il y a un total manque de respect des personnes qui osent penser autrement. Que les représentants de M Sarkozy critiquent le ralliement de M Bayrou, je le conçois. Par contre quand je vois l’attitude de certains journalistes des chaînes publiques, cela commence sérieusement à m’échauffer les oreilles.

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