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Le troisième tour

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 08/06/2012 à 16:22

Dimanche 10 juin, les Français voteront pour le premier tour des élections législatives. La campagne, force est de le constater, a été peu animée, et une abstention élevée est annoncée par tous les instituts de sondage. Et pourtant, il s’agit d’une consultation essentielle, à laquelle je participe à la fois comme candidat et dans ma fonction gouvernementale. A 48 heures du scrutin, je veux en souligner les enjeux.

D’expérience, ayant été ministre de Lionel Jospin entre 1997 et 2002, je sais ce que représente la cohabitation. Elle signifierait un affaiblissement de la France, confrontée à la paralysie.

Le premier enjeu est bien évidemment national : il s’agit d’éviter une cohabitation qui serait mortifère et de donner au Président de la République, François Hollande, la majorité dont il a besoin pour mener à bien le changement. La droite, divisée, affaiblie, prétend pouvoir et vouloir gagner. D’expérience, ayant été ministre de Lionel Jospin entre 1997 et 2002, je sais ce que représente la cohabitation. Elle signifierait un affaiblissement de la France, confrontée à la paralysie. Même lorsqu’elle se produit – ce fut le cas pour François Mitterrand, par deux fois, puis par Jacques Chirac, à l’époque du septennat et à l’occasion d’une sanction législative d’un Président en fonction depuis quelques années – elle ne permet pas une conduite unifiée et efficace des affaires du pays, elle nous pénalise en Europe et dans le Monde. Si elle devait survenir au début d’un quinquennat, ce qui n’est jamais arrivé, et qui plus est dans une période de crise aigüe, elle aurait des conséquences plus que dommageables pour la France, son rayonnement, son audience.

les législatives peuvent corriger ou amplifier la majorité du Président, elles ne peuvent pas la nier, sauf à vouloir immobiliser l’exécutif

Voilà pourquoi l’évoquer procède, d’une certaine façon, de l’irresponsabilité. C’est de bonne guerre, évidemment – comment, sinon, mobiliser un camp qui vient de perdre l’élection reine, la présidentielle ? – mais c’est contraire à la logique même des institutions de la Vème République, encore renforcée par la mise en place du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, qui fait précéder les élections législatives par la consultation présidentielle : les législatives peuvent corriger ou amplifier la majorité du Président, elles ne peuvent pas la nier, sauf à vouloir immobiliser l’exécutif.

François Hollande, depuis l’élection présidentielle, a affirmé une nouvelle façon de faire de la politique, il a dessiné un nouveau cap. Il a, en premier lieu, marqué sa volonté de rétablir l’exemplarité des comportements au sommet de l’Etat

Au-delà, c’est un projet qu’il s’agit de mettre en mouvement. François Hollande, depuis l’élection présidentielle, a affirmé une nouvelle façon de faire de la politique, il a dessiné un nouveau cap. Il a, en premier lieu, marqué sa volonté de rétablir l’exemplarité des comportements au sommet de l’Etat. C’est pourquoi il a diminué de 30 % le salaire du Président de la République et des ministres, qui ont signé une charte de déontologie ; imposé le non-cumul des mandats exécutifs locaux avec une responsabilité gouvernementale ; nommé, pour la première fois dans l’histoire de la République un gouvernement parfaitement paritaire ; demandé une plus grande sobriété dans l’usage des moyens publics. Bref, il exige que les plus hautes autorités de l’Etat se comportent avec simplicité et dignité. Ce n’est pas pour lui, je le sais pour bien le connaitre, une posture de circonstance, à finalité électorale, mais une conviction profonde, qui correspond à sa propre éthique et obéit à l’analyse de la désaffection de nombreux citoyens à l’égard du politique, nourrie par le « bling bling » et l’arbitraire. Rétablir la confiance entre les Français et leur représentation passe, forcément, par cette nouvelle donne : elle se poursuivra.

Ils nous laissent en héritage un triple déficit (…) Nous devons, c’est en particulier ma tâche au sein du gouvernement, agir sur ces trois fronts. Relancer la croissance, tout d’abord, en commençant par réorienter l’Europe, qui ne peut être davantage livrée à l’austérité. Réduire les déficits sans casser les moteurs d’une reprise de notre économie. Réindustrialiser le pays, enfin, car une France sans industrie n’a pas d’avenir.

Le Président souhaite aussi entreprendre le redressement du pays, affaibli par dix ans des gouvernements de droite. Ses chefs, à commencer par François Fillon, aiment à citer les rapports de la Cour des Comptes ou les recommandations de la Commission européenne pour critiquer de façon acerbe notre politique. Cette attitude est en vérité absurde, tant elle oublie que c’est leur politique qui est ainsi jugée avec sévérité. Ils nous laissent en héritage un triple déficit – d’activité, avec une croissance effective très inférieure à la croissance potentielle ; du commerce extérieur, engendré par une perte tragique de compétitivité ; de crédibilité budgétaire. Nous devons, c’est en particulier ma tâche au sein du gouvernement, agir sur ces trois fronts. Relancer la croissance, tout d’abord, en commençant par réorienter l’Europe, qui ne peut être davantage livrée à l’austérité. Réduire les déficits, à 4,5 % en 2012 et 3 % en 2013, sans casser les moteurs d’une reprise de notre économie. Réindustrialiser le pays, enfin, car une France sans industrie n’a pas d’avenir. C’est ce à quoi je m’emploie, avec Arnaud Montebourg, notamment en proposant la création, au début 2013, d’une Banque publique d’investissement permettant, enfin, de financer les PME innovantes aujourd’hui trop démunies.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault, enfin, veulent mener une politique guidée, en tout, par la volonté d’établir la justice sociale. C’est le sens de l’augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire, qui aidera 3 millions de familles aux revenus modestes. C’est l’injustice qui a conduit Marisol Touraine à proposer le décret permettant à celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt et ont cotisé leurs annuités de partir à la retraite à 60 ans à taux plein, en élargissant cette possibilité pour beaucoup de femmes et de personnes touchées par le chômage. C’est la raison pour laquelle Vincent Peillon prépare une rentrée scolaire 2012 plus favorable que celle qu’avait envisagée la droite. C’est le principe qui me guidera, avec Jérôme Cahuzac, en préparant la réforme fiscale qui sera soumise au Parlement au mois de juillet.

Exemplarité, redressement, justice : la voie est tracée. Mais pour mener à bien cette entreprise, au cœur d’une crise qui ne faiblit pas, dans un pays inquiet, face à des attentes fortes et, légitimement exigeantes, pour répondre à l’espoir qui s’est levé le 6 mai, le Président de la République a besoin, selon sa propre expression, d’une majorité large, solide, cohérente. J’ajoute pour ma part qu’il serait souhaitable que le parti dont il est issu – et qu’il laisse aujourd’hui, devenu le Président de tous les Français, vivre sa vie – ait lui-même, avec ses alliés proches, la majorité, pour donner à la future coalition gouvernementale formée avec les écologistes et, peut-être, avec le Front de gauche et/ou le Parti communiste, la colonne vertébrale indispensable. L’enjeu n’est pas mince : il mérite une mobilisation, une participation plus fortes qu’annoncées. C’est mon espoir, c’est l’appel que je lance ici.

Pour autant, je suis allé sur le terrain, parce que j’ai voulu dire à mes électeurs que je les respectais, qu’ils pouvaient compter sur moi, sur ma fidélité, sur ma présence.

Pour ma part, j’arrête ce soir ma campagne de premier tour. Je l’ai conduite de front avec mes tâches gouvernementales, en y consacrant beaucoup de soin et d’énergie. Le pronostic, dit-on, ne m’est pas défavorable. J’avais gagné en 2007 face à une députée sortante bien implantée alors que Nicolas Sarkozy avait réalisé 54 % des voix aux présidentielles. Cette fois, c’est François Hollande qui est arrivé, de peu, en tête, je suis le sortant, devenu entre temps Président de Pays de Montbéliard agglomération, la droite est divisée. Et je suis aussi, désormais, ministre de l’économie, des finances et du commerce extérieur. J’ai senti, sur mon territoire, une grande fierté, pour de nombreux habitants, de voir leur élu investi de ces fonctions, j’ai rencontré beaucoup de témoignages de sympathie, d’amitié : cela me renforce, indéniablement. Pour autant, je suis allé sur le terrain, parce que j’ai voulu dire à mes électeurs que je les respectais, qu’ils pouvaient compter sur moi, sur ma fidélité, sur ma présence. Le candidat de l’UMP a hélas cru devoir singer le Front national, appelé à une « solution avec ce parti ». Il a commis une faute politique et morale : faire campagne comme le Front national est pour la droite républicaine une voie sans issue, car elle revient, in fine, comme le dit justement Alain Juppé, à faire campagne pour l’extrême-droite. J’espère et je crois qu’il en sera justement châtié. Je souhaite qu’au-delà de la gauche les électeurs républicains, attachés à des valeurs partagées, sanctionnent ce comportement et me rejoignent dès le premier tour, le 10 juin.

Dans une semaine, le 17 juin, se termine ce printemps électoral. L’année 2012 aura été celle d’une élection à quatre tours. Le Parti socialiste et la gauche ont gagné les 2 premiers avec François Hollande. Il nous reste à gagner les 2 suivants. Ce n’est pas une péripétie, c’est même essentiel. Cela mérite donc d’aller voter, dès dimanche, pour donner toutes ses chances au changement.

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Un commentaire

  • COPA dit :

    Je partage votre opinion: il faut une majorité forte pour mettre en oeuvre votre programme et ce ne sera pas facile vu les dégâts laissés par vos prédécesseurs et vu l’attitude de certains dirigeants européens. Je pense notamment à M Merkel. Il faudrait peut être qu’elle n’oublie pas que la France et l’Italie sont la deuxième et troisième économie de l’Europe! Et qu’elle est en grande partie responsable, avec ses amis libéraux, du fiasco que l’on connaît actuellement au niveau européen, (sans oublier le manière dont certain pays ont voté le pacte budgétaire; avaient-ils le choix?). Enfin ce sont des constats et il fait avancer pour s’en sortir
    Quant à l’attitude de la droite, elle dévoile, pour une grande partie de ses représentants,, son vrai visage, plus soucieux de sauver leur poste. En 2002, je n’ai pas hésité une seule seconde à voter M Chirac et si c’était à refaire, je le referais sans hésitation.
    Après les élections, j’aimerais vous voir plus souvent sur les chaînes publiques pour expliquer et défendre votre bilan; j’ai souvent regretté le déficit de la présence du gouvernement du temps de M Jospin!

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