Pierre Moscovici invité de l’émission « Les 4 vérités » sur France 2

Pierre Moscovici était ce matin l’invité de l’émission « Les 4 vérités » sur France 2.

Cliquez sur l’image ci-dessous pour accéder à la vidéo (émission du 15/10)

Retrouvez ci-dessous le script de l’interview :

William LEYMERGIE

Pour « Les 4 vérités », Roland SICARD reçoit ce matin Pierre MOSCOVICI, ministre de l’Economie et des Finances.

Roland SICARD

Bonjour à tous, bonjour Pierre MOSCOVICI.

Pierre MOSCOVICI

Bonjour.

Roland SICARD

Claude BARTOLONE, le président de l’Assemblée, disait hier que l’objectif de 3 % pour le budget 2013 était absurde. Vous présentez le budget demain, avec cet objectif. Ça fait un peu désordre, non ?

Pierre MOSCOVICI

Tout d’abord, je crois que ce n’est pas exactement dans ce contexte-là que les choses se disaient, et c’était le rôle respectif du Parlement que de…

Roland SICARD

C’était les termes précis.

Pierre MOSCOVICI

Le rôle respectif du Parlement, que d’animer les débats, et puis le gouvernement de présenter son projet. Mais je voudrais revenir sur le fond, parce que c’est ça qui est important. La France est une grande économie, c’est la 5ème puissance économique du monde. Je reviens du Fonds monétaire international, des assemblées générales de la Banque mondiale, qui se tenaient à Tokyo, et il y a un crédit de la France, il y a une crédibilité de la France, et cette crédibilité, elle s’attache à un pays qui est capable de se désendetter, qui respecte ses engagements devant les Européens, et qui mène des efforts, pour réussir à asseoir, à redresser ses comptes publics. C’est ce que nous faisons. Et les engagements pris sont de 3 %, les engagements pris seront tenus. Il y va de la qualité de notre signature, il y va de notre crédibilité, une fois encore, et moi, avec Jérôme CAHUZAC, nous sommes les garants de cela. Il faut que ce pays se désendette. Vous savez, chaque euro que nous consacrons à la dette publique, en plus, c’est un euro en moins pour l’éducation, pour la sécurité pour l’hôpital, pour la compétitivité. Se désendetter, et tous ceux qui nous écoutent et nous regardent, le savent, c’est une impérieuse nécessité. Un pays qui s’endette c’est un pays qui s’affaibli et c’est un pays qui tire des traites sur l’avenir.

Roland SICARD

Donc Claude BARTOLONE a eu tort, clairement.

Pierre MOSCOVICI

Je ne suis pas du tout dans ce débat-là. Moi je suis dans le débat devant les Français, et ce débat devant les Français, c’est de les convaincre que l’effort n’est pas une souffrance. Certes c’est difficile, mais que l’effort c’est la condition du redressement, du redressement dans la justice, que c’est comme ça que notre économie sera plus forte, et qu’avoir des comptes publics dégradés, ça nous met dans la main des marchés. Regardez ce qui se passe chez d’autres pays en Europe, qui, à un moment donné, ont considéré que ces disciplines étaient absurdes et qui se sont laissés aller à des politiques de facilité. Que se passe-t-il ? Eh bien ils paient de taux d’intérêt très fort pour rembourser leur dette, c’est ce que l’on appelle les spreads, c’est le cas de l’Espagne par exemple, ces taux d’intérêt sont aussi les taux d’intérêt que paient les entreprises, et au final ce sont les marchés qui dirigent et moi je veux une économie française libre, une économie française libre, affranchie des marchés, souveraine, c’est une économie qui se désendette. Voilà pourquoi, pour se désendetter, il faut réduire les déficits, et pour réduire les déficits, tenons nos engagements, tenons l’objectif, 3 % en 2013, c’est comme ça qu’est présenté notre budget.

Roland SICARD

Mais, même le FMI a l’air de dire que l’on pourrait assouplir un petit peu. Pourquoi être plus royaliste que le roi ?

Pierre MOSCOVICI

Non non, c’est pas du tout ce qui s’est passé. Encore une fois, j’arrive de Tokyo, enfin, je suis rentré hier matin, j’ai rencontré là-bas Tim GEITHNER, le secrétaire d’Etat au Trésor américain, Ben BERNANKE, le président de la FED américaine, j’ai rencontré Christine LAGARDE, la directrice générale du FMI, nous avons eu une longue discussion à ce sujet-là. Ce que dit le FMI, et il a raison, c’est que l’économie mondiale ne peut pas vivre dans la récession et dans l’austérité, que quand tous les pays font la même chose, c’est-à-dire vont dans le même sens, quand on bride la demande, quand on casse l’offre, alors, à ce moment-là, on crée un cercle vicieux.

Roland SICARD

C’est pas ce qui est en train de se passer ?

Pierre MOSCOVICI

Alors, le message précis du FMI, c’est de dire qu’il faut que les économies se comportent de manière différente. Quand vous avez une économie qui est prospère, eh bien elle doit être capable d’adresser plus de demandes au reste du monde. C’est un message qui s’adresse par exemple à la Chine, ou qui s’adresse peut-être aussi à l’Allemagne. Quand une économie est en déficit marqué, ça peut être le cas de l’Espagne, ça peut être le cas de la Grèce, ça peut être le cas du Portugal, alors à ce moment-là il peut y avoir un délai et il faut investir. Et quand des économies ont des monnaies surévaluées, ça peut arriver, ça peut être le cas de tel ou tel, je ne vais pas les nommer, peut-être du Japon, par exemple, à ce moment-là, il faut agir sur le taux de change, il faut qu’il y ait, à l’échelle de la planète, un jeu coopératif, voilà ce que nous dit le FMI, pour créer plus de croissance. Et avec ça, je suis totalement d’accord, et je dis qu’il faut créer plus de croissance en Europe, il faut être plus coopératif en Europe, il faut créer plus de croissance en France. D’ailleurs, notre budget, j’y reviens, est un budget qui permet à la croissance de se développer, nous avons veillé à cela…

Roland SICARD

Ce n’est pas un budget d’austérité ?

Pierre MOSCOVICI

C’est un budget d’effort, comment pourrais-je le cacher ? On demande 30 milliards d’euros l’an prochain. Pourquoi ? Parce que nos prédécesseurs nous ont laissé des finances publiques dans un état lamentable. 5 % du PIB, voilà ce qu’était le déficit, et la France était en train de perdre sa crédibilité, et nous voulons à la fois rétablir cette crédibilité et relancer la croissance, mais nous faisons en sorte que la consommation des ménages, des ménages populaires, des couches moyennes, elle soit préservée. Vous savez, on a beaucoup agit pour le pouvoir d’achat. Je vais citer un chiffre : quand on a baissé les prix de l’essence cet été, on a dit : ah, mais c’est pas assez. 420 millions d’euros de pouvoir d’achat ont été rendus aux Français, et ça c’est important.

Roland SICARD

Les classes moyennes seront touchées.

Pierre MOSCOVICI

Les classes moyennes, par le budget, seront épargnées, et 80 % de l’effort…

Roland SICARD

Le gel du barème, ça les touche.

Pierre MOSCOVICI

Attendez, 80 % de l’effort fiscal, 80 % de l’effort fiscal repose sur les 1 % les plus fortunés. Quant au gel du barème, nous avons atténué – qui a été créé par François FILLON, il faut le rappeler – nous avons atténué son effet par une décote qui touche les segments les plus bas du barème fiscal, justement. Donc, nous avons eu cette préoccupation. De la même façon, nous avons voulu épargner le PME-PMI, qui son le fer de lance de notre économie. Et si vous voulez, voilà ce que nous essayons de faire, à un budget qui est à la fois un budget de croissance, un budget de justice, un budget de redressement, c’est celui qui sera présenté demain à l’Assemblée nationale, et c’est fondamental de faire comme ça. Alors, la France, dans ce concert-là, elle participe des pays crédibles. Alors, pour le reste, si s’ouvrait un débat sur la croissance en Europe, ou dans le monde, nous serions prêts et nous serions d’autant plus prêts à y participer, que nous sommes forts, que nous sommes crédibles, que nous avons cette politique, qui est une politique sérieuse et j’ajoute, une politique de gauche, parce que c’est la justice qui guide nos pas.

Roland SICARD

20 milliards d’impôts supplémentaires, notamment sur les entreprises, et ce sont les entreprises qui protestent le plus, elles vous lancent, d’ailleurs, on va le voir ce matin, dans LES ECHOS, un appel, pour renoncer à cette nouvelle fiscalité. Est-ce que vous allez les écouter ?

Pierre MOSCOVICI

Alors, reprenons les choses. D’abord, l’effort, l’effort que nous demandons aux Français, l’effort de redressement des comptes publics, encore une fois nécessaire parce que ces comptes ont été dégradés par nos prédécesseurs, cet effort il est partagé, il est équilibré. 10 milliards d’économies de dépenses publiques, on n’en parle pas assez, mais peu de gouvernements ont fait ça dans le passé, je dirais même aucun, et l’Etat n’est pas épargné, les collectivités locales ne sont pas épargnées, les organismes de Sécurité sociale…

Roland SICARD

C’est pour ça qu’on parle d’austérité, sans précédent.

Pierre MOSCOVICI

Non, parce que justement, soyons quand même conséquents, on ne peut pas à la fois dire : attention, les finances publiques sont en mauvais état, et ne faites ni impôts, ni économies de dépenses. Il faut cet effort de redressement, et ce n’est pas de l’austérité, parce que justement nous avons préservé les salaires, préservé les conditions de la protection sociale, et gardé un Etat fort. Ça c’est le premier tiers. Il y a deux autres tiers, un tiers d’impôt sur les ménages, j’en ai parlé, 80 % de l’effort qui repose sur les 1 % les plus aisés, et puis il y a les entreprises. Et qui peut penser que les entreprises doivent être à l’écart de l’effort ? Certainement pas les entrepreneurs. Mais je viens de parler des entrepreneurs, et je profite du fait que je suis chez vous, pour lancer un message, pour dire que moi je n’aime pas que l’on parle de patrons voyous, que j’ai un respect pour l’entreprise et les entrepreneurs, que ce sont les entrepreneurs qui créent de la richesse, que sans entrepreneur il n’y a pas de richesse, il n’y a pas de croissance. On a besoin des entrepreneurs de ce pays. On les respecte, on les connait, il n’y a pas la gauche contre les entrepreneurs, il n’y a pas l’administration contre les entrepreneurs. Nous aimons les entrepreneurs. Et celui qui crée, celui qui innove, celui-là, il a un soutien fort de la part du gouvernement, mais en même temps, ne faisons pas non plus d’idéologie, quand il s’agit de préserver les conditions d’entreprenariat, nous le faisons. Nous avons voulu en sorte que les PME ne soient pas touchées par la plupart des mesures du projet de loi de finance. Nous avons fait en sorte que les dépenses d’innovation des PME, elles soient désormais prises en compte par le Crédit d’impôt recherche. Nous allons créer pour elles, pour les PME, la Banque publique d’investissement, elle sera au Conseil des ministres de mercredi. Et puis, nous avons aussi entendu certains messages. Quand ceux qu’on a appelés les Pigeons…

Roland SICARD

Laurence PARISOT…

Pierre MOSCOVICI

Attendez une seconde. Quand ceux qu’on a appelés « Les Pigeons », des entrepreneurs, des créateurs de start-up nous ont dit : attention, là, vous nous empêchez d’entreprendre. Nous avons agi, nous avons, non pas reculé, mais bougé, parce que c’est être intelligent parfois que de ne pas être droit dans ses bottes. Sur les plus-values de cessions, on est revenu au taux d’avant. Alors, nous entendons quand il s’agit des entrepreneurs, en revanche, nous ne voulons pas non plus faire en sorte de servir la rente.

Roland SICARD

Laurence PARISOT dit que la situation est dramatique. Qu’est-ce que vous lui répondez ?

Pierre MOSCOVICI

Je suis ouvert au dialogue avec tous les entrepreneurs, avec la présidente du MEDEF, avec les grandes entreprises, avec les petites entreprises. Je lui dis quand même de faire un peu attention à ce genre de choses, parce qu’il faut préserver la crédibilité de la France, et la crédibilité de la France, ça veut dire aussi qu’on est capable de comprendre, et les entreprises doivent le comprendre, que le redressement est nécessaire, et donc, soyons raisonnable, que chacun accepte d’y participer.

Roland SICARD

Une toute petite question, très différente, Vincent PEILLON disait hier qu’il fallait rouvrir le débat sur la dépénalisation du cannabis. C’est le moment ?

Pierre MOSCOVICI

Je suis le ministre de l’Economie et des Finances, je suis totalement consacré à ma tâche, qui est le redressement de l’économie française, redressement dans la justice, je ne suis pas du tout compétent pour participer à ce débat, pour le coup.

Roland SICARD

Mais, est-ce que c’est le bon moment ou pas ?

Pierre MOSCOVICI

Je pense surtout qu’il faut être focalisé sur le retour de la croissance, sur la création d’emploi, sur le retour de la crédibilité française, sur la compétitivité française, on n’a pas pu en parler, nous y sommes attachés. Voilà ce qui et ma tâche dans ce gouvernement.

Roland SICARD

Merci.

Pierre MOSCOVICI

Merci à vous.