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Europe : les leçons du Prix Nobel

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 17/10/2012 à 18:02

cc European Parliament

En accordant cette année à l’Union européenne le Prix de la Paix, le Comité Nobel a suscité la controverse, provoquant l’ironie de ceux qui constatent l’échec économique de l’Europe et la colère de ses opposants. Ce choix, certes paradoxal en apparence, est toutefois bienvenu et nous incite à revenir à l’essentiel : la contribution exceptionnelle de l’Europe, depuis soixante ans, à la réconciliation entre les peuples et à la cause de la paix qui est le fondement philosophique de cette construction unique.

C’est une invitation au monde à ne jamais renoncer au dialogue entre les peuples. Je pense ici à des conflits trop anciens, comme celui qui oppose si douloureusement Israéliens et Palestiniens, ou à des tensions héritées de l’histoire et de la géographie qui perdurent encore aujourd’hui et menacent l’équilibre de la planète. L’Europe n’est pas un modèle qu’il faudrait imiter en tout, mais sa construction, basée sur la réconciliation entre des Nations et des peuples que tant de guerres avaient séparés, peut inspirer, en rappelant que tout est possible aux hommes de bonne volonté, que furent hier les « pères fondateurs » de l’Europe.

J’y vois avant tout un précieux signal d’encouragement pour les Européens

J’accueille ce signal en Européen engagé de longue date, aujourd’hui en première ligne, dans mes fonctions de ministre de l’Economie et des Finances du Gouvernement de Jean-Marc Ayrault, dans le combat contre la crise qui touche notre économie. Et j’y vois avant tout un précieux signal d’encouragement pour les Européens, en ces temps de grandes difficultés économiques qui suscitent une hésitation ou une réticence à poursuivre ce grand projet. Car ce prix Nobel, que d’aucuns veulent croire à contretemps, est d’abord un rappel du chemin parcouru par les Européens sur un continent qui a connu au cours du XXème siècle deux sanglants conflits devenus mondiaux, qui a éprouvé le nazisme et la Shoah, le stalinisme et la guerre froide. Ce terrible héritage, fait de lourdes haines entre les peuples, nous avons su le surmonter en construisant une paix durable, un espace de plein respect des droits humains. La réconciliation franco-allemande, à l’origine si improbable, y a tenu un rôle évidemment décisif.

Les acquis de cette intégration pacifique, ces valeurs fondamentales qui fondent l’UE, nous ne devons pas les abandonner. Ce rappel est particulièrement le bienvenu, au moment où face à la crise monte sur notre continent la xénophobie. Ce que le Comité Nobel nous demande, c’est de ne pas abandonner notre idéal, de ne pas laisser l’économie, les souffrances qu’inflige la crise à travers le chômage de masse et notamment celui des jeunes, défaire cette œuvre fondamentalement politique qu’est l’Union européenne. Face aux découragements et aux critiques, l’Europe doit refuser la tentation du repli ou les paresses de la division, et reprendre sa marche en avant, pour mieux répondre aux aspirations des peuples européens à la démocratie et la prospérité.

Oui, nous devons reprendre le chemin de l’intégration européenne

Car ce prix Nobel n’est pas d’abord un salut ou un hommage pour le passé. Je le comprends avant tout comme un encouragement à poursuivre l’effort commun pour l’avenir. Oui, nous devons reprendre le chemin de l’intégration européenne sur la base de la réorientation de l’Europe voulue par les Français et engagée par François Hollande – mandat confirmé par la majorité de gauche qui vient au Parlement d’approuver cette nouvelle ambition.

Ce message est une incitation supplémentaire à préserver l’intégrité de cette zone euro, qui est aujourd’hui la pointe avancée, le fer de lance de l’Europe. L’intégration économique pour la croissance est une urgence, comme l’intégration financière et bancaire. C’est pourquoi nous nous battons pour que l’Europe tourne le dos à l’austérité généralisée, pour que la nécessaire réduction des déficits et de la dette ne fassent pas obstacle à la reprise de la croissance. Les bonnes décisions ont été prises lors du Conseil européen des 28 et 29 juin derniers, notamment avec le plan européen de soutien à la croissance. Nous travaillons avec nos partenaires à une solution durable pour la Grèce et aussi, dans un contexte différent, pour l’Espagne. Les orientations prises par la Banque centrale européenne ouvrent des perspectives nouvelles et positives. La solidarité est au rendez-vous avec la mise en place du Mécanisme Européen de Stabilité, qui permet à la zone euro de disposer d’un « pare-feu » contre la spéculation.

La France est en première ligne dans ce combat pour la relance de l’Europe et la pérennité de la zone euro. Nous plaidons pour une Union bancaire étendue, commençant par une surveillance commune des banques pour éviter les crises financières qui minent la croissance. Nous avons réussi à convaincre, avec l’Allemagne, neuf autres Etats membres de l’UE de mettre en œuvre une taxation des transactions financières, qui me paraît être l’un de ces projets de l’avenir proche dignes du passé de l’UE auquel le prix Nobel vient de rendre hommage. En remettant la spéculation financière à sa place, en ouvrant la possibilité de nouvelles sources de financement pour la croissance, mais aussi pour le développement, nous répondons ainsi à l’invitation lancée aux Européens pour qu’ils cessent de tergiverser et qu’ils retrouvent le chemin de l’action pour le bien commun.

Les chantiers qui nous attendent sont immenses : stabilisation de la zone euro, amélioration de sa gouvernance, approfondissement de son intégration économique, bancaire, financière et finalement Union politique. C’est la feuille de route tracée aujourd’hui par le Président de la République. Elle est ambitieuse, certes ; mais elle est surtout à la hauteur des enjeux qui sont devant nous. Ce prix Nobel n’est pas un satisfecit, une récompense ou un éloge du statu quo. Il est une mise en garde à ceux qui voudraient abandonner l’idée européenne du fait des difficultés du temps présent. Il est surtout un appel aux générations aujourd’hui en charge du destin de notre continent à se comporter, pour surmonter la crise et inventer l’avenir, en « fils refondateurs ». C’est ainsi, en tout cas, que je le comprends, et c’est ce message qui doit, dans la période si difficile que traverse l’Europe et notre pays, dans ce moment de crise que nous surmonterons ensemble, nous inspirer.

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2 commentaires

  • gaffr dit :

    L’Europe a beaucoup de mérite et je pense également à la situation dans les Balkans. Les prochains objectifs seront probablement d’optimiser l’ensemble et limiter la pauvreté, notamment à l’est.

  • Ben dit :

    Le Parlement norvégien (qui est responsable du prix Nobel de la Paix) ferait mieux de voter l’adhésion de la Norvège à l’UE.

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