Dans les médias

Pierre Moscovici : « L’absence de réformes structurelles ne nous serait pas pardonnée » [Les Echos]

Catégorie : Actualité,Politique | Par pierre.moscovici | 18/10/2012 à 12:47

cc Parti socialiste

Notre ambition est de redresser la maison France, elle doit être collective et partagée.

Le patronat parle d’une situation économique « gravissime » et appelle à des réformes structurelles très fortes. Faites-vous le même diagnostic ?

Attention à ce ton catastrophiste. Il faut sortir de ce climat de tension qui n’est pas sain. Notre ambition est de redresser la maison France, elle doit être collective et partagée. Je veux être le ministre des entreprises, je revendique une attitude pro-entreprises. Sans les entreprises et les entrepreneurs, pas de création de richesse, pas d’emplois, pas de croissance. Elles doivent trouver dans les pouvoirs publics un partenaire stable, positif. On n’insiste pas assez sur toutes les mesures fiscales qui restent inchangées et qui soutiennent nos PME. Aucune des mesures fiscales du PLF ne les affecte. Toutes ont prévu une franchise ou un abattement pour faire en sorte que les PME ne supportent aucune surcharge fiscale. Un exemple, l’exonération des plus-values pour les entrepreneurs partant en retraite et pour ceux qui réinvestissent leurs plus-values n’a jamais été remise en cause. En revanche, nous élargissons l’accès au crédit d’impôt recherche et nous offrons le concours de la Banque publique d’investissement. Et nous sommes fiers aussi de nos grands groupes ! C’est pourquoi il faut éviter les excès de langage et veiller à ne pas utiliser des termes qui discréditent la France dans son ensemble. Le gouvernement ne pratique pas de racisme anti-entreprises. Il ne faudrait pas non plus faire de faux procès systématique contre le gouvernement. Nous avons un cap, nous savons où nous allons, nous voulons redresser la France dans la justice, créer les conditions d’une croissance solidaire, durable, créatrice d’emplois. Nous travaillons dans l’intérêt du pays.

Le Medef exige le retrait de la soumission des plus-values mobilières au barème de l’impôt sur le revenu…

Les refus de principe, les combats frontaux affaiblissent toutes les parties. Cela n’a pas de sens d’engager un bras de fer, avec la volonté d’avoir un gagnant et un perdant. Quand un mouvement spontané soulève de vraies questions, je l’accueille. Quand les chefs d’entreprise, à travers leurs organisations, souhaitent une écoute, un dialogue, ma porte est ouverte. Quand on bascule sur des critiques globales et idéologiques, je le refuse. Tout le monde doit participer à l’effort collectif de redressement, y compris les entreprises. A un moment, il faut savoir atterrir, mettre fin à une mauvaise querelle, trouver des compromis intelligents.

Les aménagements sont-ils calés ?

Nous sommes fermes sur les principes, mais très pragmatiques dans la mise en œuvre. Il n’est pas question de revenir sur l’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail. Mais je veux combattre la rente et la spéculation, surtout pas la prise de risque. Or les plus-values de cession pour les entrepreneurs ne sont pas un revenu du capital comme un autre. Elles s’apparentent davantage au revenu d’un travail créatif. Nous avons donc décidé plusieurs aménagements, à débattre avec le Parlement. D’abord, de revenir sur la rétroactivité de la mesure en 2012. Ensuite, la réforme ne s’appliquera pas aux créateurs d’entreprise, les abattements seront renforcés pour les investisseurs, les « business angels » seront encouragés à réinvestir. Quant aux gestionnaires de fonds et aux dirigeants détenteurs d’actions gratuites, ils seront traités de façon spécifique.

Pouvez-vous garantir que la taxation à 75 % des revenus élevés n’aura pas d’incidence sur les grands groupes, qu’il n’y aura pas de départs des états-majors ?

Je ne suis pas le camarade des patrons, comme on le disait de Gerhard Schröder ! Mais je vois beaucoup de chefs d’entreprise, c’est dans mon rôle, et aucun de mes interlocuteurs ne me parle aujourd’hui de la taxe à 75 %. Aucun. Et je vous rappelle que les 75 % sont une mesure exceptionnelle dont la durée est limitée à deux ans.

La France a des capacités de rebond, il faut avoir confiance dans les forces de notre pays.

La perception de la France à l’étranger se dégrade-t-elle, comme l’affirment le patronat et de nombreux chefs d’entreprise ?

Je rentre de la réunion du FMI et de la Banque mondiale à Tokyo, où la perception de l’état de la France est tout autre. De même, nous sommes sortis de l’ère de « l’euro bashing », de cette atmosphère de mise en accusation permanente de la zone euro. Bien sûr, l’économie française connaît des difficultés : notre dette est trop élevée, notre chômage atteint des niveaux insupportables, notre compétitivité doit être améliorée. Mais nos interlocuteurs nous font le crédit d’être une grande économie, ouverte, et reconnaissent la sincérité et la crédibilité de l’effort de redressement que nous menons. C’est le cas de tous nos partenaires, des investisseurs, des marchés. L’effort est historique. Chacun en est conscient. Je souhaite que le patronat le reconnaisse aussi. La France a des capacités de rebond, il faut avoir confiance dans les forces de notre pays.

Craignez-vous une dégradation prochaine de la note de la France par Moody’s ?

Nous échangeons positivement avec eux. Je l’ai fait moi-même récemment. Je pense que les agences sont sensibles aux efforts qui sont engagés et sont prêtes à nous laisser du temps.

L’opposition et le Medef s’inquiètent des effets récessifs du budget…

Personne ne doit, d’abord, nier l’ampleur de notre tâche : réduire les déficits de 5 % à 3 % en dix-huit mois, c’est considérable et forcément difficile ! Mais la croissance est notre première préoccupation. Le partage entre hausse des impôts et baisse des dépenses que nous avons choisi à court terme est le plus dynamique possible et préserve la justice sociale, en protégeant les classes moyennes et populaires. Je ne peux en outre pas accepter la critique sur des économies qui seraient en trompe-l’œil. C’est faux. L’effort est très important et sera poursuivi, amplifié, mais de façon intelligente, concertée, non brutale.

J’ai la volonté absolue de mener un désendettement compétitif, souverain.

L’objectif de retour du déficit à 3 % de PIB en 2013 est-il vraiment intangible ? Prendrez-vous de nouvelles mesures de redressement si la croissance n’est pas au rendez-vous ?

L’objectif des 3 % est impératif, il doit être tenu : c’est une question de crédibilité, de qualité de signature de la France. J’ai la volonté absolue de mener un désendettement compétitif, souverain, qui bénéficie via le bas niveau des taux d’intérêt à toute l’économie. J’ai accueilli avec intérêt le débat ouvert par le FMI, qui rejette comme nous les politiques d’austérité. Mais la France n’a plaidé et ne plaide pour aucun délai, aucune dérogation.

Oui, mais si la croissance n’est pas de 0,8 %…

Je ne veux pas me placer dans cette hypothèse et je suis persuadé qu’il ne manque pas grand-chose pour qu’un rebond significatif s’engage, pour que la croissance soit au-dessus du consensus. La sortie de la crise européenne sera décisive. Et de toute façon, si tel n’était pas le cas, la question du rythme de réduction des déficits ne se poserait pas à la France seule, mais au niveau européen.

La Commission européenne est-elle susceptible de sanctionner la France si elle juge, le mois prochain, que le budget 2013 n’est pas suffisant pour garantir le retour à 3 % ?

Je ne l’imagine pas. La France n’est pas dans le viseur de la Commission. J’échange très régulièrement, et de façon constructive, avec Olli Rehn, et je lui répète : « Jugez-nous sur nos résultats, mais laissez-nous libres du choix des moyens pour y parvenir. » On nous fait crédit, à Bruxelles, d’une réelle volonté de redressement.

Les milieux économiques s’interrogent sur la clarté de la politique gouvernementale en matière de compétitivité. La baisse du coût du travail est-elle sortie de votre radar ?

Aucune idée n’est sortie du radar. Le calendrier n’a pas changé : le rapport Gallois sera remis le 5 novembre ; le Haut Conseil du financement de la protection sociale rendra rapidement le sien ; le gouvernement travaille sous la direction du Premier ministre. Il y aura donc un véritable agenda de compétitivité dans les tout prochains mois. Ce n’est pas long ! Gerhard Schröder a attendu quatre ans, Nicolas Sarkozy a parlé de la TVA sociale en 2007 et l’a fait voter en 2012. Nous allons bien plus vite qu’eux, nous ne sommes pas dans l’attentisme.

On a parlé un temps de « choc » de compétitivité, on entend désormais « trajectoire », « choc de confiance »…

Il faut avoir une approche globale de la compétitivité coût comme de la compétitivité hors coût. Quels sont les facteurs clefs ? Le coût du travail mais aussi celui du capital ; le financement de l’économie, avec la réforme de l’épargne réglementée, la réforme bancaire et de l’épargne financière ou encore la création de la Banque publique d’investissement ; la réforme du marché du travail, pour aller plus loin sur la sécurité, la souplesse et la prévisibilité des évolutions ; sans oublier des mesures sectorielles, qui peuvent concerner l’immobilier, l’énergie, les transports ou encore les professions réglementées – sujet sur lequel une mission vient d’être confiée à l’Inspection générale des finances.

Vous annoncerez donc des réformes dans tous ces secteurs d’ici à la fin de l’année ?

Nous ne sommes pas au pouvoir pour cinq mois, mais pour cinq ans. Nous réformerons profondément et continûment. Pour le reste, il revient au président et au Premier ministre d’annoncer le calendrier et le contenu, je ne vais pas jouer au concours Lépine – même si je participe par mes propositions à l’élaboration de cette démarche.

L’absence de réformes structurelles ne nous serait pas pardonnée.

Le rapport Attali de 2008 peut-il vous inspirer ?

Oui, il y avait beaucoup de choses intéressantes dans ce rapport, même si tout n’est pas à prendre. Il n’y aura pas de sujet tabou. J’insiste : l’absence de réformes structurelles ne nous serait pas pardonnée. Elles sont nécessaires. Nos interlocuteurs internationaux, qui nous font confiance, les attendent. Ils ne seront pas déçus. Nous les ferons à notre façon, sociale-démocrate, mais nous les ferons.

Louis Gallois a évoqué une fourchette de 30 à 50 milliards d’euros pour la baisse du coût du travail. Ces ordres de grandeur ont-ils du sens ?

Je l’ai rencontré et sa contribution sera précieuse. Je ne crois pas, pour ma part, que l’économie et la société française puissent supporter un « traitement de choc ». Nous adapterons une démarche globale et progressive sur cinq ans ; elle ne sera donc pas brutale, avec une hausse massive de la CSG ou de la TVA. Je note que Laurence Parisot se satisfait elle-même désormais d’une réforme menée sur trois ans. Le débat a changé ces dernières semaines, il y a une forme de prise de conscience, y compris pour ceux qui évoquaient un électrochoc l’été dernier. Quant à l’enveloppe, nous verrons.

L’économie a-t-elle besoin d’une nouvelle baisse de charges sur les bas salaires ou d’une baisse ciblée sur les salaires un peu plus élevés de l’industrie ?

J’estime que c’est sur les bas salaires que l’effet serait le plus efficace, en termes d’emploi et de compétitivité.

Sur un tout autre sujet, la filiale bancaire du groupe automobile PSA a du mal à se financer sur les marchés. Vous avez demandé aux banques de l’aider. L’Etat, de son côté, apportera-t-il sa garantie ?

Je suis attaché à l’industrie automobile, chère aux Français. Il faut définir les conditions d’une reconquête de l’avenir pour PSA. Cela passe par une solution globale, à la fois sociale, industrielle, stratégique, financière. Nous y travaillons avec Arnaud Montebourg et Michel Sapin, sous la direction de Jean-Marc Ayrault. Il est important, dans ce contexte, que la filiale bancaire du groupe puisse se financer. J’ai demandé aux banques d’y contribuer : elles y sont prêtes. L’Etat pourra apporter son soutien, dans des conditions et avec des montants à définir. Nous en discutons : cela s’inscrit dans une démarche d’ensemble – que je souhaite à la fois ambitieuse et juste pour les salariés. Nous devons aboutir rapidement.

Par Etienne Lefebvre | 18/10 | 07:00. Propos recueillis par Elsa Conesa, Henri Gibier, Etienne Lefebvre et Dominique Seux, Les Echos

Be Sociable, Share!

Tags: , , , , , , , , , ,


2 commentaires

  • finkel dit :

    nos souhaitons oui que tout le monde participe..et ce n’est pas ce que vous proposez…seuls les français moyens et les retraités sont sollicités….trop de niches fiscales …

  • Amelle dit :

    Si l’on en crois Cahuzac, on actera la mise en place du grand impot unique sur le revenu qui fusionnera IR, CSG, CRDS. La taxation du capital autant que le travail est une etape obliger pour arriver à cette fusion.
    Ensuite à la mise en place j’imagine que les taux et les tranches changeront pour avoir un impot plus juste.

    J’espère sincerement que cette mesure sera prise l’année prochaine au plus tard, tout comme j’aime cette idée qui consiste aussi à creer un impot unique aussi sur le patrimoine mobilier et immobilier progressif aussi qui aura comme base l’impot foncier auquel ont rajoutera toute les formes de patrimoine et qui remplacera même l’ISF pour les tranches les plus hautes(en incluant oeuvre d’art si possible). Les personnes pourront exonerer le montant des emprunts pour la residence ce qui est possible pour les ultra riche mais pas pour le citoyen lambda d’apres ce que j’ai entendu de Piketty lors de son dernier entretien sur mediapart enfin exoneration pour seulement les primo accedant.

    Ces deux mesures fiscales qui toutes les deux ont une assiette fiscale extremement large, tout en gardant les 10000€ d’exoneration maxi simplifiront une bonne fois pour toute le système fiscale français, tout en incluant un minimum de justice sociale.

Flux RSS des commentaires de cet article.