Classement

CC Novopress

Classement

Il y a quelques jours, le « Financial Times » a présenté son classement des ministres des finances des dix neuf principaux pays européens. La note qui m’a été attribuée m’a dans un premier temps interpelé : 16ème sur 19, pour un homme qui a l’esprit compétitif et qu’on dit parfois, de façon d’ailleurs ambivalente, « bon élève », ce n’est pas réjouissant et aurait pu m’inquiéter. A y regarder de plus près, je me suis d’abord consolé, puis franchement amusé.

Le rôle d’un ministre des finances est d’abord d’inspirer confiance, de porter une politique économique solide, de rassurer les agents économiques, nationaux et européens.

Un mot d’abord, sur la méthode. Créé en 2005, ce classement attribue une note en fonction de 3 critères : les compétences économiques, la crédibilité sur les marchés, l’habileté politique. Les résultats qui me sont attribués ne sont pas mauvais, sur les deux premiers critères – somme toute pas les moins importants – puisque j’y pointe, selon des estimations qui peuvent au demeurant se discuter, à la 9ème place. Ce qui pêche, c’est, mais oui, l’habileté politique, pour laquelle je serais le 17ème ministre évalué. Le contraire, je l’avoue, m’aurait davantage préoccupé. Le rôle d’un ministre des finances est, en effet, d’abord d’inspirer confiance, de porter une politique économique solide, de rassurer les agents économiques, nationaux et européens. L’habileté politique est une notion plus subjective, donc moins probante. Ajoutons à cela que les « nouveaux » ministres sont traditionnellement mal notés. Ainsi Christine Lagarde était elle 12ème et dernière de ce classement, considérée comme la « pire ministre » de l’union européenne après ses débuts en 2007, avant d’être première en 2010. Tous les espoirs me seraient dès lors permis.

Mais je ne veux pas aller plus loin dans ce raisonnement, qui accepterait la pertinence de ce classement et ressemblerait à une justification, pour m’intéresser plutôt à son sens. De quelle habileté politique, en effet, parle-t-on ? Un des jurés, l’économiste français Jacques Delpla, vend un peu la mèche. « Malgré le soutien sans limite de François Hollande » écrit-il, [Pierre Moscovici] « a déçu. Il nie l’importance des problèmes. Il maltraite avec excès les entreprises et s’est surtout engagé sur des mesures populistes (blocage des prix de l’essence) ». Tout, ou presque, est dit. Ce qu’on nous reproche, ce qu’on me reproche est l’inspiration même de nos engagements : nous nierions, je nierais la crise, nous serions, je serais trop dur avec les patrons, nous prendrions, je prendrais à l’excès en compte les préoccupations « populistes » du pouvoir d’achat. Bref, je vais lâcher un gros mot : je suis de gauche, et c’est ce qui est ici si mal jugé ! Cette lecture, qu’il faut d’ailleurs communiquer à ceux qui, en France, me décrivent comme un libéral à tout crin ou comme le « camarade des patrons » n’est pas schématique ou approximative, elle est évidente. Ainsi est-il intéressant de noter que Jacques Delpla – assurément économiste de qualité – a été en 2004 conseiller économique… auprès de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’économie et des finances. « No comment », comme on dit en anglais.

Au-delà de ce classement, somme toute anecdotique, se révèle ici la relation compliquée entre la presse anglo-saxonne et la France, en premier chef la gauche française.

Au-delà de ce classement, somme toute anecdotique, se révèle ici la relation compliquée entre la presse anglo-saxonne et la France, en premier chef la gauche française. Car cet épisode, me concernant, avait été précédé une semaine plus tôt par le « survey » – le cahier – consacré par le journal « The Economist » à la France, vue comme un pays en déclin voué aux difficultés à défaut de réformes de libéralisation, une « bombe à retardement au cœur de l’Europe ». J’aurais préféré que « The Economist » ne termine pas son cahier avant l’annonce du pacte de compétitivité, de croissance et d’emploi décidé début novembre par le gouvernement français. Ce travers méthodologique est regrettable. Quoi qu’il en soit, à travers ces jugements s’exprime une conception prompte à voir les Français comme des gens qui ont, au mieux, une baguette sous le bras, et quand ils sont socialistes, un couteau entre les dents. Le « Financial Times », comme « The Economist », sont des organes de presse prescripteurs, d’une qualité exceptionnelle, mais cette vision est pour le moins caricaturale. C’est vrai, je l’ai dit, ma famille de pensée n’est pas le capitalisme prédateur, ce capitalisme qui a rompu avec la régulation, le capitalisme d’actionnaires. A ce capitalisme là, je préfère celui des capitaines d’industries, celui de la finance remise au service de l’économie réelle. J’aime l’entreprise, j’aime les entrepreneurs, je ne suis pas amoureux de la spéculation, et j’ai à cœur le souci de la justice, valeur essentielle pour la gauche. Ça ne m’empêche pas d’être un réformiste, cela ne saurait condamner notre action dès lors qu’elle est à la fois efficace et équitable.

Aucun classement, aucun jugement simpliste ou trop rapide ne nous fera dévier de notre chemin.

C’est pourquoi, au final, aucun classement, aucun jugement simpliste ou trop rapide ne nous fera dévier de notre chemin. Nous voulons redresser la France, et pour ce faire nous nous sommes engagés avec courage dans une démarche nouvelle, que j’ai appelée la « révolution copernicienne » de notre politique économique. Les choix que nous avons faits sont ambitieux et exigeants – la réduction des déficits et de la dette, l’engagement dans la zone euro, le soutien de notre compétitivité. Ils sont compris par les entrepreneurs – je l’ai vu à Lyon, Dijon, Grenoble, Besançon, Montbéliard ces dernières semaines – qui y voient un progrès majeur. Ils montrent que justice sociale et performance économique peuvent aller de pair. Oui, nous avons décidé un ensemble de « réformes structurelles » d’une ampleur sans précédent – auxquelles j’ajoute la négociation sur la sécurisation de l’emploi, dont l’issue est décisive – qui vont modifier en profondeur la physionomie de l’économie et de la société française. Mais elles ne sont pas dictées par l’extérieur, elles répondent tout simplement aux besoins de notre pays. Ne nous laissons pas entrainer dans une approche « mainstream », qui verrait dans la libéralisation à outrance et l’acceptation des inégalités une voie unique, ne nous laissons pas davantage aller à une politique de facilité, qui renoncerait aux disciplines économiques et financières nécessaires.

Je suis persuadé que nous avons fait les bons choix pour la France.

C’est cette voie étroite, celle d’une social-démocratie du XXIème siècle, d’un réformisme à la française, que nous avons empruntée : nous ne nous en détournerons pas. Comme toujours, ce qui fera changer les classements, ce qui démentira les a priori, ce qui modifiera les regards, ce sont les résultats. Je suis persuadé que nous avons fait les bons choix pour la France. Au fond, à l’égard du « Financial times », de « The Economist », comme d’une certaine manière en direction des agences de notation, qui, à l’image de Standard & Poors, commencent à comprendre le sens de nos efforts, je serais tenté de citer mon vers favori, de René Char : « impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront ».

10 réflexions au sujet de « Classement »

  1. Oui, ceux qui sont responsable de cette énorme crise ont vendu des credits pourris en Europe pour détruire l’Euro. Ils n’ont pas de leçons à donner.Ils devraient avoir honte.

  2. Ce classement est évidemment grotesque;mais on aimerait savoir par curiosité qui sont les 3 derniers et aussi le premier!!!

  3. A peu près d’accord sur tout ce qui a été dit précédemment.

    Et comme disait l’autre : « Si vous avez confiance en vous-mêmes, vous inspirerez confiance aux autres. »

    Vous avez donc ma confiance et mon soutien. Ce sera peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup.

  4. Tiens tiens encore un »torchon » qui discrédite les actions du gouvernement. Pensées libérales telles du chiendent difficiles à détruire. Je ne savais pas que Mrs Krugman et Stiglitz (prix nobel d’économie) étaient des imbéciles, car leurs propositions se rapprochent étrangement des actions que vous menez. Ces messieurs auraient-ils peur que ces actions réussissent? ou que leur pays n’arrive pas à sortir de l’ornière, rejetant la faute sur les autres? (en dernière en date: Cameron s’en prend aux fonctionnaires européens!). ou alors la réussite des JO leur monte à la tête? (va savoir)

    Je trouve ce classement complètement débile. N’ont-ils rien d’autre à faire?

    Et je partage les remarques, ci dessous, de M Savignac sur les médias.

    Pour ma part, je vous soutiens pleinement. Alors continuez!

  5. Ces organes de presse aussi compétents qu’ils puissent être, ne sont pas neutre. Il ne s’agit pas d’un quelconque diagnostic économique, d’une observation objective des choix économiques du gouvernement actuel.
    Ces journalistes font de la politique,ils sont du côté de la balance qui produit injustices et inégalités pour que les uns puissent continuer à profiter des autres. Ce ne sont pas les seuls, il vous suffit de regarder et d’écouter attentivement Itélé, BFM, Europe1, RTL, les Echos,….(la liste est trop longue) pour vous rendre compte que les journalistes sont pour beaucoup des militants politiques qui se cachent derrière leur état de journaliste.
    -J’en profite pour souligner, à contrario, à la qualité professionnelle de journalistes tel que Bernard Guetta ou Memona Hintermann

    Une économie peut se développer sur des valeurs démocratiques et de gauche. C’est aussi à nous d’être acteurs, en favorisant, à travers nos achats, les
    coopératives – production industrielles,services et entre autres services bancaires,…- et l’achat direct aux producteurs. Au passage la création d’un label spécifique aux coopératives permettrait d’y voir plus clair!

    Ne nous laissons pas intoxiquer par les faiseurs d’opinion ! gardons notre lucidité et militons au quotidien!

  6. Commenté 23 nov. 2012 à 07h33:42 sur Huff

    “Si l’action de M. Moscovici ne plait pas à ceux qui défendent ceux qui sont responsables de la crise, l’action de M. Moscovici doit être bonne pour nous sortir de la crise.”

  7. Le classement du financial times, on s’en f…
    Ca par contre, c’est du concret :
    http://www.20minutes.fr/article/1050932/grece-soulagee-apres-accord-ue-fmi-dette-deblocage-prets
    Alors vous n’étiez pas du tout tout seul, c’est une négociation entre les pays de la zone euro la BCE et le FMI, mais la voix de la France compte, et c’est vous qui l’avez porté. Cela a peut-être été laborieux, mais cet accord était indispensable, et une absence d’accord aurait eu des conséquences économiques. Alors bravo, continuez, et méprisez la presse anglo saxone. C’est comme the economist qui critique la France alors qu’ils encensent Thatcher qui a dérégulé l’économie avec Reagan sans parler des conséquences sociales de son action. The economist, je leur dirait bien d’aller se f…. f…. !

    • Ne tenez pas compte de ma dernière phrase qui tend vers le grossier, quand bien même exprime-t-elle ma pensée.

  8. Les Anglais n’ont pas de leçons à donner. Ils sont isolationnistes et anti-européens depuis toujours. Les journalistes anglais ne recherchent que le spectacle pour vendre leurs bouts de papier. Depuis 1 an les scandales mediatiques se multiplient en Grande-Bretagne. Ils dépassent toutes les bornes, sans aucune vergogne. Si les Anglais n’avaient pas été aidés par l’Europe ces 20 dernieres années grace à Tony Blair et à Gordon Brown, ils en seraient encore à l’age de Thatcher, à ses methodes ultra libérales destructrices d’emplois, destructrices de libertés, d’égalité et de fraternité. La City est un paradis fiscal au milieu de l’Europe et la porte d’entrée de toutes les crises financières mondiales et destructrices. Les Anglais n’ont aucunes leçons à donner.

    • « Les Anglais n’ont aucunes leçons à donner. »

      En effet.

      Même si je signale mon admiration sans borne pour les anglais de 1940 en général et Churchill en particulier.

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