« Notre révolution copernicienne » – Ma tribune dans « Libération »

Retrouvez ci-dessous ma tribune publiée dans le quotidien « Libération » daté du mardi 27 novembre :

Notre révolution copernicienne

Par Pierre Moscovici, Ministre de l’Economie et des Finances

Le dispositif gouvernemental pour la compétitivité, la croissance et l’emploi illustre à la fois cohérence stratégique, audace et ambition progressiste.

Avant même que le pacte pour la compétitivité ne révèle son contenu, les oracles avaient déjà livré leur verdict : le plan Gallois serait forcément «enterré» et les décisions réduites à l’état de «demi-mesures». La France poursuivrait son «déni» et resterait «l’homme malade de l’Europe». Aux antipodes d’un tableau aussi caricatural, le dispositif gouvernemental pour la compétitivité, la croissance et l’emploi illustre à la fois cohérence stratégique, audace et ambition progressiste.

Ce pacte, c’est d’abord la cohérence stratégique. Sérieux de gauche, intégration solidaire, pacte pour la compétitivité : tels sont les trois piliers de notre nouvelle approche qui, en six mois, a bouleversé le paysage économique. Oui, après dix ans d’errements qui avaient mis à mal la crédibilité de notre pays, il a d’abord fallu affirmer le sérieux budgétaire de gauche. Nous menons une action résolue pour nous désendetter et retrouver des marges de manœuvre dédiées à la construction d’une société revivifiée. Dès l’été, nous avons présenté un collectif budgétaire indispensable pour enrayer la dérive des finances publiques léguée par nos prédécesseurs. Puis nous avons élaboré un projet de loi de finances pour 2013 exigeant un effort d’une ampleur sans précédent : 30 milliards d’euros pour stopper, enfin, l’hémorragie de la dette. Nous l’avons fait dans la justice et en veillant à soulager le pouvoir d’achat des Français par des mesures ciblées : revalorisation du Smic, baisse du prix des carburants, encadrement des loyers, hausse de l’allocation de rentrée scolaire. Le changement est là.

Je suis persuadé que l’Europe reste notre avenir, et l’union politique l’horizon de sa refondation.

La France porte aussi haut et fort son message en Europe : refus de l’austérité et intégration solidaire comme nouvelle perspective de la construction européenne. Cette ambition inédite a rendu possible une réorientation de la construction européenne. Lors du sommet de juin, la croissance a été replacée au centre des priorités communes et une dynamique permettant la stabilisation de la zone euro s’est enclenchée. Le 18 octobre, la perspective d’une union bancaire, permettant de faire face aux dérives du système financier, a été tracée. Je suis persuadé que l’Europe reste notre avenir, et l’union politique l’horizon de sa refondation.

Ce pacte signe aussi une nécessaire audace. A partir d’un diagnostic méticuleux – oui, la crise est grave, oui, notre économie pâtit d’un déficit chronique de compétitivité qui s’est aggravé ces dix dernières années, oui, nous devons faire confiance aux entreprises et leur donner de l’oxygène – nous développons notre propre modèle. Ainsi, le «crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi» dessine une réponse originale. Considérable par son ampleur, il permettra une baisse puissante du coût du travail. Il favorisera l’emploi et l’investissement, dès 2013, tout en préservant le pouvoir d’achat. La mesure devra, bien sûr, être financée à partir de 2014. Mais nous le ferons dans un souci de justice. Ainsi, loin de la TVA soi-disant «sociale», nous réaménageons cet impôt, avec notamment une baisse à 5 % du taux applicable aux produits de première nécessité. Et à rebours de la RGPP, basée sur des coupes claires et aveugles, nous engageons une modernisation de l’action publique, afin que le souci d’économie soit l’occasion d’améliorer le service rendu. Cela, aussi, est inédit.

Être de gauche, c’est agir sur le réel au nom des valeurs de solidarité et de justice, mais aussi viser l’efficacité économique, sans laquelle, faute de moyens, celles-ci restent lettre morte.

En un mot, nous donnons un sens à «l’ambition progressiste». Le pacte pour la compétitivité et la stratégie économique du gouvernement définissent une voie originale, celle du «nouveau modèle français» appelé de ses vœux par le Premier ministre. Ils démontrent que performance économique et progrès social ne sont pas incompatibles. Mais il fallait, pour mettre en œuvre cet effort et cette cohérence sans précédent, faire preuve de courage et s’affranchir de tabous. C’est vrai : notre politique se distingue des expériences passées de la gauche au pouvoir. Elle est différente par son calendrier – nous commençons par l’effort, et poursuivrons par l’essor. Elle est différente par ses choix – elle refuse la facilité de l’endettement et ne craint pas les économies de dépenses publiques. Mais elle est vraiment, totalement, de gauche et n’implique en rien de renoncer à nos principes, notamment face aux entreprises lorsque celles-ci ne se comportent pas de manière responsable et citoyenne. Être de gauche, ce n’est pas seulement distribuer, c’est aussi produire. Être de gauche, ce n’est pas seulement soutenir le pouvoir d’achat – nous le faisons – c’est aussi améliorer l’offre productive. Être de gauche, c’est agir sur le réel au nom des valeurs de solidarité et de justice, mais aussi viser l’efficacité économique, sans laquelle, faute de moyens, celles-ci restent lettre morte. Être de gauche, c’est savoir qu’il n’y a pas d’action réformiste sans dialogue, pas de transformation sans que les acteurs économiques n’en deviennent eux-mêmes les moteurs. Avec ce pacte, le gouvernement a pris ses responsabilités et tendu la main aux partenaires sociaux, aux entreprises comme aux salariés, aux syndicats comme au patronat : à eux de s’en saisir.

Il y a donc un cap, une méthode, une ambition, celle du redressement financier et productif de notre pays.

Il y a donc un cap, une méthode, une ambition, celle du redressement financier et productif de notre pays. Il y a une méthode, le dialogue social. Il y a un capitaine, François Hollande, responsable des choix du pays, et un gouvernement soudé, qui les met en œuvre sous la direction du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Pragmatisme, justice sociale et recherche du compromis sont au cœur de cette démarche, qui va transformer la société française. Parce qu’elle est réformiste, sociale-démocrate, par essence et par conviction, elle est aussi révolutionnaire.

Une réflexion au sujet de « « Notre révolution copernicienne » – Ma tribune dans « Libération » »

  1. Oui, la régulation des banques est nécessaire, la croissance est nécessaire, favoriser l’investissement et la recherche est nécessaire pour pouvoir mener une politique de justice sociale et de créations d’emplois. Ceux qui ne comprennent pas cela font le jeu du FN. Ils en portent la responsabilité.

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