Dans les médias

Gouverner (2/3) : l’exercice du pouvoir

Catégorie : Actualité,Le Parti socialiste,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 27/12/2012 à 12:27

Gouverner (2/3) : l’exercice du pouvoir

Depuis 7 mois maintenant, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est à la tâche et met en œuvre les orientations définies par le Président de la République François Hollande.

Je veux vous livrer quelques enseignements personnels tirés de cette période extraordinairement dense et intense.

Il n’est pas question ici de me livrer à l’exercice du bilan – ce serait prématuré, artificiel et fastidieux. Et je n’ai pas l’intention de succomber à la tentation facile du commentaire sur le fonctionnement de l’équipe gouvernementale, ses supposés couacs, ses prétendues contradictions : je crois en la loyauté, la solidarité, la cohésion dans notre travail. Mais je veux vous livrer quelques enseignements personnels tirés de cette période extraordinairement dense et intense.

Il revient à la gauche de mener une véritable politique de redressement.

Gouverner un pays en crise, tout d’abord, exige du courage. Nous ne sommes pas arrivés au pouvoir à n’importe quelle époque ou dans n’importe quelle situation. Nous devons faire face à une crise internationale qui dure depuis 2008, qui frappe inégalement les différentes économies du monde, mais qui n’a épargné personne. L’Europe, et notamment la zone euro, s’est enlisée dans une phase de croissance plate, de stagnation. Elle est même menacée par une déflation que nourrit une tendance à l’austérité généralisée. De surcroît, à notre arrivée, la zone euro apparaissait menacée dans son existence même, atteinte qu’elle était par des déséquilibres globaux et nationaux, frappant par exemple la Grèce, l’Espagne, Chypre, et dépourvue de régulations solides. La France, enfin, a vu sa situation se dégrader fortement, et est confrontée à trois déficits. Déficit de croissance et d’emploi tout d’abord, avec un taux de chômage supérieur à 10 %, qui ne cesse de croître depuis maintenant 18 mois. Déficit de crédibilité, avec le haut niveau des déficits – qui auraient été supérieurs à 5 % en 2012 si nous n’avions pas agi – et l’accumulation de dette publique – 1 700 milliards d’euros, soit 91 % du PIB. Déficit de compétitivité, enfin, traduit par une balance commerciale négative de 70 milliards d’euros, là où l’Allemagne dégage un excédent de 160 milliards d’euros. Les inégalités de surcroît s’étaient fortement creusées. Bref, il revient à la gauche de mener une véritable politique de redressement. Dès lors, il fallait définir une stratégie ambitieuse et cohérente, conduite dans la durée.

C’est le sens de l’action que nous conduisons : une « révolution copernicienne », celle de l’engagement réformiste, de la voie sociale-démocrate.

Car gouverner, comme le disait Pierre Mendès France en 1953, « c’est choisir, si difficiles que soient les choix ». Il ajoutait que « parler le langage de la vérité, c’est le propre des véritables optimistes » convaincu qu’il était que « ce pays accepte la vérité, qu’il est prêt à prendre la résolution inflexible de guérir et qu’alors il guérira ». Ces mots, d’une incroyable modernité, gardent tout leur sens aujourd’hui. Pour réussir le redressement, il fallait regarder la vérité en face, accepter des efforts et prendre des décisions à la fois conformes à nos valeurs de justice et d’intérêt général. C’est le sens de l’action que nous conduisons, que j’ai appelée, parce qu’elle est inédite dans l’histoire de la gauche, une « révolution copernicienne », celle de l’engagement réformiste, de la voie sociale-démocrate. La situation sans précédent que nous affrontons, l’ampleur des problèmes rencontrés imposaient un rythme différent – l’effort avant l’essor – et des options novatrices. Comme je l’ai dit, nous avions fait une campagne lucide, sincère, honnête. Nous n’avions ignoré aucun des enjeux de la période, et nous avions mesuré la difficulté de la tâche. C’est pourquoi nous avons entrepris, vite, de conduire un ensemble de réformes vaste et ambitieux, reposant sur trois piliers, auquel je contribue fortement dans la responsabilité que m’ont confiée le Président de la République et le Premier ministre.

Nous avons fait le choix de l’Europe, et celui de réorienter la construction européenne.

Nous avons fait le choix de l’Europe, et celui de réorienter la construction européenne. Que de chemin parcouru, sur ce terrain, en sept mois ! L’Europe, jusqu’à l’élection présidentielle, paraissait vouée pour l’éternité à l’austérité, elle négligeait toute initiative dynamique. Sous l’impulsion de François Hollande, les Européens ont adopté, dès le Conseil européen des 28 et 29 juin, un pacte de croissance, qu’il faut sans doute voir comme une première étape et non comme la fin de l’histoire, qui permet d’accroître le capital de la BEI, et partant ses investissements, de déployer des « project bonds », de mobiliser les fonds structurels non utilisés. Nous avons réussi, là où d’autres avaient échoué, à réunir onze pays européens autour du projet d’une taxe sur les transactions financières. L’avenir de la zone euro et de la monnaie unique était incertain, tant elles étaient enlisées dans une crise récurrente, qui se poursuivait sommet après sommet : les observateurs étaient sceptiques, les marchés doutaient, les Européens se lassaient. Nous avons au contraire milité pour une action résolue et cohérente afin de stabiliser la zone euro. À la fin 2012, nous avons beaucoup avancé : la France a voté le TSCG, enrichi du pacte de croissance, le MES est entré en vigueur, la BCE, sous la direction intelligente et habile de Mario Draghi, a forgé une nouvelle doctrine et défini de nouveaux instruments, la Grèce est restée dans la zone euro grâce à des réformes courageuses et à une aide conséquente, nous avons décidé la mise en œuvre d’une supervision bancaire, première étape d’une véritable union bancaire. La formule de François Hollande – nous sommes en train de sortir de la crise de l’euro – est donc juste : je suis fier d’y avoir contribué fortement par mon action au sein de l’Eurogroupe et du Conseil Ecofin. Beaucoup reste à faire pour passer de la stabilité refondée, condition de la confiance retrouvée, à une dynamique nouvelle. Nous continuerons à agir pour ce faire.

Nous avons fait le choix du sérieux budgétaire et du désendettement compétitif.

Nous avons fait le choix du sérieux budgétaire et du désendettement compétitif. Il ne s’agit pas, pour le Président, le Premier ministre comme pour moi-même, d’une conviction nouvelle : la dette publique est l’ennemie de l’économie, elle est l’ennemie de la gauche et des services publics. Le service de la dette est en effet un budget à la fois improductif et dispendieux, qui limite nos capacités à agir pour l’éducation ou pour l’emploi, pour la sécurité ou pour l’hôpital, bref pour les biens publics attendus par nos concitoyens. C’est pourquoi nous voulons à la fois réduire le niveau des déficits dès 2012, inverser la courbe de la dette dès 2014 et conserver, grâce à une forte crédibilité de la politique budgétaire, des taux d’intérêt bas, positifs pour l’économie. Avec Jérôme Cahuzac, nous avons défendu devant les Assemblées pas moins de six textes financiers, marquant notre volonté de revenir en 2013 à 3 % de déficit des finances publiques, demandant aux Français un effort d’ampleur, mais dans la justice. Je ne peux dissimuler que cette politique n’est pas facile à conduire, mais je la crois nécessaire : à défaut notre pays, scruté par les investisseurs internationaux, testé pas les marchés, risquerait de connaitre un scénario « à l’espagnole ». Nous pouvons, nous allons l’éviter, en renouant d’ici 2017, comme François Hollande l’a promis dès sa campagne, avec l’équilibre des finances publiques, et en réformant la fiscalité – stabilisée à partir de l’année prochaine – dans un souci de justice.

Nous avons fait le choix de la compétitivité et du redressement de notre industrie.

Nous avons fait le choix de la compétitivité et du redressement de notre industrie. Cette option, je le sais, a pu faire débat, elle ne convainc pas spontanément tout le monde. Et pourtant, comme l’a montré le rapport Gallois, elle est fondée. Nous ne pouvons pas nous résigner à la fatalité du déclin de notre industrie, à la destruction des emplois, à la perte de nos parts de marché. La France a besoin de « réformes structurelles » – en cohérence avec notre modèle social et non en obéissant à un « mainstream » libéral – et de changements radicaux. Ceux-ci concernent la compétitivité coût – c’est à cela que s’attaque le crédit d’impôt compétitivité – emploi (CICE), voté en loi de finances rectificatives, qui va favoriser l’embauche et l’investissement, et que nous avons voulu général et sans conditions, mais non sans contreparties. Elles visent aussi le renforcement de la compétitivité hors coût, qui suppose un soutien à l’innovation et à la recherche, des encouragements à l’exportation, une amélioration de l’appareil éducatif et de formation, la transition énergétique et écologique, la réforme du financement de l’économie. Je me suis attaché à mener à bien celle-ci, en permettant la création de la Banque publique d’investissement (BPI), qui verra le jour début 2013 après le vote largement majoritaire des deux Assemblées, en préparant la réforme bancaire séparant, comme François Hollande s’y était engagé, les activités spéculatives des banques et leurs activités utiles à l’économie, à l’investissement et à l’emploi, avant la réforme de l’épargne réglementée et celle de l’épargne financière, ou encore celle de financements à l’exportation.

Nous avons fait nos choix, j’ai la conviction que ce sont les bons. Et c’est cette stratégie que nous mettrons en œuvre en 2013 pour réussir.

Tous ces choix impliquent aussi la réforme de l’administration et celle du marché du travail. Nos concitoyens sont passionnément attachés au service public. Mais ils attendent aussi que la puissance publique, à travers des économies de dépenses, contribue à l’effort collectif. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre a souhaité engager une ambitieuse modernisation de l’action publique, permettant à la fois de réduire de 60 milliards d’euros sur cinq ans le poids de la dépense publique et d’accroître l’efficacité de nos services publics. Chacun sait aussi qu’il faut à la fois améliorer la sécurité sur le marché du travail, prévoir et anticiper les adaptations. C’est tout l’enjeu de la négociation en cours entre les partenaires sociaux, dont l’aboutissement, au début 2013, est si attendu et tellement nécessaire. Vous le voyez, les chantiers ne manqueront pas.  Nous avons fait nos choix, j’ai la conviction que ce sont les bons. Et c’est cette stratégie que nous mettrons en œuvre en 2013 pour réussir. Je vous en parle demain.

Be Sociable, Share!

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,


7 commentaires

  • Jany Guiot dit :

    LES RETRAITES UN CAP DIFFICILE EN 2013
    LE RESPECT DE L’ÉTAT ET DES PARTENAIRES SOCIAUX

    Beaucoup de retraités qui ont travaillé durement, dignement, ne vont pas comprendre quand les partenaires sociaux voudront rogner leurs Retraites, soit en les diminuant, soit en ne les faisant pas suivre le cout de la vie…

    Les Retraités ne sont pas responsables de la mauvaise gestion de ces trente dernières années, il était possible de faire un choix en 1981 (la réflexion, les idées étaient la)

    Nous devons rééquilibrer les comptes sociaux (retraites et sécurité sociale) sans toucher au pouvoir d’achat de nos anciens (que nous devons respecter)

    Une solution, faire le choix du financement partiel par la TVA+++
    ***Nous savons très bien qu’il est impossible de rééquilibrer les comptes de façon traditionnelle avec le chômage qui s’accroit et les 10 millions de personnes dans la précarité…
    Seules les « autruches » ne le comprennent pas…

    2013 sera un cap difficile pour les Retraites, car les vieux n’attendront pas que les partenaires sociaux choisissent mal pour eux…qu’on les oublie comme on les a toujours oublié en les mettant sur la touche sociale…

    L’État devra prendre ses responsabilités pour que les Retraités de la vie professionnelle soient respectés par la Nation, par les Hommes…et par les Partenaires Sociaux…

    Bien cordialement,

    jany

  • COPA dit :

    Mes sources d’inspiration sont M Stiglitz et M Krugman (prix nobel d’économie) et les actions que vous menez vont dans leur sens; je n’ai pas d’inquiétude. J’ai té un peu étonné que vous deviez mettre sur pied une banque d’investissement, pour pallier à la défaisance des banques; mais alors à quoi servent-elles?
    Si vous lisez le monde d’hier, vous vous apercevez que les brides sur l’envolée du chômage se sont tout à coup desserrées à partir du mois de mai. Etonnant non!
    Sur le plan européen,et notamment économique, ce qui me gène, c’est cette fuite en avant sur le plan social et fiscal dans certains pays, pour cause d’austérité, qui ne pourront avoir qu’un impact non négligeable sur notre économie et les protections sociales (effet domino). Nos dirigeants européens ont trouvés les astuces pour faire passer la déflation salariale et sociale dans les différents pays; D’ailleurs les entreprises ne sont pas trompées en s’orientant vers à un chantage à l’emploi et aux délocalisations! Si c’est la contre partie de notre aide, ce n’est pas très sympa! Je pense qu’il y a du travail à faire de ce côté. Déjà que nous participons aux transferts budgétaires, au travers le budget européen, vers les pays qui souhaitent adhérer à l’EURO.
    Je pense que 2013 sera difficile car il y a d’autres déficits à redresser (les petites bombes à retardement de la droite) et j’espère que les élections dans certains pays nous permettront de ne plus se retrouver seul sur la scène européenne à nos démener pour imposer notre façon de voir les choses.
    Je vous souhaite une bonne année 2013 et si je devais « revoter », je voterais de nouveau Hollande.

  • marie mcb dit :

    Vous avez fait les bons choix. La majorité des Français vous font confiance.Ils ont deja l’esprit moins inquiet que l’année dernière à la même époque. Même si le chomage est le plus grand souci de tous les Français.
    Continuez, et gardez le cap et la boussole.
    Le cap vers la croissance et la boussole de la justice. Merci.

  • O LOUIS dit :

    Que de vérités et pourtant l’opinion publique se cristallise sur les points les plus flagrants de la crise et trouve des boucs émissaires . (je ne parle ici que de ce que j’entends autour de moi .. ) L’économie qui fonctionne par cycle ne se remettra pas en état de marche d’un coup de baguette magique, il faudra inverser la tendance par une certaine forme d’interventionnisme light, puis aider à restructurer le pays lorsque les marges de manoeuvre apparaitront .. Je crains pourtant cette année 2013 qui de toute façon ne peut être que difficile, très difficile… les échéances électorales de 2014 profiteront à la droite dans le meilleur des cas …Assez logique dans une telle période…Le bilan ne peut être à court terme .. Nous te soutenons Pierre

  • Ianis dit :

    Ben alors Mr Moscovici ? On roupille ? Ou la 3ème partie du texte n est pas terminée ?
    Nous attendons avec impatience la stratégie pour 2013 !
    Amicalement

  • ZENAFI dit :

    Si nous étions resté avec l’ancienne majorité, la misère et les inégalités contre les plus fragiles et les plus faibles auraient continué.
    L’écart riches-pauvres aurait continué à se creuser.
    Les riches recevant tous les ans des chèques conséquents grâce au bouclier fiscal et à l’inverse les plus faibles qui risquaient de ne même plus toucher la prime pour l’emploi, à cause de la casse programmée du système social Français.

    Heureusement Dieu a fait et les électeurs aussi que François HOLLANDE devienne Président de la République afin d’entamer le redressement de la France dans la justice, chose qui n’est pas aisée à cause du comportement indigne de certains milieux hostile à une France plus Solidaire et Fraternelle , ne ménageant pas leurs critiques, même infondées ,envers la personne du Président de la République , alors qu’ils devraient porter leur pierre à l’édifice.

    Beaucoup de chantiers difficiles à mettre en œuvre pour le Gouvernement de M. AYRAULT: redressement des comptes publics, lutte contre le chômage, réforme de la fiscalité, Banque Publique d’investissement pour aider les PME, lutte contre la fraude fiscale, réduction du déficit de la Sécurité Sociale.
    Toujours expliquer le but recherché par la politique suivie.
    Privilégier le dialogue social et la concertation, tels doivent être les crédos du Gouvernement.

    La France a toujours été un pays d’innovation et d’imagination, alors innovons pour le redressement de notre pays.

    Aussi le Gouvernement doit prendre en compte toutes les sensibilités et les diversités que comporte le Pays, C’est cela aussi la Révolution Copernicienne.
    Je ne finirai pas mon commentaire sans souhaiter pleine réussite au Président de la République et tous les Ministres.

  • Jany Guiot dit :

    Une rencontre avec une crise n’est pas un hasard…
    C’est une période initiatique pour mieux apprendre a se relever, a relever le défit pour la France et les français qui souffrent.

    J’entends le mot « déprime » ce n’est pas l’heure de pleurer sur soi, mais de trouver des solutions car il y en a c’est certain…

    Des les début Janvier il faut réfléchir aux moyens immédiats, c’est la TVA+++ et dans le même temps réfléchir aux moyens d’harmoniser la fiscalité pour alléger les entreprises et redonner la possibilité de remonter les salaires…C’est l’effet confiance..

    Revoir le financement de l’État en rajoutant de la TVA+++
    Revoir le financement des comptes sociaux (secu, retraites, etc) pour mieux les équilibrer tout en prévoyant un capital de réserve.
    Remboursement de la dette…
    Relancer une grande politique industrielle…avec les partenaires sociaux…

    La TVA peut être réactualisee pour le temps de crise dans une grande mobilisation nationale…

    C’est une grande réflexion qui parle de tous les financements, c’est une révolution dans les pensées, mais cela peut permettre de grandir ensemble…

    C’est la Démocratie Humaniste de Progrès qui doit faire grandir l’homme et la société.

    Cela doit être un grand moment de vie, de rencontre, de dialogue, un moment d’Éveil…

    Il n’y a pas de hasard…c’est le moment de construire…

    Bien cordialement,

    jany

Flux RSS des commentaires de cet article.