Mon entretien avec Le Figaro

A lire ci-dessous, mon entretien paru aujourd’hui dans le quotidien Le Figaro. J’y aborde les sujets suivants : emploi, investissements, compétitivité, réduction des dépenses publiques, croissance, taxe à 75%, PSA, Chine, Eurogroupe.

LE FIGARO. – Vous revenez de Chine. Quelle est la perception de la France chez nos partenaires?

Pierre MOSCOVICI. – J’ai constaté auprès de tous mes interlocuteurs chinois une très grande attention à notre situation économique et, plus largement, à celle de la zone euro. Lors de mon entretien avec M. Li Keqiang, le futur premier ministre, que j’étais le premier ministre européen des Finances à rencontrer, j’ai entendu un message de confiance, mais également l’attente des résultats concrets de nos actions. Je les ai invités à mesurer pleinement les atouts de la France et à investir dans notre économie.

La priorité du chef de l’État, c’est l’inversion de la courbe du chômage d’ici à la fin de l’année.

Le gouvernement a tenu ce jeudi un séminaire sur les investissements. Comment les stimuler alors que les caisses de l’État sont vides?

La priorité du chef de l’État, c’est l’inversion de la courbe du chômage d’ici à la fin de l’année. Relancer l’investissement est au cœur de notre stratégie pour y parvenir. Nous avons mis en place un cadre très favorable à l’investissement privé, en stabilisant la zone euro et en lançant notre pacte pour la compétitivité. Le logement, la rénovation thermique, les infrastructures de transport et le déploiement du très haut débit ont été identifiés comme nos principales priorités. Il s’agit à présent d’orienter l’épargne abondante des Français vers les investissements d’avenir. Comme l’a dit le premier ministre, les ressources publiques seront également redéployées vers ces objectifs. La feuille de route est tracée et le séminaire a permis la mobilisation du gouvernement dans cette direction.

Notre méthode, fondée sur la concertation et tournée vers l’usager, est différente de celle de nos prédécesseurs. Je l’estime plus efficace et plus juste.

L’opposition vous accuse d’être flou sur la réduction des dépenses publiques. Que répondez-vous?

Nous nous sommes engagés à ramener la dépense publique de 56,3% de la richesse nationale en 2012 à 53,1% du PIB en 2017. Les Français attendent de la puissance publique qu’elle participe à l’effort national pour redresser le pays. C’est une démarche volontaire, et il n’est pas question de biaiser. L’objectif est clair, 60 milliards d’ici à la fin du quinquennat. Dans ce cadre, il y a déjà, dans le budget, de nombreux exemples, et chaque ministre est en charge de préparer les réformes indispensables.

L’État est exemplaire. Ainsi, en 2013, ses dépenses de fonctionnement baisseront de 5%, notamment en réduisant ses dépenses de communication, en réorganisant ses grands réseaux (sous-préfectures, réseau à l’étranger), en maîtrisant sa masse salariale. Une revue des grands investissements est en cours. Nous entraînerons ainsi, par l’exemple, l’ensemble des acteurs, notamment les opérateurs de l’État, les collectivités territoriales et les administrations de Sécurité sociale dans la modernisation de l’action publique.

Notre méthode, fondée sur la concertation et tournée vers l’usager, est différente de celle de nos prédécesseurs. Je l’estime plus efficace et plus juste. Tailler à la hache, comme l’a fait le gouvernement précédent à travers la RGPP, crée des blocages et des résistances qui font rater la cible.

La nouvelle contribution reprendra l’esprit de la taxe à 75%, tout en respectant les principes fixés par le Conseil constitutionnel.

La nouvelle contribution remplaçant la taxe à 75% pour les revenus dépassant un million d’euros sera-t-elle temporaire ou pérenne? Le gouvernement a envoyé des messages contradictoires ces derniers jours à ce sujet…

À situation exceptionnelle, effort exceptionnel : telle est la philosophie. La nouvelle contribution reprendra l’esprit de la taxe à 75%, tout en respectant les principes fixés par le Conseil constitutionnel. Nous la présenterons d’ici à quelques semaines, afin que les acteurs économiques soient fixés. J’ajoute que les raisons de l’exil fiscal ne sont pas dues à un tel dispositif. La fiscalité ne fait pas tout : à l’époque du bouclier fiscal à 50 % de la droite, il y avait pourtant 700 départs par an. Et puis, pour retrouver l’attractivité française, nous devons aussi restaurer nos bases fiscales, en renégociant nos conventions internationales. Nous y travaillons.

Nos actions pour rétablir la compétitivité de la France et défendre la consommation intérieure soutiennent aussi la croissance.

Attendez-vous la discussion prévue au printemps avec Bruxelles, sur la question de la croissance et des finances publiques pour admettre que la France ne tiendra pas son engagement de ramener son déficit à 3% du PIB cette année?

Si j’avais aujourd’hui la conviction que la croissance ne pourra pas atteindre 0,8% comme nous l’anticipons, je l’aurais dit. Les incertitudes sont fortes, bien sûr, mais je relève que certaines évolutions – l’accord sur le budget aux États-Unis, les perspectives de croissance de la Chine, les solutions apportées à la zone euro – sont positives. Nos actions pour rétablir la compétitivité de la France et défendre la consommation intérieure soutiennent aussi la croissance. Même si le début de cette année est difficile, il n’est pas question de donner aujourd’hui le moindre signal qui pourrait faire penser que notre volonté de ramener notre déficit public à 3% faiblit. Cela dit, il faut aussi que les Européens s’interrogent sur les moyens d’obtenir plus de croissance, comme le FMI et l’OCDE nous y invitent.

Par Gaëtan De Capèle, Cécile Crouzel, Cyrille Lachèvre, Marie Visot

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