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Mon entretien dans Le Monde

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique | Par pierre.moscovici | 29/04/2013 à 11:15

Retrouvez ci-dessous l’entretien que j’ai accordé au quotidien Le Monde, consacré à la relation franco-allemande.

 L’idée qu’il faudrait une « confrontation » avec l’Allemagne est fausse et totalement contre-productive.

Comment réagissez-vous aux propos de Claude Bartolone ?

L’idée qu’il faudrait une « confrontation » avec l’Allemagne est fausse et totalement contre-productive. D’abord parce qu’elle part du présupposé inexact selon lequel nos difficultés viendraient pour l’essentiel de l’Allemagne. Ensuite, et surtout, parce qu’elle méconnait la façon dont fonctionne l’Europe : l’Union européenne, c’est d’abord le fonctionnement des institutions communautaires ainsi que le dialogue et l’amitié entre nos deux pays, à partir de positions différentes le cas échéant, mais débouchant sur un compromis dont la qualité dépend de notre force de conviction. Ça l’a toujours été, et ce n’est pas en entrant dans une logique de dénonciation, de stigmatisation ou de rupture que l’on peut espérer faire avancer les choses. Au contraire : agir ainsi, c’est jouer sur des réflexes assez ambigus et à coup sûr être perdants à l’arrivée.

Donc un dialogue exigeant avec l’Allemagne, oui, mais une confrontation ouverte, certainement pas. Aucun de nos partenaires, qui peuvent par ailleurs être sensibles à nos thèses, ne nous suivrait au demeurant sur une telle ligne.

C’est en ayant une relation forte et ouverte que l’on peut se dire les choses et les faire bouger. Pas en la brisant.

Derrière les propos de Claude Bartolone, il y a l’idée, exprimée par une partie de la gauche, y compris au sein du PS, selon laquelle ce dialogue dont vous parlez ne serait pas assez « exigeant ». Que répondez-vous à cela ?

C’est totalement faux ! Depuis l’élection de François Hollande, nous exprimons des points de vue souvent différents de ceux de l’Allemagne, que ce soit sur la nécessité de réorienter la politique européenne en faveur de la croissance, ou sur la nécessité d’aller plus loin sur la question de l’Union bancaire. Laisser croire que nous serions à la remorque de l’Allemagne n’a pas de sens. Il y a, entre Angela Merkel et François Hollande, des discussions serrées mais très directes. Et c’est précisément parce qu’ils se parlent franchement que nous sommes arrivés à faire avancer les choses depuis que nous sommes au pouvoir, que ce soit sur le pacte de croissance, sur la Grèce, sur Chypre ou sur le budget européen, et à chaque fois sur des positions compatibles avec celles de la France, voire proches d’elles. C’est en ayant une relation forte et ouverte que l’on peut se dire les choses et les faire bouger. Pas en la brisant.

Nous cherchons, sur chaque sujet, à convaincre et entraîner tous les Européens sur la base de nos positions et de nos propositions, qui sont tournées vers la croissance et l’emploi.

Dans un entretien au Monde, l’ancien premier ministre, Alain Juppé, estime que la France « a perdu tout crédit pour engager un dialogue musclé » avec l’Allemagne. Il dénonce le « fantasme » de François Hollande d’avoir cru possible de s’appuyer sur Mario Monti pour faire céder Angela Merkel. Et il estime que « la France est totalement isolée » en Europe. Que lui répondez-vous ?

C’est à la fois une glorification injustifiée du passé et une déformation de la réalité d’aujourd’hui. Nous n’avons jamais cherché je ne sais quelle alliance avec les pays du sud de l’Europe pour prendre l’Allemagne à revers ou l’isoler. Nous cherchons plutôt, sur chaque sujet, à convaincre et entraîner tous les Européens sur la base de nos positions et de nos propositions, qui sont tournées vers la croissance et l’emploi.

Loin d’avoir perdu tout crédit aux yeux de nos partenaires, nous avons au contraire gagné en crédibilité en faisant le choix du sérieux budgétaire qui, précisément, nous permet d’être écoutés quand nous plaidons pour une réorientation de la politique européenne en faveur de la croissance, tout en refusant l’austérité. C’est pourquoi nous avons différé d’un an l’objectif d’un déficit à 3 % du PIB, en privilégiant les réformes de structure et la maitrise des dépenses publiques.

Enfin, nous ne sommes pas isolés, bien au contraire : aujourd’hui, les Etats-Unis, le FMI et dans une certaine mesure la Commission européenne condamnent comme nous l’austérité et plaident pour la croissance. C’est aussi la position qu’a défendue par exemple il y a dix jours, à Washington, le ministre des finances suédois, Anders Borg. C’est un libéral, chef de file des pays membres de l’Union européenne hors de la zone euro, et pourtant il a dit que, s’il était ministre en France, il défendrait la même politique que moi. Mais attention, il n’accepterait pas un choc frontal avec l’Allemagne. Et quand je parle franchement, fermement et amicalement avec mon homologue Wolfgang Schäuble, il admet que l’essentiel pour la France est qu’elle conduise ses réformes de structure, et non qu’elle s’attache au fétichisme sur un chiffre.

Aujourd’hui, notre relation avec l’Allemagne est beaucoup plus équilibrée qu’elle ne l’était sous le quinquennat précédent. Et elle est aussi beaucoup plus féconde pour l’Europe.

Ce que dit Alain Juppé est donc faux : non seulement nous arrivons à faire bouger les lignes, mais parmi nos partenaires, de plus en plus se rapprochent de notre vision. Aujourd’hui, notre relation avec l’Allemagne est beaucoup plus équilibrée qu’elle ne l’était sous le quinquennat précédent. Et elle est aussi beaucoup plus féconde pour l’Europe.

 Propos recueillis par Thomas Wieder

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5 commentaires

  • Amelle dit :

    Je ne comprend pas tout ce pataquès concernant la « germanophobie » du PS qui oserait critiquer Merkel.
    Nous sommes à une année des élections européennes, cela fait 4 ans que nous avons une politique européenne qui à anéantie l’économie de l’Europe du sud, qui paralyse l’Europe et qui plombe la croissance mondial mais la question qu’on se pose en France c’est est ce que critiquer Merkel c’est germanophobe ou pas? Dingue cette histoire.

    Si on revoit les déclarations des « proches » des officiels allemands depuis la défaite de Sarko, on voit bien qu’ils se lâchent sur le nouveau pouvoir français maintenant que la droite n’est plus au pouvoir,comme s’ils se refusaient de faire des critiques à un gouvernement conservateur même s’ils n’en pensaient pas moins.

    Alors non,nous sommes pas obligé de supporter Et une politique qui mène tout le monde au mur depuis 4 ans Et les critiques des conservateurs allemands. Les sociaux démocrates et les verts allemands d’ailleurs trouve sain que le parti français dise ce qu’il pense de Merkel et de sa politique mortifère. Si cela permet de faire émerger un vrai débat européen entre gauche et droite européenne juste avant les élections européenne les critiques du PS auront eu un résultat inespéré.

    Mais ce qui reste de la polémique franco française c’est de voire la droite française défendre comme un seul homme Merkel et ignorer le sort des grecs, espagnols, italiens, portugais … pendant des années. C’est lamentable et indigne.

    Le Japon depuis le changement de majorité fait comme les USA, en faisant fonctionner la planche a billet, les résultats ont été rapide et sont là, le Japon devient compétitif … à méditer.

  • Patclo dit :

    Si j’ai bon souvenir c’est une alliance Italie Espagne (oh surprise) qui a pris à contrepied l’Allemagne et non la France à l’époque!

  • marie mcb dit :

    Je suis d’accord, aujourd’hui, notre relation avec l’Allemagne est beaucoup plus équilibrée qu’elle ne l’etait sous le précédent quinquennat.
    On peut reprocher à la France d’avoir un commerce extérieur déficitaire et un taux de chomage trop élevé.
    On peut reprocher à l’Allemagne d’avoir précarisé sa population ces dix dernières années en pratiquant des salaires trop bas.
    La France est forte de sa jeunesse, mais elle ne crée pas d’emplois pour sa jeunesse.
    L’Allemagne est un pays dont la population est tres agée, les problèmes de santé de sa population vont lui couter tres cher dans les années qui viennent.
    La France ne peut pas augmenter l’age de la retraite comme en Allemagne, car en France, nous avons trop de chomage et trop de jeunes au chomage, si on retarde l’age de la retraite, nous aurons encore plus de jeunes au chomage.
    En revanche, l’Allemagne peut retarder l’age de la retraite car sa population est agée et qu’elle a moins de chomage que la France.
    Il faut aussi dire que les Français travaillent plus d’heures par jour que les Allemands.
    En France, on travaille facilement jusqu’à 20h cad 12 heures par jour, alors qu’en Allemagne, le repas est pris à 18h et on quiite le travail à 16h30.
    La grande différence entre la France et l’Allemagne, c’est qu’en Allemagne on ne fait pas d’heures supplémentaires.
    Donc, le chomage est plus faible.

    • hihihi dit :

      « La France ne peut pas augmenter l’age de la retraite comme en Allemagne, car en France, nous avons trop de chomage et trop de jeunes au chomage, si on retarde l’age de la retraite, nous aurons encore plus de jeunes au chomage. »

      Ne vous inquiètez pas pour le chomâge, Hollandouille va inverser la courbe à la fin de l’année.
      Sinon pour donner du boulot à nos jeunes, il n’y a qu’à abaisser l’âge de la retraite à 55 ans, voire 50 ans. Pas bête, non?

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