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Le sens d’une décision – Billet de blog

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 11/05/2013 à 11:09

 

Le sens d’une décision

 

Je souhaite expliquer le sens de la décision, majeure, de la Commission européenne de laisser deux ans à la France pour revenir en dessous des 3% du PIB en terme de déficit.

Je me suis peu exprimé ces dernières semaines sur ce blog, entièrement pris par une actualité multiple, nationale et internationale, qui ne m’a pas laissé de répit. Et je n’ai pas souhaité saisir l’occasion du premier anniversaire de l’élection de François Hollande à la Présidence de la République pour me livrer seul à l’exercice du bilan ou du dessin des perspectives : ce fut fait le 6 mai collectivement, lors d’un séminaire du gouvernement autour du Président de la République et du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et c’est mieux ainsi. Aujourd’hui, je souhaite revenir brièvement sur ce moment fort, et surtout expliquer le sens de la décision, majeure, de la Commission européenne de laisser deux ans à la France pour revenir en dessous des 3% du PIB en terme de déficit.
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Le Président l’a dit : nous avons trouvé un pays miné par le chômage, rongé par les déficits et la dette, affaibli par l’absence de croissance, taraudé par les inégalités. Nous avons dû agir, appeler à l’effort, réformer en sachant qu’il fallait du temps pour en cueillir les fruits.

« Un an c’est court, quatre ans ce n’est pas long ». C’est ainsi que François Hollande a jalonné le temps de son quinquennat. L’année qui s’est écoulée fut, pour les membres du gouvernement, d’une incroyable intensité. Le retour d’un Président de gauche à l’Elysée, 17 ans après le départ de François Mitterrand, fut tout sauf un évènement banal. D’abord parce que c’est rare sous la Vème République, qui a vu l’élection de nombreux chefs d’Etat issus des rangs de la droite, deux seulement venant de la gauche. Ensuite, et c’est lié, parce que la droite elle-même n’a jamais accepté sa défaite. Pour elle, perdre le pouvoir suprême n’est pas seulement un épisode électoral, un échec dans les urnes, c’est une tragédie, et surtout c’est contraire à l’ordre naturel des choses. L’UMP, aujourd’hui, n’est pas seulement un parti d’opposition, celle-ci fût-elle rude voire frontale. Traversée par ses propres divisions et ses haines, secouée par la surenchère avec le Front national, surplombée par la perspective du retouréventuel de Nicolas Sarkozy, qui la rend fébrile – à l’image de François Fillon précipitant sa candidature depuis le Japon – elle a fait de la destruction de la gauche le substitut à sa propre reconstruction idéologique et politique. Elle entretient, comme Jean-François Copé qui a fait de l’invective son mode d’expression unique, un climat de violence politique peu respirable, qui nourrit surtout l’extrême droite. Enfin, et surtout, nous sommes arrivés aux responsabilités dans une crise sans précédent par sa longueur et sa dureté, dont les conséquences pour les Français sont aggravées par l’impéritie de la gestion de la droite pendant dix ans. Le Président l’a dit : nous avons trouvé un pays miné par le chômage, rongé par les déficits et la dette, affaibli par l’absence de croissance, taraudé par les inégalités. Nous avons dû agir, appeler à l’effort, réformer en sachant qu’il fallait du temps pour en cueillir les fruits.
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La première année du quinquennat a été celle des fondations. Notre objectif est bel et bien de redresser le pays, dont la situation s’est dégradée de façon spectaculaire en dix ans, et d’abord de rendre notre économie plus forte, plus productive, plus compétitive.

La première année du quinquennat a donc été celle des fondations. Notre objectif est bel et bien de redresser le pays, dont la situation s’est dégradée de façon spectaculaire en dix ans, et d’abord de rendre notre économie plus forte, plus productive, plus compétitive. Dans le même temps, nous sommes dans l’ardente obligation de réduire nos déficits pour nous désendetter, retrouver de la sorte des marges de manœuvre pour la croissance, les services publics, la solidarité, et de ce fait recouvrer notre souveraineté. Enfin, nous avons voulu agir dans la justice, en imprimant aussi une impulsion nouvelle à l’égalité entre les citoyens, dont la loi sur le mariage pour tous, si violemment contestée par la droite réactionnaire, est le symbole. Sur tous ces points, dans toutes ces dimensions, nous avons fortement avancé. En un an, nous avons réformé, transformé, davantage que la droite en dix ans – pour le dire autrement nous avons entrepris, en si peu de temps, de réparer tout ce qu’ils avaient abimé ou défait. Notre politique, j’en suis conscient, peut susciter une forme d’impopularité, que je ressens plutôt comme une attente, légitime, de résultats, comme l’expression d’une inquiétude de la part des Français, qui se sentent menacés de déclassement, que comme un rejet ou une antipathie. Notre devoir est d’être à la hauteur de leurs aspirations.

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L ’an II du gouvernement sera celui des résultats, celui de la mobilisation, de l’accélération, de la concentration autour de trois priorités : l’emploi et la croissance, la jeunesse, la préparation de l’avenir.

Le Président de la République est dans l’action, et non dans l’agitation. Il garde son cap et son sang-froid, persuadé qu’il est que nous avons pris les bonnes décisions, celles qui permettront qu’après le temps du redressement, dans lequel nous sommes encore, viendra celui du dépassement, qu’après l’effort arrivera l’essor. L’an II du gouvernement sera celui des résultats, celui de la mobilisation, de l’accélération, de la concentration autour des trois priorités qu’il a fixées : l’emploi et la croissance, la jeunesse, la préparation de l’avenir. Nous avons là notre feuille de route, exigeante, qui donne un sens à notre action. Au terme d’une année de travail extraordinairement dense, et aussi d’un dernier mois de tempête, d’épreuve, je me sens plus que jamais déterminé, dans la tâche lourde, difficile, passionnante qui m’a été confiée, à faire avancer partout-à travers mes activités internationales et européennes, dans les réformes que j’aurai à piloter, et plus encore qu’hier sur le terrain, auprès des entreprises et des salariés- les idées auxquelles je crois. Vous les connaissez: ce sont celles d’un réformisme de gauche, conséquent et ambitieux, volontaire et réaliste, résolument européen. C’est la ligne politique que nous suivons depuis un an : je suis persuadé que c’est celle qui permettra à notre pays de voir enfin, d’ici la fin 2013, s’inverser la courbe du chômage, de retrouver la perspective de la croissance à la fin de cette année et plus encore en 2014 et 2015, de redonner des moyens à notre économie pour plus de justice sociale, de recréer la confiance en l’Europe. Bref de réussir au service des Français.
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Il était décisif, et nous nous y sommes employés d’emblée, de stabiliser la zone euro, et au premier chef de préserver son intégrité : c’est ce que nous avons fait pour l’Espagne, pour la Grèce, pour Chypre.
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L’Europe, justement, vient de connaître une inflexion importante. Comme vous le savez, la Commission européenne a décidé, vendredi dernier, de donner à la France -mais aussi à d’autres pays, il faut le souligner- un délai de deux ans, jusqu’en 2015, pour atteindre le ratio de 3% du PIB au regard des déficits publics. Cette décision est essentielle autant qu’elle est inédite. Mais il faut bien la comprendre, et non se méprendre. D’abord, elle ne vient pas du ciel, elle est le fruit d’un travail de conviction entrepris par la France depuis l’élection de François Hollande, d’une négociation que je conduis depuis six mois -sous l’autorité du Président et du Premier ministre- avec la Commission européenne, avec nos grands partenaires aussi, autour d’une idée simple et forte : nous devons remettre l’Europe au service de la croissance. Ce n’est, à l’évidence, pas le cas aujourd’hui. L’euro est pour nous un atout formidable : il nous a donné la stabilité, la force, c’est un accélérateur de convergence économique. Il était décisif, et nous nous y sommes employés d’emblée, de stabiliser la zone euro, et au premier chef de préserver son intégrité : c’est ce que nous avons fait pour l’Espagne, pour la Grèce, pour Chypre. Mais il fallait, il faut encore, aller au-delà. La stabilité est nécessaire, mais elle ne suffit pas : nous avons aussi et surtout besoin de dynamisme. Nous ne pouvons accepter durablement des taux de croissance anémiques, comme c’est le cas depuis cinq ans maintenant, et un chômage dramatique, sans quoi les peuples se retourneront contre l’idée européenne, au risque d’ouvrir la porte au populisme d’extrême droite. Ils en sont déjà tentés : nous devons interrompre l’hémorragie, et changer la donne.
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Réduire les déficits, combattre l’endettement n’est pas une contrainte extérieure. Une économie qui s’endette s’appauvrit, s’affaiblit, perd sa liberté.
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Depuis l’élection de François Hollande, nous refusons l’austérité, nous militons pour la croissance. C’est le sens du pacte de croissance de120 milliards d’euros obtenu par le Président de la République en juin 2012, c’est celui de l’Union bancaire, qui doit permettre de mettre fin à la fragmentation du secteur financier et de mieux transmettre le faible niveau des taux d’intérêt aux entreprises. C’est le sens, aussi, de notre approche de l’équilibre entre la réduction des déficits et la croissance. Réduire les déficits, combattre l’endettement n’est pas une contrainte extérieure. Une économie qui s’endette s’appauvrit, s’affaiblit, perd sa liberté : le service de la dette publique est une dépense improductive, qui évince aussi bien l’économie que la justice sociale. Mais conduire cette démarche à marche forcée, au-delà de ce qui est nécessaire pour faire reculer les déficits dits « structurels », ceux qui, précisément, désendettent le pays, et ce au risque de plomber la croissance, d’aggraver la récession, est une mauvaise politique, qui abime la cohésion sociale, qui fragilise le tissu productif, et qui, paradoxalement, complique le retour à l’équilibre des finances publiques, faute de ressources taxables. On saisit là toute la différence entre le sérieux budgétaire, que je revendique, et l’austérité, que je refuse absolument.
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La dernière réunion du G20, ainsi, a vu le FMI, les Etats-Unis, de nombreux Etats européens, plaider à nos côtés pour mettre la croissance et l’emploi au cœur des politiques économiques, tout en luttant comme jamais contre l’évasion fiscale, les paradis fiscaux, le secret bancaire.
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Le sérieux oui, l’austérité non ! Tel est le mot d’ordre qui guide mes pas. C’est au fond cela que la Commission vient d’entériner. Elle l’a fait, sans doute, sous la pression de la réalité, d’une prise de conscience des risques d’une attitude qui empêcherait par trop les ressorts de la croissance, déjà limités dans la zone euro, de se déployer. Elle l’a fait, aussi,en raison du développement des débats à l’échelle européenne et internationale, auxquels la France a depuis un an beaucoup contribué. La dernière réunion du G20, ainsi, a vu le FMI, les Etats-Unis, de nombreux Etats européens, plaider à nos côtés pour mettre la croissance et l’emploi au cœur des politiques économiques, tout en luttant comme jamais contre l’évasion fiscale, les paradis fiscaux, le secret bancaire. C’est le message qui, finalement, a été entendu, c’est celui que je vais amplifier aujourd’hui lors de la réunion du G7 en Grande-Bretagne. Elle l’a fait, enfin, parce que la France, principal pays concerné par sa décision, même si nous ne sommes pas les seuls, a su depuis mai 2012 être crédible, en menant des réformes en profondeur pour sa compétitivité – le CICE en premier lieu – pour le financement de l’économie – la création de la BPI, la loi bancaire – pour un meilleur fonctionnement de son marché du travail…
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Nous devons rester sérieux, responsables, et réformer encore, toujours, pour que notre économie soit, à l’heure de la reprise qui arrive, plus forte, plus souple, plus réactive, plus créative, plus innovante.
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Car il ne faut pas s’y tromper : cette décision essentielle, qui nous donne de la souplesse, du temps pour réformer, des marges de manœuvre pour privilégier la croissance, n’est pas une incitation à la paresse ou au relâchement. Elle n’autorise aucun laxisme, elle ne tourne pas le dos à l’effort, elle n’est pas un retour en arrière vers les politiques d’avant-hier, qui préconisaient la relance nationale au prix de l’alourdissement de la dette.Nous devons maintenir le cap, garder l’impératif de la réduction des déficits, mais en privilégiant la baisse des déficits structurels, la maîtrise des dépenses publiques.Le désendettement ne peut pas, ne doit pas être abandonné. Bref, nous devons éviter toute forme d’ajustement excessif, qui ferait reculer notre croissance, et nous interdirait de créer des emplois. Mais nous devons rester sérieux, responsables, et réformer encore, toujours, pour que notre économie soit, à l’heure de la reprise qui arrive, plus forte, plus souple, plus réactive, plus créative, plus innovante. C’est donc par la force d’une conviction, d’une action et non par une « confrontation » stérile, que nous avons fait – et j’ai la fierté d’y avoir contribué au premier rang – bouger les lignes, persuadé la Commission, et rassuré notre grand partenaire allemand, qui, spontanément n’aurait pas recommandé ce changement.
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 Oui, la France a remporté une victoire politique, oui, nous avons là désormais un espace nouveau pour agir en faveur de la croissance, une chance supplémentaire.
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J’ai mené cette négociation avec ténacité, patience et discrétion. Je n’en dévoile pas les épisodes, les dessous : beaucoup, justement, repose sur les liens de travail, de confiance et d’amitié que j’ai pu nouer dans la durée avec mes homologues et partenaires des institutions européennes de l’Eurogroupe et du Conseil Ecofin, à commencer par le Commissaire chargé des affaires économiques, Olli Rehn, et par mon homologue allemand, Wolfgang Schäuble. Il nous faut, maintenant, en tirer toutes les conséquences, et continuer à mettre en œuvre résolument en France une politique équilibrée, à la fois vertueuse et ambitieuse. C’est ce à quoi je vais me consacrer dans les responsabilités que j’exerce, c’est en quelque sorte mon cahier des charges, européen et national, pour l’an II. Oui, la France a remporté une victoire politique, oui, nous avons là désormais un espace nouveau pour agir en faveur de la croissance, une chance supplémentaire. A nous de saisir cette opportunité : cela implique, d’abord, de ne pas faire de contresens, et plus que jamais d’avancer dans la cohérence réformiste, celle d’une social-démocratie du nouveau siècle, qui nous inspire depuis mai 2012.

 

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26 commentaires

  • Jeanne dit :

    La « passion » pour la peinture de Claude Guéant continue de lui jouer des tours. Après la peinture flamande, c’est une toile offerte à l’ex-ministre de l’intérieur par Alassane Ouattara, le président ivorien, qui pose problème. En effet, Guéant a gardé pour lui un tableau qui lui avait été offert lorsqu’il était ministre. Le quotidien ivorien Le Nouveau Courrier se demande si Guéant pouvait conserver la toile. Contacté par @si, Guéant n’est pas loquace…

    • charle dit :

      Que le ministre Moscovici agit encore sur cette nouvelle affaire de peinture Géant!!
      Que la loi s’applique pour tous monde!

  • ANACONDA dit :

    Pour FH
    Si vous regardiez le nombre d’heures travaillées en France cela vous donnerait un meilleur baromètre de l’emploi réel.
    Un point important :Combien d’heures travaillées, le sont par du personnel d’entreprises étrangères moins-disante sur notre marché intérieur. Combien de Polonais, espagnol, italiens, tchèques, Allemands ou autres travaillent pour des entreprises dont les sièges sociaux dans des pays ou les impots et contraintes sociales sont moindre.Une entreprise comme Bouygues optimise sa fiscalité pour ne pas payer d’impots en France, utilise nombre d’employés étrangers par des sociétés ou prête-nom ou basées pour un chantier à l’extérieur du pays. Ces gens là ne veulent pas payer les gens, ne veulent pas payer d’impôts mais ils prennent tous les marchés publics qui sont financés par nos impôts.
    Donc il faut se poser la question de faire travailler le mieux disant réellement et mettre au pas ces entreprises qui raflent ces marchés au détriment de l’intérêt national et de l’emploi.Je n’ai strictement rien contre le salarié étranger qui lui cherche à travailler mais contre les politiques qui font l’Europe sans code applicable à tous les états membres. L’Europe oui mais cette Europe là ,non!!!Combien de chomeurs français sont spoliés de leur emploi??????

  • @ChauchatM dit :

    Jusqu’à présent tout délai donné à la France a été déçu. Il existe un consensus des partis sur l’absence de réforme et le clientélisme catégoriel. L’abandon de la réforme fiscale a été une faute morale et une faute économique contre l’emploi. On va vers un quinquennat inutile de plus.

  • marie mcb dit :

    Le cap est bon : la croissance et l’emploi, avec la boussole de la justice.Il faut garder le cap à travers les tempetes, avec sang froid, calme et détermination.
    Espérer un avenir meilleur et radieux, sans oublier le passé infernal et désespérant de 2002 à 2012.

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