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Invité du Dimanche Le Parisien – Aujourd’hui en France

Catégorie : Actualité,Politique | Par pierre.moscovici | 08/07/2013 à 15:30

Retrouvez ci-dessous l’entretien que j’ai accordé au Parisien-Aujourd’hui en France, dans son édition du dimanche 7 juillet.

Invité du Dimanche, je me suis exprimé sur la vie politique française, sur notre politique économique et fiscale, ou encore sur nos réformes pour améliorer la compétitivité des entreprises françaises.

Le gouvernement a-t-il cédé à des lobbys économiques qui demandaient la tête de Delphine Batho ?
Le départ de Delphine Batho, qui a été une bonne collègue, est dû à un manquement de sa part à l’exigence de cohérence du gouvernement. Rien d’autre, rien de plus. Il n’ a pas eu de complot, pas de forces occultes ! Dans un gouvernement, les ministres sont responsables dans leur domaine de compétence, mais une discipline collective doit exister. C’est à travers le budget que s’exprime l’unité de notre politique. Chacun doit en être solidaire.

Elle met en cause nommément le patron de Vallourec, qui est aussi l’époux de la directrice de cabinet de François Hollande…
Je trouve cette mise en cause infondée et peu fair-play. Par ailleurs, participer au gouvernement de la France est une responsabilité et une chance. Tout ministre devrait, en quittant ses fonctions, conserver un devoir d’élégance. Ça fait partie du contrat moral.

Face à une crise majeure, nous menons une politique de gauche, sérieuse, mais qui refuse l’austérité. Notre boussole, c’est la justice sociale ; notre objectif, c’est la croissance et l’emploi.

Sur le fond, Delphine Batho dénonce un tournant de la rigueur, qui ferait le lit de l’extrême droite. Que lui répondez-vous ?

Elle se trompe. Il n’y a ni tournant ni reniement. Nous poursuivons une stratégie clairement définie d’emblée par François Hollande. Face à une crise majeure, nous menons une politique de gauche, sérieuse, mais qui refuse l’austérité. Réduire les déficits est indispensable. Si nous ne le faisions pas, la dette française, déjà excessive, gonflerait encore et la France perdrait sa crédibilité, au risque de voir ses taux d’intérêt, aujourd’hui historiquement bas, s’envoler. Le sérieux, toutefois, n’est pas une fin en soi. Notre boussole, c’est la justice sociale ; notre objectif, c’est la croissance et l’emploi. Dans le budget 2014, il y a des priorités : l’éducation, l’emploi, la justice, la sécurité, la jeunesse. Pour le reste, tout le monde doit faire un effort. Le ministère de l’Economie et des Finances, par exemple, va ainsi supprimer 2 500 emplois par an et voit ses crédits baisser de 300 M€. Être de gauche, ce n’est pas demander toujours plus de dépenses, c’est trop facile et très daté ! La dépense publique en France atteint déjà 57% du PIB, et c’est un niveau record dans les pays développés. Tout en permettant de financer des politiques publiques de qualité, elle doit diminuer et non augmenter !

Nous avons trouvé le bon équilibre entre la réduction des déficits et le soutien à la croissance. Nous agissons à la fois en redressant les comptes publics et en musclant notre compétitivité

Le sérieux budgétaire n’étouffe-t-il pas la croissance ?
Non ! Nous avons trouvé le bon équilibre entre la réduction des déficits et le soutien à la croissance. La France ne sortira pas de la crise si les entreprises ne reprennent pas confiance. L’économie repartira au premier chef par l’offre, par l’investissement, par la production. Nous agissons à la fois en redressant les comptes publics et en musclant notre compétitivité, avec des mesures phares comme la réforme du marché du travail ou le crédit impôt compétitivité emploi (CICE).

Justement, le CICE peine à décoller, non ?
Au contraire ! Il est dénigré par la droite, il a fait l’objet d’une campagne fallacieuse, mais il porte déjà ses fruits. Le coût du travail a en effet diminué au premier trimestre 2013. Quant au dispositif lui-même, il est extrêmement simple. J’ai d’ailleurs écrit personnellement par mail à 300 000 chefs d’entreprise pour mieux les informer. Il suffit de cocher une case dans la déclaration de revenus l’année prochaine. Et 800 M€, via la Banque publique d’investissement, ont été mobilisés pour ceux qui souhaitent bénéficier d’un préfinancement dès cette année. Nous recevons plus de 100 dossiers chaque jour.

Quand reviendra la croissance ?
Il y a déjà quelques signaux positifs. L’indice de la production industrielle a augmenté de 2,2 % en avril, le rythme des destructions d’emplois a ralenti, le moral des entrepreneurs se redresse, l’Insee table sur une croissance de 0,2 % pour le deuxième trimestre 2013… J’ai toutes les raisons d’espérer que cette tendance se confirmera au second semestre de cette année, et que la France enregistrera une croissance plus soutenue l’année prochaine.

Les dépenses de l’Etat devraient diminuer de 1,5 Md€, hors dette et pension. C’est sans précédent !

Le gouvernement doit réaliser 14 Mds€ d’économies en 2014. Où les trouver ?
Avec Bernard Cazeneuve, nous avons déjà présenté 9 Mds€ d’économies dans les dépenses lors du débat d’orientation sur les finances publiques. Les dépenses de l’Etat devraient diminuer de 1,5 Md€, hors dette et pension. C’est sans précédent ! Mais cet effort devra aussi être partagé avec les organismes de sécurité sociale et avec les collectivités locales.

En 2014, nous limiterons la hausse des prélèvements obligatoires à 0,3 point de PIB et je souhaite que ce soit la dernière année où ils augmenteront.

Les impôts vont-ils augmenter ?
Notre objectif est que l’effort repose aux deux tiers sur des économies. En 2014, nous limiterons la hausse des prélèvements obligatoires à 0,3 point de PIB et je souhaite que ce soit la dernière année où ils augmenteront.

Allez-vous poursuivre les privatisations ?

Nous n’avons pas engagé de privatisations ! L’Etat possède un patrimoine de quelque 70 Mds€ dans des entreprises cotées, qui peut être géré de façon intelligente, en passant par des cessions d’actifs calibrées, comme nous l’avons déjà fait pour EADS, Safran ou ADP. Mais à chaque fois, nous conserverons notre position stratégique (NDLR : majorité ou minorité de blocage). Par ailleurs, le fruit de ces cessions ne servira pas à financer des dépenses de fonctionnement, mais à développer l’investissement en France. Le Premier ministre présentera mardi un plan d’ampleur à cet effet.

Pierre Gattaz, le nouvel homme fort du Medef, réclame 100 Mds€ de baisse de charges et d’impôts pour les entreprises…
J’ai eu avec lui un premier contact positif. Il souhaite, comme nous, la réussite de la France et entend nouer avec les pouvoirs publics une relation de confiance basée sur la simplification des règles et un dialogue suivi entre l’Etat et les entreprises. Ça tombe bien, puisque le président de la République veut un choc de simplification et souhaite que nous légiférions par ordonnances à cet effet. Un projet de loi d’habilitation sur ce sujet sera déposé en septembre. Pour le reste, nous avons déjà mis sur la table le CICE, qui représente un effort considérable de 20 Mds€ par an, et nous réalisons des économies sur la dépense publique à hauteur de 60 Mds€ sur le quinquennat.

L’annulation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, c’est une bonne nouvelle pour vous ?
C’est une décision de notre juridiction suprême, le Conseil constitutionnel. Personne ne doit la contester : l’institution doit être respectée. Contrairement à ce que clame Nicolas Sarkozy, il ne s’agit pas d’une injustice, mais d’une décision inédite, fondée sur le droit et sur les faits, qui montre que la campagne d’un ancien président de la République n’a pas été financée selon les règles. Ce n’est pas rien ! Cela mériterait de sa part de la retenue, et non du fracas.

Vous croyez à son retour en politique ?
Chacun voit qu’il le souhaite et qu’il n’a d’ailleurs jamais vraiment coupé avec la politique. Mais je ne crois pas qu’il y ait une nostalgie de Nicolas Sarkozy dans le pays. On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve.

Propos recueillis par BORIS CASSEL ET MATTHIEU CROISSANDEAU

 

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