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Extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte » : Une nuit à Bruxelles (1/15)

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 25/10/2013 à 18:39

Dans le livre que je viens de publier, Combats – Pour que la France s’en sorte, j’aborde de nombreux sujets qui me tiennent particulièrement à cœur, des sujets en lien avec ma fonction de ministre, mais aussi des sujets plus personnels. J’y apporte une explication globale de l’action du gouvernement depuis mai 2012 et je décris le contexte dans lequel cette action s’inscrit. J’y présente le combat politique qui est le mien, pour une gauche réformiste, au service de mes concitoyens.

Afin de partager le sens de ce livre et ses grands thèmes, je vous propose de découvrir sur ce blog une série de quinze extraits qui suivront ces prochains jours, notamment sur le Président de la République, sur la raison d’être du politique, sur Bercy, sur le combat contre le Front national, ou encore sur la gauche et l’exercice du pouvoir.

En voici un premier extrait, qui sont les premières lignes de ce livre, dans lesquelles je reviens sur une réunion nocturne du Conseil des ministres des Finances européens en mars dernier.

 

Extrait 1 – Une nuit à Bruxelles

Trois heures du matin, le 16 mars 2013. La salle du Conseil des ministres des Finances européens, à Bruxelles.

« Trois heures du matin, le 16 mars 2013. La salle du Conseil des ministres des Finances européens, à Bruxelles. Une grande table circulaire. Elle date. En témoignent les cendriers creusés à même le bois, devant chaque participant. La table a été menuisée au temps d’une Europe où on fumait dans les lieux publics. Je m’imagine mes collègues du jour une cigarette à la bouche. Petit effort de mémoire : j’essaie de me rappeler quels ministres français de l’Économie étaient fumeurs. Delors ? Pas le genre. Bérégovoy ? Peut-être. Balladur ? Il ne s’en cachait pas : a-t-il osé sortir un gros cigare, un Cohiba, dont il raffolait, dans cette salle ? François Baroin fumait, lui, mais il s’est trompé d’époque : il devait sortir de la salle. Les couloirs du Conseil ont cela de sépulcral qu’on y pense parfois à ses lointains prédécesseurs. Des mânes flottent.

Nous devons trouver une solution à une nouvelle crise européenne : éteint en Grèce, l’incendie couve de nouveau dans la petite île de Chypre.

Il reste encore des heures de négociations devant nous. On ne sait même plus quel temps il fait, il n’y a pas de fenêtres. Nous devons trouver une solution à une nouvelle crise européenne : éteint en Grèce, l’incendie couve de nouveau dans la petite île de Chypre. La crise européenne renaît dans les paysages, les îles grecques où naquit une certaine idée de la démocratie. Celle-ci a traversé les siècles pour contempler aujourd’hui, sans doute un peu triste, les hommes et les femmes assis dans cette salle du bâtiment Justus Lipsius, tout en haut de cette « rue de la Loi » qui se transforme en citadelle assiégée à chaque Conseil européen, refoulant les citoyens qui voudraient l’emprunter.

Pour la première fois, l’Europe est confrontée au spectre du « bank run », de la fuite des dépôts, qui fut l’expression la plus aboutie de la crise de 1929.

Cela fait des heures que je négocie avec mes collègues européens. À quatre heures du matin, la démocratie européenne a des cernes. Des heures que nous luttons, poliment, avec les formes – nous sommes à Bruxelles, tout de même. Des heures que nous butons sur le plan de soutien au secteur financier de l’île, pour éviter une fuite massive des dépôts bancaires qui mettrait à bas l’économie de Chypre et fragiliserait toute la zone euro. Pour la première fois, l’Europe est confrontée au spectre du « bank run », de la fuite des dépôts, qui fut l’expression la plus aboutie de la crise de 1929. Autour de la table, nous avons tous les images de la panique en tête : et si les photographies en noir et blanc des queues devant les banques dans la « grande crise » prenaient brutalement des couleurs ? Et après, quoi ? » […]

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A découvrir demain, un deuxième extrait de mon livre Combats – Pour que la France s’en sorte, dans lequel je reviens sur mon arrivée à Bercy.

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