Extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte » : le choc du 2 avril (7/15)

Retrouvez ci-dessous un nouvel extrait de mon livre, consacré à l’affaire Cahuzac.

Extrait 7 : le choc du 2 avril.

 

Tout commence par une séance de « questions d’actualité au gouvernement », le 2 avril 2013. Une séance a priori banale. Une figure imposée pour tous les ministres du gouvernement, à laquelle je me plie les mardis et mercredis, en milieu d’après-midi. C’est l’un des rendez-vous qui rythment mon activité, semaine après semaine. Un moment où l’opposition et la majorité présidentielle se frottent un peu à l’épaule, le grand acte hebdomadaire du théâtre politique. Il faut bien mettre le conflit en scène, que le corps politique exulte. L’opposition charge, le gouvernement montre les crocs, l’opposition hue, la majorité hue l’opposition.« Rires sur les bancs socialistes », « brouhaha sur lesbancs de l’UMP », notera le service de la séance… Un rituel, bien sûr nécessaire en démocratie, mais auquel je me prête avec des sentiments partagés. Je ne crains pas la confrontation avec la droite, qui porte souvent sur les sujets économiques, et qui fait de moi un des ministres les plus sollicités, sinon le plus sollicité dans cet exercice. En même temps, je n’ignore pas le caractère en partie artificiel de ces séances, et l’aspect parfois caricatural de ces échanges qui se déroulent le plus souvent dans un brouhaha indescriptible, offrant hélas aux spectateurs un spectacle manquant de dignité et d’élé-vation, auquel je ne me suis jamais livré lorsque j’étais député d’opposition.

 

Ce jour-là, je dois répondre à une question sur l’industrie sidérurgique, à la demande du Premier ministre. Bernard Cazeneuve a remplacé Jérôme Cahuzac, qui a démissionné le 19 mars pour« assurer sa défense », selon ses propos. Il est désormais mon ministre délégué au budget. Devant moi, au micro doré, la pochette blanche soigneusement pliée dans la poche extérieure de la veste, le doigt qui s’agite et pointe vigoureusement vers ses adversaires, Bernard Cazeneuve ferraille avec talent face à l’UMP, qui ne se remet pas du projet de taxe exceptionnelle à 75 %. Je regarde ce nouveau ministre délégué, qui agit avec sobriété et efficacité à mes côtés au ministère de l’Économie et des Finances. Au Parlement il habite son personnage de duelliste. « Il n’y a pas d’explication de cet acte étrange qu’est une représentation », dit Louis Jouvet dans ses Écrits sur le théâtre. Rien n’est plus frappant que cette transfiguration de l’homme politique sur les bancs de l’Assemblée. Bref, le monde politique est en ordre, une séance comme les autres.

  Or, c’est le moment que Jérôme Cahuzac choisit pour révéler, sur son blog, qu’il a menti, qu’il a bien détenu un compte à l’étranger, contrairement au serment qu’il avait fait aux Français à travers la représentation nationale, dans cette même Assemblée nationale. Je ne veux pas mettre de mots sur ce que j’ai ressenti à ce moment. Ils m’appartiennent, et je ne ressens pas le besoin de partager cette expérience-là.

Je ne peux m’empêcher cependant de me rappeler les innombrables moments passés à échanger « les yeux dans les yeux » sur son affaire. J’ai, moi aussi, cru ce regard-là, que j’ai reçu, en tant que ministre de tutelle, plus souvent que quiconque, même si je ne me suis à aucun moment départi du« doute méthodique » que j’avais le devoir de mettre en œuvre dans cette affaire en tant que ministre de l’Économie et des Finances, responsable de l’administration fiscale. […]

À lire demain, un nouvel extrait de mes combats.