Extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte » : la gauche et l’exercice du pouvoir (8/15)

Voici un nouvel extrait de « Combats – Pour que la France s’en sorte », dans lequel je reviens sur mes convictions sur la gauche et l’exercice du pouvoir. J’y aborde, dans une perspective historique, l’arrivée – les arrivées – de la gauche au pouvoir. Je reviens aussi sur le calendrier de François Hollande pour le quinquennat : « redressement puis dépassement », « effort puis essor ».

 

Extrait 8 : La gauche et l’exercice du pouvoir

 

L’arrivée de la gauche au pouvoir la fait toujours immédiatement s’interroger sur elle-même, et douter. 

« Il n’empêche, les réflexes ont la peau dure. L’arrivée de la gauche au pouvoir la fait toujours immédiatement s’interroger sur elle-même, et douter. La distinction de Léon Blum, si fine et si pertinente, entre la « conquête » et « l’exercice » du pouvoir, revient dans la figure de la gauche dès qu’elle est aux responsabilités. Parce que la gauche est toujours confrontée à une même difficulté : être fondamentalement porteuse d’une vision utopique de la société et de l’exercice du pouvoir politique – « changer la vie » –, et une fois à la direction du pays, mener une politique de changement qui impose de gouverner aussi avec tous et de trouver des compromis.

J’ai la conviction que François Hollande a gagné l’élection présidentielle parce qu’il a mené une campagne qui a eu le mérite, et l’originalité dans l’histoire de la gauche, d’assumer dès le départ un réformisme lucide.

Depuis un an, nous n’échappons pas à ce questionnement. J’ai, pour ce qui me concerne, la conviction que François Hollande a gagné l’élection présidentielle parce qu’il a mené une campagne qui a eu le mérite, et l’originalité dans l’histoire de la gauche, d’assumer dès le départ un réformisme lucide, porté par un langage de vérité, ferme sur les valeurs du socialisme mais très éloigné, c’est vrai, du discours « romantique » traditionnel de la gauche en campagne présidentielle. » […]

 

Dans le cycle du pouvoir, la gauche a historiquement tendance à ouvrir grand les vannes à son arrivée avant de les refermer brutalement. François Hollande y oppose, lui, un calendrier inversé, « le redressement puis le dépassement », « l’effort puis l’essor ».

« Dans le cycle du pouvoir, la gauche a historiquement tendance à ouvrir grand les vannes à son arrivée avant de les refermer brutalement. François Hollande y oppose, lui, un calendrier inversé, « le redressement puis le dépassement », « l’effort puis l’essor », en prenant, sans plaisir mais sciemment, le risque de l’impopularité en début de mandat. C’est une réponse originale dans l’histoire du socialisme de faire ainsi précéder le temps de la redistribution par celui du redressement.

Lors des autres arrivées de la gauche au pouvoir, c’était davantage la distribution, ensuite la pause, souvent perçue dans l’histoire comme un renoncement, voire un reniement, puis, enfin, le rejet plus ou moins brutal, plus ou moins long. On pense toujours à 1981 et au tournant de la rigueur qui suivit un an plus tard. En 1936, on oublie trop souvent que le « retournement » fut encore plus rapide : dès l’automne, Léon Blum avait décidé la « pause » dans les réformes. C’est aussi, peu ou prou, le rythme des deux septennats de François Mitterrand, marqués par deux cohabitations en fin de mandat. Je n’oublierai jamais pour ma part la campagne de 1993 où, en remontant les allées des marchés de la circonscription dont je briguais pour la première fois les suffrages, je « marchais », littéralement, sur mes tracts jetés à terre par des Français plus que désabusés, en colère. De façon atténuée, ce fut de même le cas entre 1997 et 2002 : l’échec de Lionel Jospin, le nôtre, est certes dû d’abord, comme il y insiste, à la division de la gauche plurielle, mais aussi à un sentiment d’essoufflement dans l’action, de relâchement de la pression transformatrice, dont les élections municipales de 2001 avaient déjà montré l’apparition, notamment chez les Français les plus populaires.

Forte de ces expériences, notre stratégie est claire : faire les réformes structurelles dont le pays a besoin dans les premières années du quinquennat.

Forte de ces expériences, notre stratégie est claire : faire les réformes structurelles dont le pays a besoin dans les premières années du quinquennat. Concrètement cela signifie : un mouvement historique de redressement des finances publiques, et pas uniquement par l’impôt, la remise en ordre des mécanismes du financement de l’économie, la modernisation du marché du travail et un engagement majeur en faveur de la compétitivité des entreprises – pour recréer les conditions de la croissance, avant d’envisager dans un second temps du mandat des mesures de redistribution, rendues alors possibles.

 

C’est un changement crucial, à gauche, qui n’est pas seulement un changement par rapport au temps, mais un changement du rapport de la gauche au réel. » […]

 

Dans l’extrait de demain sur ce blog, je reviens sur une de mes convictions fortes : « l’âme de la France, c’est l’égalité ». J’y aborde les valeurs de la gauche, et le discours du Bourget du 22 janvier 2012 : la lutte contre les inégalités, le refus du gouvernement de l’argent – la « finance » – et l’unité nationale.

20 réflexions au sujet de « Extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte » : la gauche et l’exercice du pouvoir (8/15) »

  1. Les manifestants bretons ont fait preuve d’une violence gratuite et sans doute alcoolisée qui ne peut que desservir leur cause d’autant plus que les dégâts occasionnés seront réparés aux frais des contribuables. Ils ne veulent pas comprendre que l’Etat n’est en rien responsable de la faillite d’entreprises mal gérées et nulles à l’exportation: ils lui réclament de l’argent alors qu’ils ne veulent pas payer d’impôts! Quant à l’écotaxe(qui serait bien nécessaire), elle a déjà été retirée…Enfin,cette émeute est apparue d’autant plus obscène qu’au même moment 2 journalistes étaient assassinés au Mali et,en fin de soirée,les émeutiers le savaient,bien sûr!!!…

  2. Medvedev adresse une fin de non-recevoir à Jean-Marc Ayrault

    Belle claque diplomatique pour le Premier ministre français, qui aurait mieux fait de se taire. À son arrivée à Moscou pour la 18e session du séminaire intergouvernemental franco-russe, Jean-Marc Ayrault avait joué du menton :

    «Et c’est avec franchise que nous évoquons, ensemble et dans le respect mutuel, nos différences, comme c’est le cas sur la Syrie et sur la portée universelle des droits de l’homme»

    30 militants de Greenpeace, parmi lesquels le Français Francesco Pisanu, interpellés et placés en détention provisoire suite à une opération menée sur une plateforme Gazprom en Arctique, risquent jusqu’à 15 ans de prison.Jean-Marc Ayrault a demandé « un geste humanitaire » à l’égard du Français. Dmitri Medvedev a évoqué la dangerosité des sites pétroliers et gaziers, affirmant que «personne ne doit violer l’exploitation de ce type de site», et que la Russie «ne peut soutenir les activités qui portent atteinte à l’environnement». «Toute personne soucieuse de l’environnement doit le comprendre»…

    La claque.

      • La réponse va de soi. Medvedev bien sûr.
        La Russie est un pays souverain et sa loi s’applique à tous ceux qui cherchent à l’enfreindre. Y compris (d’autant plus ?) s’il s’agit d’un activiste français.
        En retour j’attendrais que l’état français fasse la même chose…s’il s’agissait d’un russe.
        Je suis patriote, mais pas bornée à ce point comme vous, semble-t-il.

      • Si tu as honte d’être français, c’est tout simple, tu pars vivre ailleurs… tu reviendras vite !!! Socialistes ou pas…

    • Medvedev devrait lire la page 6 du journal « Le Monde » d’aujourdhui lui qui est si soucieux de l’environnment!!!!!!

  3. A la lecture du journal du monde d’hier, vous seriez en « bisbille » avec Caseneuve (ministre du budget) et inutile de vous dire que les commentaires vont bon train m^me parmi vos rangs Quand allez vous resserer les rangs afin que vos collègues et votre entourage fassent preuve de beaucoup beaucoup plus de retenue. Inutile de vos dire que les commentaires remettent en cause une nouvelle fois la cohérence du gouvernement Vous allez dire que je me répète mais sincèrement c’est désolant!
    De m^me lorsque je lis les commentaires des lecteurs sur la politique économique de F Hollande, certains lecteurs ne comprennent toujours pas pourquoi vous avez augmenté la fiscalité avant de procéder à la réduction des dépenses ( je suppose que ces lecteurs n’ont pas pris connaissance du Programme de Stabilité, et je peux les comprendre)
    De m^me à la lecture d’un article du dit journal (ECO & ENT), je comprends mieux aussi pourquoi le Bretagne se retrouve dans une situation économique difficile pour certains mais quant on s’appuie principalement sur les subventions européennes pour développer son affaire et que celles ci sont brutalement supprimer.
    Je cite: »Le volailler Tilly-Sabco est, lui, au bord du gouffre. La diminution puis l’arrêt brutal des «restitutions », ces subventions bruxelloises censées soutenir l’exportation de volailles, ont précipité l’entreprise dans une crise aiguë.
    Comme son grand concurrent Doux, il a eneffet bâti son modèle économique sur ces aides européennes. En2012encore,l’entreprise a touché 20millions d’euros de «restitutions» en lien avec son activité d’exportation de poulets congelés vers le Moyen-Orient….. ».

    On ne peut pas dire que ce soit de la bonne gestion pour les enteprises qui se retrouvent piègées et je ne ferai pas de commentaire sur le bien fondé ou non des manisfestations des bonnets rouges, l’article parle de lui m^me.

    Correction sur mon message pécédent: « …m^me si les idées sont différentes…. »

  4. Ce que les gens de tous bords ont du mal à comprendre,c’est que le pouvoir actuel est situé au centre gauche,plus près du centre que de l’extréme gauche incontestablement; d’ailleurs,il eût été logique que le Modem de Bayrou soit associé au pouvoir dans la mesure où Bayrou avait appelé à voter Holl, ce qui n’était pas évident.
    Les contestations « gauchistes » de Holl.sont à côté de la plaque puisqu’elles lui demandent de faire des choses qu’il ne fera pas parce qu’il n’a jamais eu l’intention de les faire!!!…

    • Chacun a le droit de s’exprimer m^me si les vais sont différents des vôtres mais ce n’est pas une raison pour rabaisser votre interlocuteur SVP

    • Notre « président » fait un carton dans le sondage du JDD, ce matin:

      91% des sondés veulent qu’il change de politique.

      quel plébiscite!!!!

      donc, plus que 9% qui cautionnent…

      • « sondage du JDD, ce matin:
        91% des sondés veulent qu’il change de politique »
        Non, ce n’est pas ce qui est écrit dans le JDD. Il faut lire page 6. Seuls 43% des sondés pensent que Hollande doit avant tout changer de politique.

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