Extrait de mon livre « Combats – Pour que la France s’en sorte » : la crise et les lasagnes (14/15)

Avant-dernier extrait de la série de billets de blog vous proposant des extraits de mon nouveau livre « Combats – Pour que la France s’en sorte », je reviens aujourd’hui sur la crise financière et la « crise des lasagnes ».

 

Extrait 14 : la crise et les lasagnes

 

La vie matérielle détermine le périmètre du quotidien. L’économie de marché correspond à tout ce qui se surimpose à cette vie matérielle, par la dynamique des échanges, et notamment du commerce.

En allemand, il existe une forme de proverbe qui dit que l’homme est ce qu’il mange, « Der Mann istwas er isst », l’allemand permettant un jeu de mots entre « être » et « manger ». C’est de ce proverbe que part Fernand Braudel pour, dans La Dynamiquedu capitalisme, expliquer pourquoi il a commencé son Identité de la France en s’intéressant notamment à la nourriture des hommes du Moyen Âge et de la Renaissance : parce qu’au bout des aliments, il y avait en fait des routes commerciales qui dessinaient la carte du monde. La nourriture quotidienne était ainsi le lien entre deux concepts fondamentaux dans ses travaux : la vie matérielle et l’économie de marché. La vie matérielle détermine le périmètre du quotidien, qui représente dans les sociétés occidentales l’essentiel de l’activité. L’économie de marché correspond à tout ce qui se surimpose à cette vie matérielle, par la dynamique des échanges, et notamment du commerce. En résumant, Braudel montre la transition vers les sociétés « modernes » par la réduction progressive du périmètre de la vie matérielle statique et, à l’inverse, l’extension du champ de l’économie de marché.

Quel rapport avec les malheureuses lasagnes dans lesquelles on a pu retrouver de la viande de cheval ? En fait, je vois là la démonstration que l’analyse de Braudel est éclairante pour comprendre la dynamique contemporaine.

Quel rapport avec les malheureuses lasagnes dans lesquelles on a pu retrouver de la viande de cheval ? En fait, je vois là la démonstration que l’analyse de Braudel est éclairante pour comprendre la dynamique contemporaine. Cette déplorable affaire montre à quel point l’ouverture aux échanges a abouti à imposer le champ de l’économie de marché comme l’espace dans lequel des gestes on ne peut plus quotidiens s’inscrivent.

Dans toutes les sociétés en développement émerge ainsi à un moment un groupe social qui se détache de la masse des tenants de l’économie de marché traditionnelle et qui, par le recours massif au capital, émerge.

J’en viens à la crise financière. Braudel fait une distinction très nette entre l’économie de marché et le capitalisme, qu’il définit comme la volonté d’intégrer toujours plus de capital dans les processus de production. Mais, au-delà, le capitalisme est pour lui une distorsion, qui cherche à s’affranchir des règles pesant traditionnellement sur les échanges, comme leur encadrement par un pouvoir national. Plus les chaînes des échanges s’allongent – plus il y a d’intermédiaires par exemple –, plus le processus capitaliste émerge. Dans toutes les sociétés en développement émerge ainsi à un moment un groupe social qui se détache de la masse des tenants de l’économie de marché traditionnelle et qui, par le recours massif au capital, émerge. Hier les routes de la soie, aujourd’hui les autoroutes de la finance. La masse des capitaux injectés leur permet alors de « préserver leurs privilèges et de se réserver les grandes affaires internationales du temps ». […]

 

A lire demain, un dernier extrait de mon ouvrage.

 

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