Mon interview sur Euronews

Retrouvez ci-dessous la vidéo et le script de mon interview par Euronews, publiée le samedi 16 novembre. Croissance économique, politique européenne, union bancaire, réformes, inversion de la courbe du chômage : autant de sujets sur lesquels je reviens au cours de cet échange.


Moscovici : « mes propositions pour la nouvelle… par euronews-fr

Giovanni Magi, euronews :

Un de vos objectifs, comme vous l’avez écrit dans votre livre “Combats”, est de réorienter la politique européenne pour faire de l’Europe un espace de croissance économique. Les dernières prévisions sur la croissance en Europe démontrent que cet objectif n’est pas encore atteint. Est-ce une question de temps ou faut-il changer de politique?

Pierre Moscovici, ministre français de l‘économie et des finances :

Il nous faut aller encore plus loin pour faire en sorte que l’Europe soit vraiment un espace de croissance, de prospérité, de progrès social, car la croissance et la justice sociale vont ensemble.

Déjà, observons que la zone euro et l’Europe entière sont en train de sortir de la récession. En effet, nous avons mis derrière nous le temps de la récession et les excès de l’austérité. Et la deuxième conclusion c’est qu’il nous faut aller encore plus loin pour faire en sorte que l’Europe soit vraiment un espace de croissance, de prospérité, de progrès social, car la croissance et la justice sociale vont ensemble.

Giovanni Magi :

Il y a clairement un problème de gouvernance de l’Europe. Vous avez écrit aussi que la crise européenne est politique avant d‘être économique. Est-ce réaliste, aujourd’hui, de pousser vers une union politique européenne?

Pierre Moscovici :

Oui, je crois que oui. Et notamment, il faut consolider la gouvernance de la zone euro. La France le fait, et je fais plusieurs propositions : la première c’est de créer un budget de la zone euro qui puisse jouer une fonction contra-cyclique, notamment qui assure un minimum de socle d’indemnisation chômage commun. Deuxième chose : il est important que dans le prochain Parlement européen, qui sera élu au mois de Mai prochain, il y ait un espace – est-ce que c’est un comité, est-ce que c’est une chambre – qui représente les pays de la zone euro, pour que sur les matières de législation commune, on puisse parler ensemble. Et puis, je propose aussi qu’il y ait un président permanent et exclusif de l’Eurogroupe, qui ne soit pas un ministre. Dans mon esprit d’ailleurs il devrait être aussi le Commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, qui serait une sorte de ministre des finances de l’Europe et de la zone euro, pour pouvoir porter sa voix et pour pouvoir aussi aider à fixer les positions. J’ajoute à ces trois propositions, une quatrième : c’est qu’il nous faut absolument faire l’union bancaire.

Giovanni Magi :

Sur l’union bancaire, un accord sur le mécanisme de supervision a été trouvé, mais la réalisation du mécanisme de résolution unique s’annonce plus difficile. Sera-t-il possible de trouver une position commune avec l’Allemagne ?

Pierre Moscovici :

Ce que je souhaite, c’est qu’on trouve un accord sur le mécanisme de résolution d’ici à la fin de cette année 2013.

Il faudra qu’on trouve cette position commune. Ce qui est vrai, c’est que nous sommes dans une situation un peu intermédiaire puisque l’Allemagne, après les élections, est engagée dans des discussions de coalition qui sont longues, compliquées, exigeantes, puisque là-bas le contrat de coalition est rédigé de façon extrêmement précise. Mais, ce que je souhaite, c’est qu’on trouve un accord sur le mécanisme de résolution d’ici à la fin de cette année 2013. Et il faut enfin – c’est fondamental à mes yeux – que le Mécanisme européen de stabilité que nous avons créé puisse intervenir en recapitalisation directe, c’est-à-dire sans passer par les Etats, de banques qui se trouveraient éventuellement en situation d’avoir à connaître une résolution.

Giovanni Magi :

Standard & Poor’s a récemment dégradé la notation de la France. Au même temps on assiste, en France, à l’explosion des mouvements populaires contre les taxes. On a l’impression qu’ils ne sont pas nombreux, ceux qui croient à votre politique des reformes.

Pierre Moscovici :

D’abord, quelques mots sur Standard & Poor’s. Cette agence de notation a cru devoir dégrader la France, ou diminuer sa note. Je note quand même que ça reste un pays crédible, sérieux. Eh bien, les marchés, les investisseurs, ont montré qu’ils continuaient à faire confiance à la France puisque, en effet, en termes de taux d’intérêt, ce qu’on appelle le spread, a été nul ou quasi-nul. Je trouve que Standard & Poor’s – c’est pour ça que j’ai dit que ses critiques étaient excessives et inexactes – n’a pas tenu compte suffisamment de la force des réformes que nous impulsons. Pour le reste, vous évoquez le climat en France. Ce qui est exact, c’est que désormais, nous devons faire porter notre effort budgétaire essentiellement sur des économies de dépenses publiques. Concernant le levier fiscal, la lassitude qui s’exprime est due aussi au fait que nous avons un taux de prélèvement obligatoire supérieur au 46 %. Moi je suis un fervent défenseur de l’impôt : consentir à l’impôt c’est un acte citoyen, républicain. Et puis l’impôt, c’est la contrepartie des services publics importants ou de l’Etat social que souhaitent les Français, mais en même temps, on sent bien qu’il est difficile d’aller plus loin, ce qui veut dire que les marges de manœuvre sont à trouver du coté des économies en dépenses publiques.

Giovanni Magi :

Dans la dernière année, 1.000 plans sociaux ont été lancés en France, d’autres se profilent malheureusement à l’horizon. Est-il toujours réaliste de prévoir l’inversion de la courbe du chômage à la fin de l’année ?

Pierre Moscovici :

Nous méritons mieux que le regard que nous portons sur nous-mêmes, mieux aussi que le regard que parfois on porte à l’extérieur sur nous.

Oui, parce que, vous savez, d’abord, les plans sociaux, il faut les combattre. Tout plan social ne signifie pas que les emplois sont perdus, heureusement. Il y a beaucoup d’emplois sauvés, des entreprises qui trouvent des solutions, des repreneurs et donc, n’assimilons pas plan social à destruction totale d’emplois. Le gouvernement est combatif, le gouvernement est en bataille contre ces plans sociaux. Et puis il y a aussi – malheureusement c’est un trait un peu français – toutes ces entreprises qui marchent bien, ces entreprises qui investissent, ces entreprises qui s’implantent, ces entreprises qui créent de l’emploi, dont on parle trop peu. En France, voilà, parfois, dans nos médias, on parle peu des « success stories » et des réussites. Il y en a. Il y a aussi une France qui réussit. Moi, je vais vous dire, pardonnez-moi d’être comme ça un peu « cash », ça me fait râler, parce que je sais que la France est la cinquième puissance économique du monde, c’est la deuxième économie d’Europe, suivie par l’Italie et donc que c’est un grand pays. Et donc je voudrais que les Français aient confiance en eux, en la hauteur du rayonnement qu’ils ont dans le monde et dans l’Europe. Nous méritons mieux que le regard que nous portons sur nous-mêmes, mieux aussi que le regard que parfois on porte à l’extérieur sur nous.

Giovanni Magi :

Dans votre livre, vous avez écrit que, à propos de remaniement ministériel, il n’est pas question de si on le fait ou pas, mais de quand on le fait. Aujourd’hui, même au sein du Parti Socialiste, des voix sollicitent un remaniement. Est-il le bon moment, à votre avis?

Pierre Moscovici :

Il y a un gouvernement qui travaille autour d’un homme très solide, le premier ministre Jean-Marc Ayrault, et qui est à la tâche complètement, tout le temps.

Ecoutez, je maintiens en effet ce que j’ai écrit dans ce livre. C’est vrai qu’on n’est pas ministre à vie. Moi j’ai été ministre, c’était entre 1997 et 2002, on est toujours plus longtemps ancien ministre que ministre. Et surtout on est à disposition, on sert son pays et on est à la disposition du chef de l’Etat. C’est François Hollande, le président de la République, qui est le maître des horloges. C’est lui qui choisira si et quand il doit faire les choses. En attendant, il y a un gouvernement qui travaille autour d’un homme très solide, le premier ministre Jean-Marc Ayrault et qui est à la tâche complètement, tout le temps.

Giovanni Magi :

En conclusion, vous avez beaucoup d’expérience en Europe. Si on vous propose, en 2014, un poste de Commissaire européen, allez-vous accepter?

Pierre Moscovici :

Ministre de l’économie et des finances, je suis à l’Eurogroupe, je suis au Conseil Ecofin, je fais avancer la cause de l’Europe en France, la cause de la France en Europe.

Ecoutez, je suis Ministre de l’économie et des finances et je suis un Européen convaincu, passionné, on le sait. Je ne considère pas que la Commission européenne soit un adversaire – ça arrive parfois dans le paysage politique français. Je pense que c’est un partenaire et j’ai voué beaucoup de ma vie à la construction européenne. Simplement, je le fais de là ou je suis : ministre de l’économie et des finances, je suis à l’Eurogroupe, je suis au Conseil Ecofin, je fais avancer la cause de l’Europe en France, la cause de la France en Europe. Je ne suis pas lassé de mon travail d’aujourd’hui et tant que je pourrai être utile à mon pays dans ces fonctions et aussi à l’Europe, eh bien, c’est là que je me sens le mieux.

3 réflexions au sujet de « Mon interview sur Euronews »

  1. Je voudrais repréciser une chose sur les prélèvements obligatoires. Dans sa note « politique fiscale 2002-2009″, Terra nova précise en page 1 : »Il n’y a pas eu de baisse d’impôts en France depuis 2002. les prélèvements obligatoires sont restés à un niveau quasiment stables sur la période, autour de 43%. La hausse des prélevements sur les uns a financé la baisse de ces derniers sur les autres. ainsi ce sont 20Mds€/an qui ont été fléchés vers les plus riches. Cette redistribution au profit des plus aisés a été financé par les prélèvements équivalents sur les classes moyennes via la fiscalité locale et les prélèvements sociaux  »
    De plus, le rapport d’information « sur les prélévements obligatoires et leur évolution » du 26 octobre 2011, de Mme N Bricq alors sénatrice, montre clairement comment ont été redistribué les prélevements. Signalons par ailleurs, que l’évolution du taux de prélèvements obligatoires, prévision et exécution s’orienté vers un taux de 45,4% du PIB en 2015 selon cette analyse (page 12) et ceci sans tenir compte de l’évolution réelle du PIB en 2012 et de la situation réelle en juillet 2012( manque à gagner pour les finances 7,2Mds€) Alors quand j’entends les tenors de la droite s’insurger sur le niveau des prélèvements, je pense qu’ils devraient plutôt faire profil bas Cette même droite qui ne voulait remettre en aucun cas,le Traité de Stabilité budgétaire en début d’année 2012, alors qu’un an après la Commission Européenne demandait à réorienter les politiques économiques vers moins d’austérité et plus de croissance

    • Un petit complément:

      De 2009 à 2011 les prélévements obligatoires sont passés de 41% à 43,7% soit +2,6 points de PIB
      De 2012 à 2014 les prélévements obligatoires vont passés de 44,9% à 46,5% (Programme de stabilité 2013/2017 ) soit + 1,6 points de PIB et ceci en tenan t compte des mesures arrêtés en 2012 par Sarkozy Mais il est vrai que la droite relayés par une bonne partie des médias, laissent croire que les PO ont plus augmenté sous Hollande ces 2 premières années La principale différence entre Hollande et Sarkozy réside dans les populations concernées par le relèvement des PO
      Quant au leitmotif sur son manque de décision, la constance d’Hollande dans l’application de son programme est la preuve de sa force de prise de décision

      • Correction: de 2009 à 2011:42% à 43,7% soit + 1,7% de PIB
        Précisions sur 2012: sur les 1,1 points 0,8 points sont imputables à la gouvernance Sarkozy
        et 0,3 à la gouvernance Hollande (Rapport économique,socila et financier 2014) qui a du combler qui plus est le manque à gagner de 7,2MDs€ qui manquait au 1/07/1012

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