Mon interview dans Jeune Afrique, à la veille de la Conférence pour un nouveau modèle de partenariat économique entre l’Afrique et la France

J’accueille demain à Bercy la Conférence pour un nouveau modèle de partenariat économique entre l’Afrique et la France, organisée dans le cadre du Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique.

J’ai ainsi répondu aux questions de Jeune Afrique, m’exprimant sur les enjeux de ce sommet et de la conférence de demain, sur les multiples partenariats entre le continent africain et la France, et sur les perspectives d’une relation renouvelée avec l’Afrique.

 

Jeune Afrique : François Hollande organise son premier sommet Afrique-France. Qu’en attendez-vous ?

Le sommet Afrique-France est un événement politique majeur, qui fera date et qui arrive à un moment où les relations entre l’Afrique et la France ont atteint une qualité exceptionnelle.

Pierre Moscovici : C’est un événement politique majeur, qui fera date et qui arrive à un moment où les relations entre l’Afrique et la France ont atteint une qualité exceptionnelle. La France a montré son engagement envers le continent, et François Hollande a fait preuve d’un courage particulier en intervenant au Mali pour défendre le principe de la liberté des peuples. L’un des enjeux majeurs de ce sommet sera de prolonger cette dimension sécuritaire. La France et l’Afrique ont un destin commun.

Une fois n’est pas coutume, des dirigeants anglophones seront conviés. L’Élysée veut-il éviter de s’enfermer dans un dialogue avec le pré carré francophone ?

Ce n’est pas un sommet comme il a pu en exister, avec un aspect nostalgique et passéiste. Il est ouvert à toute l’Afrique, et son ordre du jour, qui va des questions climatiques aux questions économiques, est bien fourni. Nous devons parler avec l’ensemble du continent. La France n’a pas de positions exclusives figées pour l’éternité. Nous avons des concurrents. Il faut être dynamiques et offensifs.

Le volet économique occupera une place importante…

Il nous faut être très ambitieux, c’est pourquoi je propose que nous fixions l’objectif d’un doublement des flux commerciaux entre le continent africain et la France, pour atteindre 120 milliards d’euros d’ici à cinq ans.

Il y a une prise de conscience de l’énorme potentiel économique de l’Afrique. C’est un continent certes hétérogène, mais il converge avec les Brics [Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud], et un nombre croissant de pays africains sont désormais émergents, avec une classe moyenne en expansion. Le travail de Bercy consiste à favoriser le développement d’un véritable partenariat mutuellement bénéfique, avec une répartition de la chaîne de valeur ajoutée sur nos territoires respectifs dans le cadre de ce qu’on appelle la colocalisation. Il nous faut être très ambitieux, c’est pourquoi je propose que nous fixions l’objectif d’un doublement des flux commerciaux entre le continent et la France, pour atteindre 120 milliards d’euros d’ici à cinq ans.

La France ne prend-elle pas un peu tard le train de la croissance africaine ?

La croissance de l’Afrique et celle de la France sont indissociablement liées : l’agenda économique des responsables africains, c’est le nôtre.

Je n’ai pas l’intention de m’appesantir sur le bilan ou de remettre en cause le passé. Il faut se tourner vers l’avenir et abandonner une logique de stock pour adopter une logique de flux. J’ai donc demandé à cinq personnalités liées à l’Afrique – le diplomate Hubert Védrine, le financier Lionel Zinsou, l’économiste Hakim el-Karoui, l’ancien patron de l’AFD [Agence française de développement] Jean-Michel Severino et l’assureur Tidjane Thiam – de me remettre le 4 décembre un rapport qui s’appuie sur un principe fort : la croissance de l’Afrique et celle de la France sont indissociablement liées ; l’agenda économique des responsables africains, c’est le nôtre. De mes discussions avec les auteurs du rapport, il ressort que nous disposons d’atouts indéniables : les Africains représenteront 85 % des francophones dans le monde en 2050 ; l’Afrique est une terre de croissance pour la France, ce qui pourrait représenter, pour elle, un enjeu de plus de 200 000 emplois. Mais nous devons repartir de l’avant, car nos parts de marché en Afrique subsaharienne se sont effritées ces dix dernières années.

Avez-vous le sentiment que le discours sur l’Afrique évolue ? On a parfois l’impression que faire des affaires sur le continent est perçu de façon négative…

Il faut changer ce regard. C’est tout le sens de l’événement que nous organisons le 4 décembre avec Medef International à Bercy. Il y aura plus de 500 entreprises françaises et africaines, ainsi que des chefs d’État.

Que pensez-vous de la politique des visas, notamment à l’égard des décideurs et des futures élites ?

Il faut favoriser la promotion des jeunes talents entrepreneuriaux, à la fois français et africains, et accroître les échanges dans ce domaine. Nous ferons des propositions en ce sens lors du sommet. Concernant les visas, il faut dissocier la question des flux migratoires de celle touchant aux mouvements des élites africaines. Ces dernières doivent voir dans la France une terre accueillante. De nombreux progrès ont été accomplis dans ce domaine, qui est du ressort de mes collègues Laurent Fabius [Affaires étrangères] et Manuel Valls [Intérieur]. En mars, les directives données aux consulats pour délivrer des visas aux hommes d’affaires ont été largement améliorées.

La France dispose-t-elle de moyens financiers suffisants, notamment face à ses nouveaux concurrents ?

Il y a les flux publics qu’il faut maintenir, mais pour stimuler les flux privés, il faut aussi réduire l’évaluation du coût du risque pays en Afrique.

Les flux financiers sont fondamentaux. Il y a les flux publics qu’il faut maintenir, mais pour stimuler les flux privés, il faut aussi réduire l’évaluation du coût du risque pays en Afrique, qui alourdit le coût des investissements. […]

Propos recueillis par Julien Clémençot et Frédéric Maury, photo par Vincent Fournier

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