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Un nouveau départ

Catégorie : Actualité,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 07/04/2014 à 18:38

Un nouveau départ

Depuis le 1er avril, je ne suis plus ministre de l’économie et des finances. Une page s’est tournée, une autre vie commence. Je reviendrai davantage sur ce blog, et pour commencer je veux vous dire comment j’aborde ce virage. Évidemment, on ne quitte pas une fonction aussi passionnante, aussi prenante à tous égards, sans émotion ou sans tristesse. Mais je l’ai fait avec sérénité, sans la moindre amertume, avec optimisme même.

Je suis serein, d’abord, parce que je suis parti avec le sentiment d’avoir fait mon devoir, d’avoir accompli ma mission au service de mon pays.

Je suis serein, d’abord, parce que je suis parti avec le sentiment d’avoir fait mon devoir, d’avoir accompli ma mission au service de mon pays. En effet, j’ai eu à piloter l’économie française alors qu’elle sortait à peine de la crise, et alors que la gauche n’avait pas exercé le pouvoir depuis dix ans. Sous mon autorité, le ministère des finances – alias Bercy – a été au cœur des réformes. Ainsi, entre autres choses, nous avons contribué à créer la Banque publique d’investissement, d’ores et déjà essentielle pour le financement des projets de nos entreprises, ou à réguler et séparer les autorités bancaires – deux lois que j’ai eu à préparer et à défendre. Avec Bernard Cazeneuve, aujourd’hui ministre de l’Intérieur, nous avons beaucoup travaillé à réduire les déficits, que la droite nous avait légués à des niveaux himalayaesques. Nous avons aussi contribué, sous la responsabilité directe du Président de la République, à la préparation du pacte de responsabilité et des économies budgétaires qui seront présentées par le nouveau gouvernement. J’ai aussi permis un meilleur financement de l’économie, qu’il s’agisse de celui des collectivités locales ou de l’orientation de l’épargne vers l’investissement, notamment à travers la création du PEA-PME. Nous avons en outre mis en œuvre le pacte de compétitivité, décidé fin 2012, et le CICE, qui aujourd’hui allège les charges des entreprises. A cet égard, je suis fier d’avoir consacré beaucoup de mon temps et de mon énergie, à Paris, à Sochaux et à Pékin, à l’avenir de PSA, désormais assuré à travers l’entrée au capital  du groupe de l’Etat et du constructeur chinois DongFeng. Et je garde un formidable souvenir des commandes obtenues pour garantir l’avenir de STX des chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. J’ai d’ailleurs achevé mes fonctions à Bercy en signant ces accords, et j’y vois un symbole de la bataille pour la croissance, l’emploi et la justice sociale, qui m’a pleinement mobilisé.

Et puis, j’ai aussi eu à mener d’importants combats européens et internationaux.

Et puis, j’ai aussi eu à mener d’importants combats européens et internationaux. On ne l’a pas assez dit, je ne l’ai peut être pas assez mis en valeur, mais ces deux années furent des années de lutte contre la crise de l’euro. Il a fallu se battre, des nuits et des jours, à Bruxelles, à Berlin, pour permettre à la Grèce de rester dans l’euro, à Chypre de ne pas faire défaut, aux programmes de l’Espagne, de l’Irlande, du Portugal de réussir, pour faire avancer l’Union bancaire, formidable progrès de la zone euro. L’international et l’Europe ont pris beaucoup de mon temps, dans des activités que les Français connaissent et voient mal, qui sont pourtant décisives pour leur avenir. Ainsi est-il majeur d’avoir obtenu de la Commission européenne un nouveau partage entre la réduction des déficits et la croissance, à travers un délai de deux ans pour respecter le critère de 3% du PIB en termes de déficits publics. Et il est essentiel aussi d’avoir fait progresser, de réunions du G20 en Assemblées générales du FMI, la cause de la lutte contre l’évasion des bases fiscales et la fraude fiscale. Pour cela, il m’a fallu compter sur le soutien et la compréhension, au premier chef, d’Olli Rehn, le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires et Wolfgang Schäuble, mon homologue allemand que je salue, ou encore sur la complicité du secrétaire d’Etat américain au Trésor, Jack Lew. Je resterai aussi fier de la réorientation de notre politique économie envers l’Afrique ou de la création d’un dialogue économique de haut niveau avec la Chine.

 Je sais ce que j’ai apporté à la France, dans une période difficile, et que j’ai vraiment, à ma façon, respectueuse de la liberté, des convictions et du travail de chacun, dirigé ce grand ministère.

Non, je n’ai pas ménagé ma peine pendant ces 22 mois ! Je l’ai fait avec mes idées, celles d’un socialisme de l’offre, d’une véritable social-démocratie, pleinement assumée, que j’ai développées dans mon livre « Combats ». Je l’ai fait avec mon éthique, ma méthode, fondée sur le dialogue, l’écoute, le respect, et avant tout le travail, personnel et collectif. J’ai négocié, inlassablement, avec mes partenaires nationaux – à commencer par les entreprises – et européens. J’ai voulu agir avec efficacité, dans la loyauté, inspiré par l’image des hommes d’Etat de gauche qui ont toujours guidé mes pas – Léon Blum, Pierre Mendès-France, Lionel Jospin. Sans doute ai-je trop peu ou parfois mal communiqué. C’est ma faiblesse, et c’est aussi mon honneur : je préfère le faire au dire, le savoir-faire au faire savoir, le travail discret qui débouche aux éclats de voix. Je n’ai pas de regrets. Je sais ce que j’ai apporté à la France, dans une période difficile, et que j’ai vraiment, à ma façon, respectueuse de la liberté, des convictions et du travail de chacun, dirigé ce grand ministère. J’ai l’immodestie de croire que beaucoup de Français – certains m’en apportent déjà le témoignage – savent que j’ai agi, en totale harmonie avec le Président de la République, François Hollande, en serviteur dévoué et désintéressé de l’Etat, pour le bien commun, pour le redressement du pays.

A la « centrale » comme sur le terrain, j’ai rencontré des fonctionnaires dévoués à l’économie française, disponibles, plein de gentillesses.

Cela, je le dois aux 160.000 agents de Bercy, vers qui va ma reconnaissance, envers qui j’ai une dette. Je pense bien sûr à mon cabinet, petite équipe de femmes et d’hommes qui, sous la direction de Rémy Rioux, ont tenu la barre jour et nuit. Mais plus largement je salue une administration d’excellence, d’une incroyable qualité, toujours intelligente, précise, animée par le sens du service public. A la « centrale » comme sur le terrain, j’ai rencontré des fonctionnaires dévoués à l’économie française, disponibles, plein de gentillesses. Oui, les agents des finances aiment leur pays, et notre pays peut, doit les aimer en retour, car ils sont un des piliers de la cohésion nationale. Moi, j’ai aimé être leur « patron », et je me suis efforcé de leur rendre, par mon travail, mon écoute, mon sang froid, le dévouement qu’ils mettent à travailler avec leur ministre. J’ai été fier d’être ministre – je ne l’oublierai jamais. Comment cacher que je n’en étais pas lassé, que j’avais le sentiment de pouvoir être utile encore dans ces fonctions ? Mais en démocratie, personne n’est propriétaire de ses charges. Aujourd’hui, c’est à d’autres que reviennent les tâches qui furent les miennes, avec un nouveau partage des responsabilités au sein du ministère – l’économie d’un côté avec Arnaud Montebourg, les finances de l’autre avec Michel Sapin. Je souhaite leur réussite et celle du gouvernement de Manuel Valls. Celui-ci peut compter, à la place qui sera la mienne, sur mon soutien, par l’expression ou dans l’action.

 Je resterai un acteur de la vie publique et politique, mes convictions socialistes, de gauche, sont intactes, et je compte bien faire entendre ma voix dans le débat français et européen.

Maintenant, une autre vie commence pour moi. Je n’ai pas le tempérament nostalgique, moins encore revanchard. Avoir été pendant sept ans ministre – cinq ans aux affaires européennes de 1997 à 2002, deux ans à Bercy de 2012 à 2014 – fut une expérience extraordinaire, un privilège donné à peu d’hommes. J’ai acquis, dans ces responsabilités, une expérience, une connaissance de la France, du monde et de l’Europe, que je souhaite maintenant mobiliser autrement, au service de mes idées, de mes engagements. Je resterai un acteur de la vie publique et politique, mes convictions socialistes, de gauche, sont intactes, et je compte bien faire entendre ma voix dans le débat français et européen. Je continuerai ainsi à animer ma sensibilité au sein du Parti socialiste, « Besoin de gauche ».

Je souhaite, en plein accord avec le Président de la République, aller vers d’autres responsabilités, au service de la France et de l’Europe.

Après une période de repos, je retrouverai le 1er mai mon siège à l’Assemblée nationale, pour y représenter ce pays de Montbéliard auquel, dans les victoires comme dans les défaites, je reste fidèle. Et  puis je souhaite, en plein accord avec le Président de la République, avec qui j’ai parlé dans ces moments compliqués en bonne intelligence, en confiance, en amitié, aller vers d’autres responsabilités, au service de la France et de l’Europe, auxquelles mon parcours – celui d’un député européen, d’un ministre des affaires européennes, d’un vice-président du Parlement européen puis d’un ministre de l’économie et des finances – m’a préparé.

Non, il ne faut pas rejeter l’Europe, il faut la changer. Il faut y faire aimer la France – ce n’est pas toujours simple – et faire aimer l’Europe aux Français.

Car j’ai d’ores et déjà consacré beaucoup de ma vie à l’Europe. Je sais qu’elle agace, qu’elle irrite, qu’elle déçoit souvent. Mais elle est autre chose, elle doit être autre chose qu’une contrainte extérieure, qu’un carcan, elle ne doit pas être une punition, un repoussoir. Elle est notre avenir, mieux elle est notre présent. Elle est l’espace dans lequel nous nous déployons, et les disciplines que nous consentons, comme nos partenaires, sont d’abord la condition pour que la France soit toujours davantage un pays moderne, soit plus encore un pays leader. Non, il ne faut pas rejeter l’Europe, il faut la changer. Il faut y faire aimer la France – ce n’est pas toujours simple – et faire aimer l’Europe aux Français. C’est très compliqué. Il faut leur redonner une foi, un espoir dans l’Union européenne, qui doit se tourner davantage vers la croissance et l’emploi. C’est à cela que j’ai passé beaucoup de mon temps depuis 20 ans. C’est à cela que je veux contribuer plus encore maintenant.

Quitter Bercy n’est pas pour moi une fin, c’est un nouveau départ. Je l’aborde avec confiance.

C’est cette nouvelle étape qui m’attend. J’ai souffert à Bercy, parce que c’est dur, parce que c’est un travail écrasant, parce que les circonstances étaient très difficiles. J’y ai été heureux, parce c’est formidable, parce que ce fut une extraordinaire aventure politique et humaine. Je veux maintenant me tourner vers l’avenir, servir autrement, peser autrement, participer à la vie politique autrement. Au terme de ces deux ans, je me sens plus fort. J’aime cette citation de Mark Twain : « les rumeurs de ma disparition sont très prématurées ». Quitter Bercy n’est pas pour moi une fin, c’est un nouveau départ. Je l’aborde avec confiance.

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50 commentaires

  • SCHWEBEL ANNY dit :

    tres cher pierre moscovici
    bon sylvia pinel au gouvernement…..!!!!! pas de pierre moscovici !
    bon harlem desir secretaire d etat !!!!!!!!!! pas de pierre moscovici ……..

    CHERCHEZ L ERREUR ………………….
    de tout coeur avec vous j attends avec impatience de vous revoir a l assemblée
    toute ma sympathie

    un petit coucou a votre compagne
    anny

  • Mennesson dit :

    Cher Pierre
    Je salue le travail immense que tu as accompli à Bercy, et je trouve dommage que tu ne sois pas resté. Je suis certaine que tu aurais pu, si tu l’avais décidé ainsi. Mais je comprends très bien aussi ton désir d’Europe, et l’Europe a bien besoin de personnalités comme la tienne, d’experts, de gens qui la défendent.

    Je te souhaite le meilleur avenir possible, et j’espère te revoir très vite dans les réunions (prochaines, je l’espère) de « Besoin de Gauche » et (pourquoi pas?) à Bruxelles, également.

    Je trouve injuste certains commentaires qui ont été faits sur toi car ton travail a été très performant et grâce à toi l’euro s’est révélé comme monnaie forte, crédible. L’Europe de l’après-crise donnée pour morte mille fois avant ton arrivée d’est au contraire renforcée. Bravo, et à très bientôt !

  • marie mcb dit :

    Vous avez sauvé l’Euro et cette tache etait extaordinairement difficile. Vous l’avez accomplie à la perfection.
    Personne n’aurait pu faire mieux que vous.
    Ne croyez pas que votre communication etait insuffisante.
    Dans une periode aussi difficile, la communication etait un exercice à tres hauts risques.
    A ta televison, votre communication est excellente.
    Maintenant, la mission la plus difficile est de faire aimer l’Europe aux Français et de construire une politique economique saine en Europe.
    Je suis sure que vous y parviendrez.
    Meme si les habitants du Pays de Montbeliard ont ete un peu ingrats envers vous recemment, je suis sure que votre nom s’inscrira dans leur Histoire et qu’ils savent que vous etes loyal, dévoué, fidèle et humaniste.
    Merci infiniment.

  • DC dit :

    Merci pour votre action à Bercy, Une nouvelle page s’ouvre avec si j’es crois les rumeurs une activité toute européenne. Dès lors je vous transmets une requête; j’aimerais que l’on fasse enfin de la pédagogie sur les institutions européennes en particulier à l’occasion des prochaines élections . Mieux préparés , les citoyens seront peut être plus motivés pour voter… Comme vous le voyez je demeure une éternelle optimiste !

  • cluzel dit :

    Merci pour votre action et ce  » nouveau départ »
    Jean-claude Cousseran ,SG de l’Académie Diplomatique Internationale , et moi même (directeur de la RPP) serions heureux de vous accueillir pour une toute prochaine « Table Ronde  » sur le theme
    « La croissance et l’emploi en Europe :comment ?  »
    Vous avez deja participé et animé par le passé deux de nos tables rondes ; elles se déroulent à l’ADI , 4 bis avenue Hoche -Paris de 8h30 à 10h ; Public :ambassadeurs etrangers à Paris , decideurs economiques et politiques , entre 40 et 50 personnes par séance , « off » de rigueur ; date à votre convenance entre le 22 avril et le 8 Mai
    En vous remerciant pour votre retour
    Bien cordialement

  • Amelle dit :

    Ils sont devenu fou !!! Je pensais que la raclée electorale permettrait à Hollande de revenir à la raison et de se tourner vers sa gauche. Or j’ai l’impression que non seulement il n’a rien compris en nommant le plus sarkozyste des socialistes Valls à croire que Hollande en punissant ses ex electeurs veut être certain que les banlieux ne votent plus pour lui et tout le PS et s’habitut à rester chez lui ou voter ailleurs sachant que Valls est aussi detesté que Sarko voire même plus vu que le mec se dit de gauche.

    Mais en plus le discours général de Valls est une veritable provocation, le pacte de responsabilité n’avait de sens que si les salarié en sortait gagnant, il se trouve que Valls n’a pas trouver mieux que d’approfondir la trappe au smic faite par Fillon qui empeche les hausses de salaires car rare seront les patron qui accepterons de passer le seuil des 1.3 smic vu la difference de salaire à rajouter en depassant ce seuil. Depuis 93 on a pas arreter de baisser les charges au niveau du smic et depuis 93 il n’y a jamais eu autant de chomeur et je ne parle pas de l’appauvrissement de la secu.

    Concernant la reforme territorial le sarkozyste Valls revient evidemment à la loi Sarko, forcement le mec ne sait pas reflechir autrement que son mentor alors que les departements hérité de la revolution ont la taille ideal pour le travail de proximite et c’est justement la proximité qui fait reculer le FN, le millefeuille territorial aura un sens si on regroupe les petite commune au niveau des cantons avec un minimum de 5000ha mais pas en supprimant les departements, à la limite reduire les regions à dix voire huit voire même cinq.

    Le pacte de solidarité est une plaisanterie 5 milliards pour les menages contre 30 milliards pour les patrons, c’est n’importe quoi et ce que demande les gens ce n’est pas supprimer les cotisations et leur salaires différés mais plus de services publiques, plus d’aide de proxmité, du boulot et du respect et de la dignité. Ne pas trouver des SDF partout par exemple d’ailleurs l’engagement d’Ayrault concernant la lutte contre la misere, qu’est ce que Valls en fait?

    Bref apres ce vote, il ne reste plus qu’a souhaité que le PS soit à moins de 10% pour qu’enfin Hollande comprenne qu’il est complètement à coté de la plaque

  • Trigui dit :

    Bonjour Mr Moscovici,
    Je vous souhaite bon courage et bonne chance pour l’avenir.
    Hélas, oui vous avez sûrement manqué de pédagogie et de communication durant votre mandat ministériel.
    Laissons a l’avenir le soin de montrer si les réformes que vous avez mené a Bercy portent leurs fruits, en tout cas je l’espère.
    Je ne me fais pas de doute sur votre Loyauté a la France et sur votre dévouement.

    Un citoyen

  • FAHAR-EL-DINE dit :

    Juste vous dire Bravo!!! les reformes que vous avez engagés vont nécessairement donner du tonus à votre pays, et c’est la fabrique d’un Homme d’État.

  • chauvin anthony dit :

    Pierre j’ai vu tout de suite que vous êtes quelqu’un de bien
    Je n’ai pas eu la chance de vous rencontrer pendant que vous étiez
    Ministre, alors j’espère vous rencontrer dans les prochaines semaines , prochains mois.
    J’en serais ravi que vous me répondrez
    Merci A vous
    Vive la république et vive la France

  • pons dit :

    simple compte rendu de mandat qu’on reproche souvent à nios élus de ne pas faire!

  • Bonsoir Pierre,

    Il y a des grandes et difficiles missions qu’il est impossible de mener à terme en deux ans. Ces missions nécessitent plusieurs années et plusieurs équipes successives. Tu as commencé, d’autres continueront. C’est ainsi que l’on construit et que l’on avance. Je te souhaite une bonne continuation dans tes prochaines et nouvelles responsabilités. Avec sérénité et gardant en mémoire ces belles figures, citées dans ton discours, Léon Blum et Pierre Mendès-France, qui nous inspirent et qui parfois même nous guident. Avec toute mon amitié.

    Martine Benayoun

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