Dans les médias

Retour à l’Assemblée nationale

Catégorie : Actualité,Assemblée nationale,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 13/05/2014 à 12:02

Retour à l’Assemblée nationale.

-

Depuis le 3 mai, je suis à nouveau député de la 4ème circonscription du Doubs. La règle du jeu est connue, et nos institutions sont à cet égard parfaitement claires. Un ancien ministre, lorsqu’il est amené à quitter le gouvernement, récupère automatiquement son siège au bout d’un mois, à défaut de quoi il est réputé démissionnaire et le siège vacant.

 J’ai d’abord, en reprenant ce mandat parlementaire, une pensée affectueuse et reconnaissante pour mon suppléant, Frédéric Barbier.

J’ai d’abord, en reprenant ce mandat parlementaire, une pensée affectueuse et reconnaissante pour mon suppléant, Frédéric Barbier. En 2012, nous nous étions choisis en connaissance de cause, sachant qu’il pouvait devenir député si j’étais appelé à des responsabilités ministérielles, puis retrouver son rôle de remplaçant si celles-ci venaient à s’achever. Il a été en tout point digne du contrat que nous avons passé. A l’Assemblée nationale, il a effectué un travail important, au sein de la Commission des affaires économiques, il s’est investi sur les questions industrielles et énergétiques, qu’il connaît bien. Je reçois de nombreux témoignages sur la qualité de son travail et de ses relations avec ses collègues, et ça me fait plaisir. Sur le terrain, il a été  – il est – très présent et apprécié. Nous avons formé, pendant ces deux années, un tandem complémentaire à Paris et dans le Pays de Montbéliard : nous allons continuer, autrement. Frédéric est un homme solide, loyal, compétent, il a été un bon député : il mérite de le redevenir, je souhaite que cela arrive, le plus tôt possible.

Reprendre ma place à l’Assemblée nationale après avoir été deux ans ministre, qui plus est dans un rôle aussi déterminant que celui de ministre de l’Economie et des Finances, n’est pas si simple. Qu’on me comprenne bien : je n’ai pas le sentiment de déchoir, de régresser ou de revenir en arrière. J’ai toujours considéré que le mandat parlementaire était un mandat magnifique, que l’Assemblée nationale était le cœur battant de la démocratie, et je suis bien placé, pour avoir été des deux côtés de la barrière, pour connaître l’effectivité du contrôle parlementaire, son poids dans les institutions. J’aime les lieux, j’aime le travail de député, j’aime le débat politique. Non, la difficulté est autre : comment trouver une position utile ? Il faut en effet éviter plusieurs écueils. D’abord, le risque est grand de continuer à parler comme si l’on était toujours ministre. Je ne le suis plus et je m’efforce – malgré des rechutes inévitables – de me distancier autant que faire se peut de la position d’acteur gouvernemental : ce n’est pas le rôle d’un député ! Je ne crois pas non plus qu’il soit possible de replonger dans la fonction parlementaire comme si l’on n’avait pas été membre du gouvernement. Cette expérience compte, elle éclaire le regard que je porte sur la politique, elle exige un comportement responsable et solidaire envers ceux qui aujourd’hui incarnent l’exécutif. Enfin, je me refuse à tout comportement qui pourrait apparaître, d’une façon ou d’une autre, comme donneur de leçon ou supérieur : je n’ai jamais conçu ainsi le pouvoir.

Je veux faire bénéficier mon pays de l’expérience nationale, européenne et internationale que j’ai acquise, pour rappeler inlassablement ce que doit être la voix de la France, les valeurs qu’elle défend en Europe et dans le monde, le message qu’elle porte.

Bref, je suis un député comme les autres, avec une particularité : j’ai été sept ans ministre de la République, cinq ans au Quai d’Orsay comme ministre des Affaires européennes, deux ans à Bercy en charge de l’Economie et des Finances. Je veux donc me situer au bon niveau, participer au débat politique en pesant sur les grands enjeux, en avançant des idées. Je veux faire bénéficier mon pays de l’expérience nationale, européenne et internationale que j’ai acquise, pour rappeler inlassablement ce que doit être la voix de la France, les valeurs qu’elle défend en Europe et dans le monde, le message qu’elle porte. Je veux être un député socialiste, à nouveau membre de la Commission des Finances, solidaire du Président de la République et du gouvernement, mais aussi un esprit libre, capable d’émettre des propositions par moi-même ou avec mes amis de « Besoin de gauche », de contribuer à l’élaboration de positions collectives, pour faire progresser les idées réformistes et sociales-démocrates que je porte depuis longtemps. Je veux, enfin, demeurer au service de mes électeurs de la 4ème circonscription du Doubs et du Pays de Montbéliard, auquel je reste toujours attaché. Celui-ci, lors des élections municipales, a confié son destin – c’est la démocratie, j’en admets le verdict, mais je reste un combattant politique – à des équipes dont les débuts, sectaires et sans substance, m’inquiètent fortement. Ancien président de l’Agglomération et toujours député, je défendrai localement les idées d’une gauche engagée pour l’efficacité économique et le progrès social, dont le travail, entre 2008 et 2014, ne doit pas être défait.

Je vais aussi, dans les mois qui viennent, consacrer une grande partie de mon activité à l’Europe. Le Premier ministre m’a en effet confié une mission parlementaire sur les voies et moyens d’un renforcement de la contribution de l’Union européenne à la consolidation de la croissance et à la création d’emplois.

Je vais aussi, dans les mois qui viennent, consacrer une grande partie de mon activité à l’Europe. Le Premier ministre m’a en effet confié une mission parlementaire sur les voies et moyens d’un renforcement de la contribution de l’Union européenne à la consolidation de la croissance et à la création d’emplois. Beaucoup a été dit sur cette mission, parfois présentée abusivement comme un prétexte pour éviter une élection partielle si je suis nommé, à l’automne prochain, Commissaire européen. Cette présentation des choses est caricaturale et malveillante, elle participe d’un climat propice à l’antiparlementarisme et à l’euroscepticisme. Car il s’agit d’une position parfaitement légale – en application des dispositions de l’article LO 144 du Code électoral – et fréquemment utilisée. Et qui peut nier que l’objet de cette mission soit sérieux, et même important ? Les Français demeurent attachés à l’Europe, ils savent que la sortie de l’euro serait synonyme de retour à l’inflation, de perte de pouvoir d’achat, de spéculation contre notre pays. Mais ils veulent une Europe plus volontaire, des politiques européennes plus fortes et efficaces. C’est à cette réflexion que je vais me consacrer.

J’entends déboucher sur des propositions qui permettent d’approfondir ce que nous avons déjà entrepris depuis 2012 pour réorienter la construction européenne, avec le pacte européen pour la croissance et l’emploi, l’Union bancaire, ou encore le renforcement du capital de la Banque européenne d’investissement (BEI).

Lundi et mardi dernier, j’ai eu l’occasion de rencontrer longuement et amicalement le Président de la République et le Premier ministre pour parler de cette mission, qui leur tient à cœur. Tous deux m’ont délivré le même message : cette mission doit être utile, faire avancer l’idée européenne en France, faire valoir des idées françaises en Europe. Je vais la mener dans cet état d’esprit, d’abord en faisant un diagnostic des dispositifs européens dans les domaines de l’investissement, du financement des entreprises, de la compétitivité, de la recherche et de l’innovation, de l’éducation, de la formation et de l’emploi… J’évaluerai aussi la capacité des acteurs économiques français à se saisir des politiques européennes pour faire progresser l’activité dans notre pays. Et j’entends déboucher sur des propositions qui permettent d’approfondir ce que nous avons déjà entrepris depuis 2012 pour réorienter la construction européenne, avec le pacte européen pour la croissance et l’emploi, l’Union bancaire, ou encore le renforcement du capital de la Banque européenne d’investissement (BEI), qui a permis par exemple un travail commun, au service de nos entreprises, avec la Caisse des Dépôts et la Banque publique d’investissement (BPI), ou encore un engagement nouveau pour l’hôpital et l’Université. Ce travail s’annonce à la fois passionnant et prenant : il me conduira dès mercredi et jeudi à Bruxelles, pour de premiers entretiens.

Mon engagement européen est fort, connu, incontestable. Mon expérience d’ancien ministre des Affaires européennes et d’ancien vice-Président du Parlement européen est à mon sens un atout.

Je veux néanmoins répondre aux insinuations présentant cette mission comme une manœuvre peu conforme à l’éthique républicaine : l’hypocrisie n’est pas ma tasse de thé. Dans quelques mois, les institutions européennes, auront été renouvelées. Le Parlement européen d’abord, sera élu le 25 mai. Une nouvelle Commission sera ensuite mise en place au terme d’une procédure exigeante, en principe au début du mois de novembre. En son sein figurera bien sûr un Commissaire français. Ce n’est un secret pour personne que ces fonctions m’intéressent, et même que je m’y prépare activement. Mon engagement européen est fort, connu, incontestable. Mon expérience d’ancien ministre des Affaires européennes et d’ancien vice-Président du Parlement européen est à mon sens un atout. On sait aussi à quel point, comme ministre de l’Economie et des Finances, je me suis investi pour sortir la zone euro de sa crise, pour convaincre nos partenaires européens du sérieux des réformes françaises, et les Français des bienfaits de la construction européenne, pour apporter ma contribution au rééquilibrage de la politique européenne en faveur de la croissance, notamment en obtenant un délai – justifié – pour la réduction de nos déficits en deçà de 3% du PIB.

Devenir Commissaire européen serait pour moi la poursuite d’une action politique, au sens noble du terme, au service d’une conviction intime, celle que l’Europe et la France ont un destin commun.

Je connais l’Europe, ses institutions, ses politiques, ses acteurs, qui je le crois me respectent. Devenir Commissaire européen serait pour moi la poursuite d’une action politique, au sens noble du terme, au service d’une conviction intime, celle que l’Europe et la France ont un destin commun. Qui, dans ce contexte, peut ignorer que la mission que je vais mener est un signe fort de la confiance que me font François Hollande et Manuel Valls, qui connaissent évidemment bien ce projet évoqué de longue date entre le Président et moi-même ? Pour autant, la nomination du Commissaire français interviendra plus tard, et l’objet de cette mission n’est pas de contourner tel ou tel scrutin – qu’il ne serait pas forcément nécessaire de provoquer même si les socialistes n’auraient, j’en suis persuadé, pas à le redouter – mais bel et bien, je le répète, de faire avancer la réflexion et l’action sur l’Europe, de faire œuvre utile. Ce sera ma seule ligne de conduite.

J’aurai l’occasion, d’ici le 25 mai, de vous reparler ici des élections européennes. Un mot seulement, pour terminer en vous disant que je vais bien sûr m’engager dans la campagne, difficile mais décisive, pour ces élections d’une importance majeure, dont l’enjeu sera, pour la première fois, la désignation du Président de la Commission, et donc l’orientation politique de l’exécutif européen : réunions publiques, déplacements de terrain et débats sont à mon menu dans les deux prochaines semaines. C’est aussi comme cela, en militant de la gauche française et européenne, que je conçois mon rôle de député.

Be Sociable, Share!

20 commentaires

Flux RSS des commentaires de cet article.