Une élection majeure

Une élection majeure

Dimanche, 400 millions d’Européens voteront pour élire le prochain Parlement européen. A quelques heures de la clôture de cette courte campagne, je veux brièvement revenir sur les enjeux de cette élection majeure.

Oui, l’Europe mérite d’être défendue contre ceux qui cultivent la nostalgie d’un « avant » fait de divisions et de guerres, marqué par les horreurs issues des totalitarismes, par les limites des frontières. Elle mérite d’être aimée.

Ce qui est d’abord en jeu, c’est l’attachement à l’Union européenne, à notre Europe. Celle-ci est attaquée par le grand vent de l’euroscepticisme, de l’europessimisme, de l’europhobie même. Et pourtant, rappelons-le, l’Europe n’est pas notre problème, elle demeure une solution. Prenons garde au nationalisme qui, comme le disait François Mitterrand, porte en lui la guerre. Souvenons-nous que l’Europe, c’est la paix, la démocratie, l’égalité, les droits de l’Homme, la promotion des femmes, la laïcité. Soyons conscients des bienfaits de la construction européenne : le renforcement de notre agriculture, la libre circulation, l’ouverture de nos marchés, l’interdépendance de nos économies. L’Europe, c’est notre vecteur d’influence essentiel, c’est une puissance dans la mondialisation, respectueuse des Nations qui la composent, c’est un idéal, une communauté de valeurs qui toujours attire et inspire. Oui, l’Europe mérite d’être défendue contre ceux qui cultivent la nostalgie d’un « avant » fait de divisions et de guerres, marqué par les horreurs issues des totalitarismes, par les limites des frontières. Elle mérite d’être aimée. Alors, refusons les tentations faciles, le rejet et les frustrations qui servent de slogan à ceux qui, à l’image du Front national, militent pour le retour en arrière, qui offrent à la France et à l’Europe, privées de l’euro, l’avenir d’une économie bas de gamme, repliée sur elle-même, à qui la dévaluation sert de substitut à la modernisation nécessaire, à l’intégration indispensable. Ne faisons pas non plus confiance à ceux qui, à l’image de Nicolas Sarkozy, proposent un affaiblissement des institutions communautaires et un amoindrissement de la cohésion européenne alors que nous avons au contraire besoin de faire de nouveaux pas en avant.

 Je suis un Européen, engagé, résolu, passionné même, mais un Européen lucide et exigeant. Et à l’échelle européenne aussi, le clivage gauche / droite conserve sa pertinence.

Est-ce à dire que tout va bien dans la meilleure des Europes, et que le choix se résume à un vote pour ceux qui croient en l’Europe au détriment de ceux qui la refusent ? Non ! Je suis un Européen, engagé, résolu, passionné même, mais un Européen lucide et exigeant. Et à l’échelle européenne aussi, le clivage gauche / droite conserve sa pertinence. Cette élection porte en elle des grands choix. D’abord, par leur vote, nos concitoyens choisiront celui qui présidera pendant cinq ans la Commission européenne, avec d’importantes prérogatives – fixer le cap économique et social, définir les portefeuilles au sein du collège, porter la voix de l’Europe. Les Chefs d’Etat et de gouvernement, réunis dès mardi en Conseil européen, devront, comme l’indiquent les traités, « tenir compte » du résultat des élections européennes. On connaît les personnalités en lice – Martin Schulz pour les socialistes et sociaux-démocrates, Jean-Claude Juncker pour le PPE – on voit aussi et surtout les options qu’ils défendent et les soutiens qui les portent. Au fond, le choix est clair. D’un côté, la possibilité d’une réorientation de l’Europe vers la croissance et l’emploi, de l’autre la promesse d’une continuité, après une décennie conservatrice. Je suis persuadé que les Européens perçoivent la nécessité d’un changement, qu’ils veulent d’autres perspectives que celle d’un continent connaissant durablement une croissance faible, une inflation trop basse et un chômage élevé. C’est bien de cela dont il est question dimanche : non pas un renoncement à l’Europe, mais l’engagement vers une meilleure Europe grâce à un nouveau leadership.

 Je souhaite que le PSE soit, dimanche, le premier parti d’Europe, ce qui passe, à l’évidence, par un bon score des socialistes français.

Car, en définitive, cette élection est bien un choix entre des visions qui certes coexisteront forcément au sein des futures instances européennes – l’Europe est ainsi faite, elle exige des compromis – mais qui pour autant sont substantiellement différentes. Je veux qu’après les élections européennes une claire priorité puisse être donnée à la croissance et à l’emploi, à travers les moyens d’une politique davantage tournée vers l’investissement, public et privé, grâce à la mise en place, enfin, d’une politique industrielle européenne, grâce aussi à un « policy-mix » macro-économique poursuivant l’effort de désendettement sans compromettre la croissance. J’espère des progrès vers une Europe plus sociale, grâce à la création d’un Smic dans chaque pays européen, encourageant la convergence salariale, et à la mise en place, par un budget de la zone euro, d’un socle commun d’assurance chômage. Enfin, je milite pour une intégration fiscale, budgétaire et politique accrue entre les pays de la zone euro, avec la nomination d’un président permanent de l’Eurogroupe, qui rassemble les ministres de l’économie et des finances de cet ensemble, ou la mise en place d’une « chambre » de l’euro au sein du Parlement européen. J’ai la conviction qu’un leadership social-démocrate serait mieux à même de faire prévaloir ces priorités. C’est la raison pour laquelle je souhaite que le PSE soit, dimanche, le premier parti d’Europe, ce qui passe, à l’évidence, par un bon score des socialistes français.

 Votons pour l’Europe, votons pour l’Europe de la démocratie, votons pour l’Europe du progrès, de la croissance et de l’emploi, votons pour une meilleure Europe !

Un dernier mot sur la participation électorale, qu’on annonce autour de 40%, voire inférieure. Il est toujours regrettable que des peuples négligent le droit de vote dont d’autres sont encore privés. Dans le cas d’espèce, ce serait particulièrement regrettable. En effet, ayant eu le privilège d’être par deux fois député européen, je sais à quel point les parlementaires européens disposent de pouvoirs étendus. Alors que beaucoup se plaignent de transferts excessifs de responsabilités à l’Europe, voire les vivent comme une perte de souveraineté, il serait absurde d’accepter que se mette en place un Parlement puissant mais sans électeurs. Alors votons ! Votons pour l’Europe, votons pour l’Europe de la démocratie, votons pour l’Europe du progrès, de la croissance et de l’emploi, votons pour une meilleure Europe !

 

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