Ma tribune dans Le Figaro : une nouvelle Commission européenne pour de nouveaux défis

J’ai publié hier une tribune dans Le Figaro, où je m’exprime sur la nécessaire réorientation du projet européen vers plus de croissance et d’emplois. J’y défends une Europe du progrès et de la reconstruction, à travers le moteur des investissements dans l’économie européenne. Pour ce faire, une plus grande coopération économique entre les Etats membres est incontournable, tout comme un rôle politique accru et une meilleure structuration de la Commission européenne.

Ma tribune à lire ci-dessous :

 

Une nouvelle Commission européenne pour de nouveaux défis

Les Français souhaitent une Europe qui renoue avec sa vocation première, le progrès économique et social.

Les Français nous ont adressé un message clair le 25 mai dernier. Dans leur immense majorité, ils souhaitent une Europe qui renoue avec sa vocation première, le progrès économique et social. La crise que connaît notre continent est sans précédent depuis la création de l’Union européenne. Malgré certains signes d’amélioration, elle a laissé des traces profondes, à commencer par un chômage élevé et une croissance faible. Nous devons entreprendre la reconstruction de notre économie, aider les entreprises à retrouver leur dynamisme et à créer des emplois. Voici l’urgence pour l’Europe, là est la priorité.

Il nous faut créer une Europe de l’investissement. C’est la clé de notre avenir.

Pour cela, il nous faut d’abord créer une Europe de l’investissement. C’est la clé de notre avenir. Ce moteur est aujourd’hui quasiment à l’arrêt, alors même que le défis auxquels nous faisons collectivement face appellent au contraire une véritable politique industrielle européenne, pour préparer l’avenir. Or, l’argent public est aujourd’hui rare et les investisseurs privés manquent de confiance, alors même que notre épargne est abondante. Face à cette situation nous devons recréer les conditions pour favoriser l’investissement dans l’économie européenne.

Cela passe avant tout par l’achèvement du marché unique, pour attirer les capitaux vers certains domaines clé comme l’énergie, les télécommunications, la recherche et l’innovation, le numérique. Il est plus facile, plus attractif et moins coûteux de financer un marché cohérent que 28 marchés morcelés. Le chemin qui doit être parcouru dans ces domaines est semblable à ce qu’a représenté depuis 2012 l’Union bancaire pour le système financier européen. Nous devrons aussi rendre le crédit moins risqué et plus aisé, en combinant avec agilité fonds publics et épargne privée, comme nous le faisons à travers la Bpi en France ou la Banque européenne d’investissement.

La croissance doit bel et bien redevenir la priorité de la politique économique européenne, sans pour autant tourner le dos à l’impératif de désendettement.

Au-delà, nous devrons veiller davantage à ce que les politiques macro-économiques mises en œuvre ne soient pas trop restrictives. La Banque centrale européenne a pris des décisions importantes, qui devraient faciliter le crédit et l’investissement : elle joue son rôle, et doit être saluée pour cela. S’agissant des politiques budgétaires nationales, le débat est par ailleurs engagé sur le juste dosage entre investissement et consolidation budgétaire. Sur ces questions, je crois plus au pragmatisme qu’au dogmatisme. Le laxisme budgétaire, au prétexte de l’investissement, n’est pas possible. Mais hypothéquer l’avenir, au nom de l’équilibre des comptes, ne doit pas non plus être encouragé. Bref c’est la croissance qui doit bel et bien redevenir la priorité de la politique économique européenne, sans pour autant tourner le dos à l’impératif de désendettement.

Nous devons également repenser le cadre de la coopération économique au sein du continent.

Nous devons également repenser le cadre de la coopération économique au sein du continent. Aujourd’hui l’Europe est un terrain de concurrence acharnée entre les Etats-membres : nous jouons les uns contre les autres, et non les uns avec les autres. Cette situation alimente les rancœurs, voire les crispations nationales, elle contribue au rejet de l’Europe. Pouvons-nous et voulons-nous aller au-delà de la coordination de 28 économies nationales dans le cadre du marché intérieur ? Ma réponse est clairement oui ! Devons-nous aller plus loin, en rapprochant les économies de la zone euro autour d’objectifs de convergence, y compris sociale et fiscale ? Je suis convaincu que c’est le grand chantier qui nous attend d’ici 2020 !

La Commission européenne, acteur central par ses compétences en matière économique, devra repenser son organisation et remettre la politique au poste de pilotage.

Ces batailles nécessiteront enfin une forte mobilisation dans les Etats, mais aussi au niveau européen. L’enjeu est d’importance : il s’agit de mobiliser les leviers de la croissance de manière cohérente et coordonnée. La Commission européenne, acteur central par ses compétences en matière économique, devra repenser son organisation et remettre la politique au poste de pilotage. C’est pourquoi je pense que nous pouvons structurer la Commission de manière plus efficace, l’organiser en « clusters », en grands pôles de compétences, placés sous l’autorité de vice-présidents. Le dialogue avec le Parlement européen, qui gagne sans arrêt en force et en légitimité, devra en outre être substantiellement renforcé. Ce sera la tâche du prochain Président de la Commission.

Remettons l’Europe au service de notre modèle économique et social, bâtissons l’Europe de l’investissement, pour la croissance et l’emploi.

Pendant cinquante ans, l’Europe a été le moteur de notre croissance. Cette évidence est aujourd’hui contestée : l’Europe, qui hier était la solution, est devenue aux yeux de beaucoup le problème. Je n’accepte pas cette fatalité ! Remettons plutôt l’Europe au service de notre modèle économique et social, bâtissons l’Europe de l’investissement, pour la croissance et l’emploi. Je suis prêt à y jouer mon rôle, dans le cadre de la mission parlementaire qui m’a été confiée par le Premier ministre, et au-delà dans les responsabilités européennes que je me sens prêt à exercer.

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