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Mon interview dans le quotidien espagnol El Pais traduite

Catégorie : Actualité,Europe / International,Voyages et déplacements | Par pierre.moscovici | 11/07/2014 à 10:56

A lire ci-dessous, la traduction de mon interview dans le quotidien espagnol El Pais, et mes réponses sur l’Europe et son orientation pour les prochaines années, sur les institutions européennes et leurs représentants, sur la vie politique française.

Son nom figure parmi les principaux candidats à un poste important au sein des institutions européennes, peut-être un grand commissariat. Ce n’est pas par hasard que le discours de Pierre Moscovici (Paris, 1957), ministre de l’Économie et des Finances jusqu’en avril dernier, est ourlé des mots « croissance », « reprise » ou « investissement », mais surtout « Europe ». Ce militant du Parti socialiste depuis 1984 s’est rendu jeudi dernier à Madrid dans le cadre d’une mission confiée par Manuel Valls, pour évaluer les politiques européennes de croissance et d’emploi en Europe. Une tournée qui l’a déjà mené à Londres, Rome, Bruxelles, et Berlin. En Espagne, il a rencontré différents responsables politiques et chefs d’entreprise, comme José Manuel González Páramo, conseiller exécutif de la banque BBVA, ou Luis de Guindos, ministre de l’Économie et l’un de ses concurrents à la présidence de l’Eurogroupe. Il remettra son rapport en octobre.

Question : Comment voyez-vous la situation de l’Espagne et des autres pays que vous avez visités ?

Je sens l’envie et le besoin que les améliorations soient plus fortes et plus rapides, et l’Union européenne a là un rôle à jouer.

Réponse : Les choses sont différentes d’un pays à l’autre. L’Allemagne connaît une situation exceptionnelle, avec un chômage faible, des exportations massives, une croissance solide. L’Espagne a été durement touchée par la crise, avec un chômage insupportable ; le défi est donc plus grand, mais la situation s’est améliorée. Dans la zone euro, on constate une stabilisation par rapport à l’année 2012. En même temps, je sens l’envie et le besoin que les améliorations soient plus fortes et plus rapides, et l’Union européenne a là un rôle à jouer. La récente déclaration du Conseil européen est encourageante, car elle exprime la volonté que la Commission et les institutions européennes favorisent la croissance avec des politiques d’investissement et de réindustrialisation dont nos pays ont besoin. Il nous faut des infrastructures, notamment dans le secteur de l’énergie, où nos ressources sont faibles. Et l’Europe peut y contribuer, notamment par l’intermédiaire de la Banque européenne d’investissement.

Question : Pensez-vous qu’une position commune sera trouvée entre l’austérité et la souplesse que demandent, par exemple, la France ou l’Italie ?

La principale priorité de la prochaine Commission européenne, des prochaines institutions, ne sera autre que la croissance.

Réponse : Depuis la crise, nous avons connu des années difficiles, où l’économie européenne n’a pas retrouvé les niveaux de production de 2008. La dernière décennie a été marquée par l’austérité. La prochaine doit être une décennie sérieuse. Personne ne souhaite s’endetter ; l’endettement a un coût et pèse sur les générations futures. Mais en même temps, elle doit être une décennie de croissance. La principale priorité de la prochaine Commission européenne, des prochaines institutions, ne sera autre que la croissance. Nous mobiliserons tous nos efforts et tous nos moyens dans cet objectif. Nous travaillerons pour un accord entre les pays. Et pour cela, nous avons besoin d’une meilleure coordination des politiques économiques en Europe. Nous espérons que l’Allemagne comprendra la situation de ses voisins, ce qui ne signifie pas un relâchement de la discipline. Nous sommes favorables à la discipline et aux règles, mais cela veut dire également être pour un équilibre encore plus grand dans la zone euro.

Question : Matteo Renzi a dit de l’U.E. qu’elle était comme « une vieille tante ennuyeuse ». Qu’en pensez-vous ?

Si nous sommes capables d’obtenir des résultats en termes de croissance, d’emploi et d’amélioration, le projet européen restera vivant.

Réponse : Il est jeune… [il sourit]. Quand on parle de quelqu’un qui, comme l’Union européenne, a 56 ans, mon âge, on pense naturellement à sa vieille tante. Moi, je suis né en 1957, l’année du traité de Rome. Alors, pour moi, c’est une cousine déjà d’âge mûr, mais qui a beaucoup de charme et avec laquelle nous avons de bonnes relations. Mais arrêtons là la métaphore. Je suis européen, et nous n’avons qu’une Europe. Nous ne pouvons pas en construire une autre, mais nous pouvons changer les choses pour qu’elle rayonne à nouveau, pour que se réalise le rêve dont Matteo Renzi a récemment parlé au Parlement européen. L’Europe est aujourd’hui marquée par l’euroscepticisme, nous sommes à un point d’inflexion. Et si nous sommes capables d’obtenir des résultats en termes de croissance, d’emploi et d’amélioration, le projet européen restera vivant. Si à l’inverse, nous poursuivons les mêmes politiques qui donnent les mêmes résultats, alors nous ne reverrons plus cette vieille tante.

Question : Votre nom est pressenti pour un poste élevé au sein des institutions européennes.

Avec le Président de la République, nous avons formé un projet commun pour l’Europe, je suis prêt et je m’y prépare activement.

Réponse : Cela fait vingt ans que je partage ma vie politique entre l’Europe et la France. J’ai occupé différents postes, j’ai contribué à la sortie de crise de la zone euro avec mon collègue Luis de Guindos, avec lequel je suis ami. J’ai quitté le gouvernement pour me préparer à des responsabilités européennes. J’ai l’espoir et la conviction de pouvoir le faire. Je connais l’Europe, les acteurs, les procédures… Avec le Président de la République, nous avons formé un projet commun pour l’Europe, je suis prêt et je m’y prépare activement.

Question : Comment analysez-vous l’opposition du premier ministre britannique David Cameron à la candidature de Jean Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne ?

Réponse : David Cameron était opposé à ce qu’il croyait voir se produire : un contrôle du Parlement européen sur le Conseil européen. Mais c’était une critique infondée. Je pense qu’il s’agit simplement du respect de la démocratie européenne et des résultats des élections européennes. Je suis socialiste et j’aurais évidemment préféré que le Parti socialiste européen soit le vainqueur, mais cela n’a pas été le cas. Et il existe une règle de base en démocratie : celui qui gagne les élections forme l’exécutif – c’est le cas dans toutes les démocraties. De toute manière, je pense que cela est du passé. Cameron a dit dans un communiqué, et il a été très clair, que nous allions travailler ensemble pour l’Europe.

Question : Ces derniers jours, nous avons trouvé un parti socialiste divisé par certaines mesures que le gouvernement compte prendre.

Les mesures engagées par le gouvernement doivent faire de la France un pays plus attractif sur le plan économique.

Réponse : Écoutez, ce sont des mesures nécessaires. La France doit les mettre en œuvre, à l’instar de l’Espagne, qui a dû faire des réformes pour être plus compétitive. Ce n’est pas nécessairement les mêmes mesures, parce qu’il ne s’agit pas du même pays, mais nous poursuivons bien un objectif commun. Les mesures engagées par le gouvernement doivent faire de la France un pays plus attractif sur le plan économique. Il y a des débats au sein du Parti socialiste, mais la majorité n’est pas menacée. C’est normal qu’il y ait des divergences. Mais quand on fait de la politique, il faut aussi avoir le sens des responsabilités, et la limite à ne pas dépasser est la mise en danger du gouvernement, ce qui ne s’est pas produit jusqu’à présent.

Question : Le parti sera-t-il victime de cette division ?

Réponse : Dans quel sens ?

Question : Le parti en payera-t-il les conséquences ? Cette division empêchera-t-elle la mise en œuvre des mesures ?

Réponse : Non, je pense que ce que vous appelez une division, pour l’instant, est un débat. La majorité a le sens des responsabilités, au-delà des différences, et c’est quelque chose qui doit perdurer. Le Parti socialiste a déjà souffert des récentes élections, locales et européennes. Mais la France a un cycle électoral de cinq ans, et les prochaines élections sont en 2017. Le Président et le gouvernement seront alors jugés sur les résultats des politiques économiques et sociales qu’ils mènent. Des politiques qui donneront des résultats et qui conduiront le pays vers une croissance plus forte, une hausse de l’emploi, une plus grande compétitivité pour nous assurer une meilleure situation que celle que nous avons trouvée en France en 2012.

Question : Concernant l’opposition, comment analysez-vous la mise en examen de Nicolas Sarkozy ?

Une des principales règles des systèmes démocratiques est l’indépendance de la justice. C’est un principe intangible.

Réponse : Je ne ferai pas de commentaires sur une procédure judiciaire française. Je ne le fais généralement pas, et encore moins lorsque je suis à l’étranger. Je dirai simplement que la France est une République, une démocratie comme l’Espagne, et qu’une des principales règles des systèmes démocratiques est l’indépendance de la justice. C’est un principe intangible. Tout citoyen, même ancien président ou ancien ministre, doit respecter la justice de son pays.

Question : Mais la garde à vue de Nicolas Sarkozy a été quelque chose d’inédit.

Réponse : L’indépendance de la justice est très importante. Et je dois rappeler qu’en France, le Président de la République est le garant de la justice. Nicolas Sarkozy, qui a été Président, devrait être, plus que personne, attaché à l’indépendance de la justice.

Question : Que pensez-vous de son éventuel retour en politique, comme il l’a laissé entendre récemment dans une interview à la télévision ?

Réponse : Je crois avoir compris qu’il s’agissait plus que d’une simple hypothèse… Une opportunité ? L’avenir nous le dira.

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