Ma tribune sur mon engagement pour l’Europe dans Le Plus du Nouvel Obs

J’expose mes convictions et mon engagement pour l’Europe dans une tribune dans Le Plus du Nouvel Obs. À l’aube de cinq années décisives pour l’Europe, je suis prêt à mettre mon expérience au service du renouveau du projet européen.

Retrouvez ci-dessous le texte de cette tribune :

Les élections européennes du 25 mai ont été un avertissement sévère et douloureux pour tous ceux qui croient au projet européen.

Du chômage de masse, catastrophique dans certains pays, au vieillissement du système productif, plusieurs impacts majeurs ont atteint l’Europe, dégradant son image et mettant à nu son impuissance, même si nous sommes en train de sortir de la crise de la zone euro. « Notre » Europe, celle à laquelle nous avons tellement cru est à ce point contestée qu’elle est apparue comme un problème.

La perception d’un déficit de leadership aggrave le sentiment qu’elle peine à redessiner une ambition orpheline : les pères fondateurs ont du mal à trouver leurs fils…

Un état de fatigue, pas un état de rejet : cinq années pivot.

Je veux croire qu’il s’agit d’un état de fatigue, et non d’un constat de rejet définitif, comme on l’a trop souvent dit.

Après tout, plus de 70 % des députés qui composent le nouveau parlement de Strasbourg sont clairement pro-européens, et en France, en dépit des 24 % du Front national, une majorité nette se dégage toujours en faveur de la poursuite de l’aventure européenne.

Mais si pendant les cinq ans à venir nous n’entendons pas l’avertissement qui nous a été signifié dans les urnes, si pendant les cinq ans à venir nous nous contentons de gérer mollement la crise de confiance envers l’Europe, si nous continuons dans le « business as usual », alors le rendez-vous électoral de 2019 pourrait être, cette fois, celui du rejet et de la fin du projet européen.

Nous sommes à l’aube de cinq années décisives. Cinq années-pivot !

Il nous faut donc réagir – maintenant – pour rendre cette Europe plus lisible, plus accessible, plus positive. Il faut la réorienter vers la croissance et l’emploi. Il faut la rendre plus performante. Le rêve est important bien sûr – comment pourrait-on minimiser ce qu’il représente ? – mais aujourd’hui, nous avons besoin de résultats autant que de rêve.

La clé de l’investissement.

Cet objectif suppose à la fois de la constance et du mouvement. Après une décennie de tendance à l’austérité nous ne devons évidemment pas remettre en marche la machine à faire de la dette, mais il nous faut résolument réinjecter un carburant dynamique dans le moteur de l’Union : l’investissement !

C’est lui, si défaillant depuis 2003, qui doit alimenter toutes les politiques économiques et sociales pour donner du rythme et de l’ampleur à la croissance et pour créer le bien le plus précieux pour nos sociétés gagnées par le scepticisme et le découragement : le travail.

Cette « Europe de l’investissement » que j’appelle de mes vœux, elle reste à bâtir. Ce n’est pas une formule.

C’est une tâche historique qui réunit tous les chantiers essentiels pour leur donner une cohérence et produire un élan commun : la relance économique, une politique du climat résolue, les « project bonds » [des emprunts de la zone euro pour financer des projets phare] décidés en juin 2012 à l’initiative de François Hollande, la garantie-jeunes que nous avons également proposée, un « policy mix » [une combinaison optimale des politiques budgétaires et monétaires] plus ambitieux…

La politique budgétaire des États-membres doit être sérieuse, conforme à nos règles collectives, sans compromettre la croissance. Quant à la politique monétaire suivie par la BCE, elle est désormais plus expansive et adaptée à une période d’inflation très – trop ? – basse.

Je crois que nous sommes collectivement investis d’un mandat de redémarrage de l’Europe qui nécessite l’achèvement du marché intérieur notamment dans ses domaines les plus novateurs et les plus mobiles : énergie, numérique, télécommunications, transports…

L’Europe n’est pas le problème

Je le sais : ce discours se heurte encore à des visions différentes, plus sombres et plus restrictives, voire négatives, du rôle et de l’avenir de l’Union.

Mais je persiste et je signe : l’Europe n’est pas le problème. Et la réponse à nos problèmes n’est pas « l’Euroscepticisme light ». Nous n’avons pas suffisamment expliqué le projet européen, nous, pro-européens, nous ne l’avons pas suffisamment nourri, et pourtant, j’en suis convaincu, il ouvre les voies d’un futur ouvert et confiant.

Il ne s’agit pas pour moi de prôner une eurobéatitude stérile, ni de bercer d’incantations sur les vertus de l’Union. En revanche, nous devons défendre la logique de nos choix : puisque la zone euro a voulu partager une monnaie unique, eh bien, elle doit avancer naturellement vers une intégration plus poussée pour tirer parti de cette volonté historique.

Cela nécessite une légitimité démocratique renforcée et des moyens d’action supplémentaires : comité de la zone euro au sein du parlement européen, un eurobudget consacré à lutte contre les déficits budgétaires, un président permanent de la zone euro…

Certes, le budget de l’Union est moins ambitieux que ce que nous aurions voulu mais il reste à un niveau nettement plus élevé que ce que souhaitaient certains membres, à commencer par la Grande-Bretagne.

Comme il n’y a pas de renégociation programmée, nous allons vivre avec… Mais cela ne nous empêche pas de reprendre l’offensive, sans trembler, en nous concentrant sur les politiques les plus efficaces et en renforçant des postes stratégiques, à commencer par la lutte contre le chômage des jeunes.

Une vice-présidence économique pour La France : je suis prêt

La France doit être le fer de lance de ce sursaut.

Elle a fait savoir qu’il souhaitait que la France détienne une vice-présidence de la nouvelle Commission européenne, présidée par Jean-Claude Juncker, dans le domaine économique. C’est une position juste, précisément parce que l’agenda européen est majoritairement tourné vers la croissance et l’emploi et parce que, je le crois, la France est particulièrement bien placée pour peser en faveur d’une approche pragmatique et progressiste de l’Europe.

Si je suis désigné pour être le prochain Commissaire européen français, je souhaite être un acteur résolu de la définition d’une politique économique globale et inventive.

Toute mon expérience et toute ma vie politique – du ministère des Affaires européennes à la vice-président du Parlement européen puis à la tête de Bercy – m’ont préparé à relever ce défi à ce poste qui n’a vraiment rien, à mes yeux, d’un « lot de consolation » mais qui est le prolongement de tout ce que j’ai accompli.

Je suis prêt.

Car je suis totalement européen, pas sans conditions, pas sans exigence, pas sans prendre en compte les attentes socio-démocrates – je reste fidèle à mon engagement socialiste.

Je suis prêt, aussi – naturellement – pour le long processus de nomination jusqu’à la validation par le Parlement européen. C’est le président de la République qui va proposer le prochain Commissaire français, et c’est avec lui que nous avons formulé le projet européen que je défends.

Repousser une caricature de pensée entretenue par le FN

La France a la volonté d’avoir un discours crédible, un discours positif, un discours combatif. Un discours clair, entraînant et pédagogique aussi, pour repousser tous les fantasmes qui abîment l’image de l’Europe dans notre pays.

Il nous faut lutter contre le sentiment que la marche vers l’avant est interrompue. Repousser cette caricature de pensée entretenue par le FN qui voudrait faire croire que « c’était mieux avant » quand les barrières économiques et physiques séparaient les Européens. Non, ce n’était pas mieux avant et c’est assez facile de le montrer.

Mais avant tout, il faut recréer un espoir pour demain.

J’ai la volonté, si je deviens commissaire, d’être très présent dans le débat européen dans mon pays Je crois qu’il faut parler constamment, et collectivement, d’Europe, pas seulement dans les périodes électorales. Et en parler bien… Nous devons ranimer et réinventer l’idée de progrès. C’est une belle mission, non ?

Propos recueillis par Olivier Picard