Fierté et responsabilité

Fierté et responsabilité

C’est désormais officiel, le Président de la République, François Hollande, a proposé au Président élu de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ma candidature pour un poste de Commissaire. Je veux vous dire les sentiments que j’éprouve : fierté et responsabilité.

La France a toujours pesé à la Commission, elle devra demain continuer à le faire.

Fierté, parce que c’est pour moi un honneur de devenir, à l’issue d’un processus complexe, loin d’être achevé, le membre français de la Commission européenne, après beaucoup d’autres qui s’y sont illustrés. La perspective de succéder à Jacques Delors, Pascal Lamy, Michel Barnier, Jacques Barrot, ou dans le passé à Raymond Barre, Jean-François Deniau, Claude Cheysson, Edgard Pisani, François-Xavier Ortoli, Robert Marjolin, sans oublier Christiane Scrivener ou Edith Cresson, est pour moi un défi. La France a toujours pesé à la Commission, elle devra demain continuer à le faire. Il s’agit, j’en ai conscience, d’une fonction importante, qui le devient de plus en plus au fur et à mesure que l’Union européenne gagne en compétences et en pouvoirs, et que le rôle de la Commission devient à la fois de plus en plus marquant et, parfois, de plus en plus discuté. Il y a là un devoir de réussite : je ferai tout pour être à la hauteur de cette tâche, avec la confiance de François Hollande et de Jean-Claude Juncker.

Le nouvelle Commission devra être active, soudée, totalement déterminée. J’entends y jouer mon rôle, dans les fonctions qu’on voudra me confier.

C’est pourquoi j’éprouve surtout un sentiment de responsabilité. L’Europe est à un tournant. Le projet européen, hier synonyme évident de progrès, d’un avenir meilleur, est critiqué, contesté, et même rejeté par certains. Les dernières élections européennes, marquées partout, et d’abord en France, par la montée résistible mais puissante des forces eurosceptiques, constituent un avertissement sérieux, peut être ultime. Notre Europe, en l’état, n’est plus un espoir, elle suscite le doute, aux yeux de ses détracteurs elle devient le problème et non plus la solution. J’ai eu l’occasion de le dire, je le répète, le « business as usual » n’est plus possible. Il faut un changement profond, concret, visible, des politiques européennes pour réconcilier les citoyens de l’Union avec leur Europe. L’enjeu est clair, évident : réorienter la construction européenne vers la croissance et l’emploi, notamment à travers la mise en place de 300 milliards d’euros d’investissement annoncé par Jean-Claude Juncker. Le nouvelle Commission devra être active, soudée, totalement déterminée. J’entends y jouer mon rôle, dans les fonctions qu’on voudra me confier. C’est la prérogative du Président élu, en lien avec les Etats-membres : on sait que le Président de la République a souhaité pour la France, à juste titre, une responsabilité économique, au cœur des préoccupations de nos concitoyens, plutôt qu’une fonction dans la politique étrangère, alors que notre pays dispose déjà d’une diplomatie d’influence mondiale. J’y mettrai toute mon énergie, toute ma force de travail, et par-dessus tout mon engagement européen et progressiste. Je sais que ce sera exigeant, dur, que les attentes sont fortes et le scepticisme épais. Et pourtant nous n’avons pas le choix : nous devons faire de cette mandature de la Commission et du Parlement européen celle de la relance de l’Europe, sans contradiction avec le sérieux budgétaire qui s’impose et la conduite de réformes ambitieuses.

Tel est l’état d’esprit qui m’anime. La décision de François Hollande, je peux désormais l’avouer, ne m’a pas surpris, même si je lui en suis reconnaissant. Nous avions évoqué ce projet dès ma sortie du gouvernement, nous avions même parlé de cette hypothèse auparavant. Il a tenu son cap. C’est pour moi la continuité d’une vie publique qui s’est toujours située à l’interface entre la France et l’Europe. En effet, ma première élection au Parlement européen date de 1994 – déjà ! – j’ai ensuite été ministre des Affaires européennes, pendant cinq ans, puis représentant de la France à la Convention européenne, à nouveau député européen et vice-président du Parlement. Et à Bercy, on le sait, beaucoup de mon activité a été consacrée à la bataille difficile et décisive pour sortir de la crise de la zone euro, pour faire prévaloir la croissance sans renoncer au désendettement, pour réduire les déficits français sans entrainer la récession dans notre pays.

Le Président de la République souhaite que le futur Commissaire français soit une personnalité dont l’expérience, l’engagement européen et l’indépendance sont incontestables : j’aurai à cœur de ne pas décevoir, je m’en sens la capacité.

Je connais bien l’Europe, ses institutions, ses procédures, ses acteurs, j’ai beaucoup écrit sur le sujet. Bref, je crois sincèrement être prêt pour poursuivre ma vie politique sous d’autres formes, au niveau européen, en portant l’intérêt général de l’Union sans oublier mon pays et sans renier en quoi que ce soit mes convictions sociales-démocrates. Je crois qu’il s’agit là, contrairement à ce que certains disent un peu légèrement à droite, d’un parcours de nature à convaincre nos amis européens. J’ai d’ailleurs la conviction que le soutien au Commissaire français doit transcender les frontières partisanes, comme les socialistes français l’avaient montré avec Michel Barnier : les pro-européens ne peuvent pas se permettre, surtout après le succès du Front national le 25 mai dernier, de prendre l’Europe en otage de nos débats nationaux, et de se diviser sur ce terrain, au risque de voir l’audience de la France s’affaiblir. Le Président de la République souhaite que le futur Commissaire français soit une personnalité dont l’expérience, l’engagement européen et l’indépendance sont incontestables : j’aurai à cœur de ne pas décevoir, je m’en sens la capacité.

Je sais que cette désignation n’est qu’une étape, importante mais pas conclusive, dans la voie qui conduit à la prise de fonction de la nouvelle Commission. Il faut d’abord que soit constitué le Collège, d’ici au 30 août, sous la responsabilité de Jean-Claude Juncker. Je le connais bien, depuis longtemps, j’ai dit ici pourquoi il pouvait être un très bon Président de la Commission : nous travaillerons bien ensemble, j’en suis persuadé. Ensuite commencera un processus d’audition devant le Parlement européen. Je l’aborderai avec respect, avec humilité même, conscient du rôle de plus en plus grand de cette institution, dont j’ai été membre, avec la volonté de convaincre en portant un projet, une vision pour l’Europe, sa cohérence, son avenir. Je m’y préparerai avec détermination et rigueur, car je sais à la fois l’importance capitale de ces conditions et le degré d’exigence légitime des députés européens. Je travaillerai aussi à la constitution d’une équipe, d’un cabinet pour m’aider à accomplir la tâche qui m’attend.

Tout ceci annonce un été studieux, avec toutefois un peu de repos, car j’aurai besoin de toutes mes forces à la rentrée. Je mènerai alors de front la préparation aux responsabilités européennes et la poursuite de la mission parlementaire que m’a confiée le Premier ministre, consacrée à la mobilisation des politiques européennes pour la croissance et l’emploi, qui m’emmenait la semaine dernière encore à Prague. Ces deux activités, en vérité, n’en font qu’une : agir pour l’Europe et pour la France, avec la conviction simultanée qu’il n’y a pas d’avenir français sans Europe forte, pas d’avenir européen sans une France solide.

54 réflexions au sujet de « Fierté et responsabilité »

  1. fier aussi en tant que Franc contois. Je suis certain que que tu sauras te consacrer à fond dans cette mission!!

  2. Il va sans dire que P.MOSCOVICI est un homme de qualité qui a brillé tout au long de son mandat ministériel aux fiances et à l ‘économie et ce, malgré les difficultés dues aux crises qui frappaient l’Europe en cette et qui continue d’ailleurs avec des récessions dans plusieurs comme l’ESPAGNE, ITALIE,GRECE etc… Je suis convaincu qu’il fera ses preuves à la commission européenne où il dit avoir l’expérience nécessaire pour mener son combat à bon port. Ceci reste un défi pour lui et pour l’Europe bien sûr et nous tâcherons de le prendre au mot et sans complaisance aucune.

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