Au rendez-vous de l’Europe – Billet de blog

Au rendez-vous de l’Europe.

Trois semaines après mon entrée en fonction en tant que Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, à la Fiscalité et aux Douanes, je veux livrer ici mes impressions, présenter mon portefeuille ainsi que mes premiers dossiers, et partager quelques-unes de mes convictions sur les priorités européennes des cinq années à venir.

Le 1er novembre dernier, je suis devenu Commissaire européen, membre du collège présidé par Jean-Claude Juncker.

Le 1er novembre dernier, je suis devenu Commissaire européen, membre du collège présidé par Jean-Claude Juncker. Je m’étais préparé à ces fonctions, qui sont en réalité dans la continuité de mon engagement au service de mon pays et de l’Europe, depuis plus de 20 ans. Elles sont pour moi un aboutissement à la fois personnel et professionnel. On n’accède pas à de telles responsabilités par hasard, par réseau ou par calcul. L’Europe se mérite, les institutions européennes exigent un engagement total, tourné vers un projet juste et partagé. Mon mandat, celui de la Commission, dure cinq ans. Pendant ces années, je serai pleinement investi dans les fonctions exigeantes et passionnantes que j’ai prises. Je crois fermement en la méthode communautaire, j’ai un profond respect pour les institutions européennes : je connais bien leur fonctionnement pour en avoir été, au fil des années, un acteur au sein du Conseil des ministres ou au Parlement européen. J’ai la conviction que la Commission européenne est, justement, au cœur de cette méthode communautaire, et qu’elle a un rôle d’impulsion décisif à jouer – ou à retrouver –ces prochaines années, au service de l’intérêt général européen.

La Commission Juncker a rendez-vous avec l’Europe, avec ses citoyens : un rendez-vous de la dernière chance.

La Commission Juncker a rendez-vous avec l’Europe, avec ses citoyens : un rendez-vous de la dernière chance, dont les élections européennes du mois de mai dernier ont été un signal d’alarme préoccupant. Je compte être présent à ce rendez-vous, être à l’initiative, en force de proposition et d’action. Je veux porter, avec l’ensemble de la Commission, un nouveau projet ambitieux pour l’Union européenne, rejetant le cercle vicieux de l’austérité et de la récession. La Commission Juncker sera, j’en ai la conviction, plus politique, mieux organisée, plus dynamique que celles qui l’ont précédée, et qui ont aussi fait œuvre utile pour l’Europe. Elle doit être, elle sera celle du changement. Nous avons en effet l’obligation de ne pas décevoir. Et pour cela il faut agir différemment, faire plus, faire mieux. La Commission est un corps politique particulier, une sorte de gouvernement de coalition par nature, ou par essence, où cohabitent 28 Commissaires venant de tous les pays de l’Union, aux sensibilités politiques bien différentes : 14 conservateurs, 8 socialistes, 5 libéraux et… un britannique. La qualité des relations entre nous, la capacité à construire des compromis progressistes et efficaces sont et seront décisives. Les premières relations de travail au sein du collège sont extrêmement positives, car nous partageons un même sentiment de responsabilité et un devoir de réussite. En particulier, mes échanges avec les vice-présidents Jyrki Katainen et Valdis Dombrovskis, que chacun scrutait avec inquiétude ou gourmandise, en guettant les divergences ou les mésententes possibles, témoignent d’une volonté commune de faire avancer nos dossiers, en bâtissant une relation de confiance entre nous à partir de points de vue différents.

Nous ne pouvons pas nous permettre un nouveau rendez-vous manqué avec l’Europe. Ce serait une faute collective impardonnable que de trahir les espoirs des citoyens européens, que de ne pas faire advenir l’Europe des résultats qu’ils sont en droit d’attendre. Oui, l’Europe c’est la paix et la réconciliation, c’est la coopération, c’est le partage de valeurs et de projets. Mais cela doit désormais être plus encore, dans le contexte de désenchantement, de défiance de l’opinion, et d’abord de la jeunesse comme des couches populaires : les réussites concrètes, l’emploi, la croissance, le soutien à la jeunesse, ou encore les investissements dans des projets d’ampleur. Etre Européen ne doit pas être quelque chose d’abstrait, de lointain, de confus.

Le projet européen n’est pas une politique extérieure imposée aux Etats membres : l’Europe c’est vous, l’Europe c’est nous.

Il est temps de passer de la parole aux actes. Il est temps que l’Europe soit à nouveau une revendication, un espoir et une fierté de la part de nos concitoyens, et non perçue comme un problème ou une contrainte – c’est en réglant les problèmes et en produisant des résultats que nous y arriverons. Il est temps, aussi, que l’Europe ne soit plus perçue comme un élément externe, comme une excroissance indésirée. Le projet européen n’est pas une politique extérieure imposée aux Etats membres : l’Europe c’est vous, l’Europe c’est nous. Une Europe résolument moderne, prenant pleinement en compte les enjeux et les opportunités du numérique, de l’énergie, du développement durable. Une Europe qui développe et approfondit ses atouts, notamment l’Union économique et monétaire et le marché intérieur, tout en améliorant la justice sociale. Bref, c’est l’Europe de demain qu’il nous faut construire dès aujourd’hui.

La relance du projet européen passera d’abord par la relance économique du continent. J’ai le sentiment, et j’en suis fier, d’être à l’intersection des grands enjeux portés par le Président Juncker en matière économique, organisés autour du triptyque suivant : sérieux budgétaire – réformes – relance de l’investissement. Je serai en ce sens un acteur à part entière, en lien avec mes collègues Commissaires, du plan d’investissement de 300 milliards d’euros, annoncé par Jean-Claude Juncker pour stimuler la relance économique et créer des emplois. Nous ne pouvons plus constater sans agir le déficit d’investissement massif qui gangrène l’Europe. C’est pourquoi je souscris entièrement à la conception de ce plan, pour faire naitre l’Europe de l’investissement que j’appelle de mes vœux. Un plan ciblé sur les secteurs d’avenir et les infrastructures, un plan équilibré entre investissements privés – autant que possible – et investissements publics – si nécessaires, un plan qui sera mis en œuvre rapidement et dont la Banque européenne d’investissement sera un véritable bras armé. Je ferai également respecter nos règles communes européennes, sans interprétation excessivement créative ni dépassement de mes prérogatives, mais en intégrant les flexibilités permises par la législation et en les adaptant dans le contexte nouveau d’une Europe tournée vers l’investissement.

Après l’heure de la stabilisation nécessaire de la zone euro, le temps de la dynamique doit s’imposer pour l’économie de l’Union dans son ensemble.

J’ai désormais autorité sur deux directions générales stratégiques de la Commission – la Direction générale Affaires économiques et financières (ECFIN) et la Direction générale Fiscalité et Union douanière (TAXUD). Avec elles, je porterai tout au long de mon mandat un projet économique et politique fort. Après l’heure de la stabilisation nécessaire de la zone euro, le temps de la dynamique doit s’imposer pour l’économie de l’Union dans son ensemble. En matière de fiscalité, je défendrai avec force trois priorités : la taxe sur les transactions financières, la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, qui va de pair avec la mise en place de l’échange automatique d’information, y compris en matière de « tax rulings », et enfin l’harmonisation fiscale. Dans tous ces domaines, complémentaires, que couvre mon portefeuille, je l’ai déjà constaté durant ces premiers jours de mandat, mon agenda sera extrêmement rempli, mes dossiers seront lourds et exigeants, mes rencontres nombreuses, les décisions à prendre seront stratégiques et essentielles. Ma tâche ne sera pas simple : c’est aussi pour cela que je l’ai acceptée, comme je l’ai toujours fait dans mes différentes responsabilités.

Je change désormais de focale : celle d’un responsable européen qui a pour mission d’expliquer l’Europe à ses concitoyens, servant de relai des actions européennes dans son pays d’origine.

Commissaire européen, j’ai un devoir d’impartialité et d’indépendance, notamment vis-à-vis de mon pays, la France. Etre Commissaire européen, ce n’est pas abandonner la politique, c’est en faire autrement, à partir d’un autre point de vue. J’ai démissionné de tous mes mandats électifs, après 20 ans au service du Pays de Montbéliard, qui restera cher à mon cœur à mon esprit, mais je resterai présent dans le débat public, en Europe comme en France. Je suis socialiste, et je le resterai. Je suis Français, et je le demeurerai. Toutefois, comme je l’ai déjà dit, je ne suis et ne serai pas l’ambassadeur d’un pays ou d’un parti. Je ne suis pas un représentant ou un diplomate de la France envoyé à Bruxelles. Je serai à la tâche pour les 28 pays membres, au service de plus de 500 millions d’Européens. Bien entendu, je ne coupe pas les liens avec mon pays, je ne renie pas ma nationalité. Mais je change désormais de focale : celle d’un responsable européen qui a pour mission d’expliquer l’Europe à ses concitoyens, servant de relai des actions européennes dans son pays d’origine. La France doit comprendre qu’elle est plus forte pleinement intégrée en Europe, tout comme l’Europe est plus solide avec une France volontaire en son sein. Se marginaliser en Europe, c’est s’exclure de fait d’un cercle d’influence vital. La France ne doit sous aucun prétexte jouer le jeu des eurosceptiques, elle doit au contraire être plus que jamais au cœur du projet européen, à l’alimenter par des idées fortes et susceptibles d’être partagées. Bref, elle doit être, comme toujours aux temps forts de son histoire, un pays leader, dont la voix porte et compte. Je me rendrai de manière très régulière en France, à Paris et en Province, pour exercer cette mission d’explication, pour porter les succès de l’Europe, pour débattre avec nos concitoyens, connaître leurs aspirations et leurs craintes et m’efforcer d’y répondre.

Oui, je suis et je serai au rendez-vous de l’Europe, dans des fonctions qui m’engagent pour cinq ans.

Oui, je suis et je serai au rendez-vous de l’Europe, dans des fonctions qui m’engagent pour cinq ans. Ce rendez-vous, je m’y suis minutieusement préparé, et je m’y présente fort de mon expérience et de mes convictions profondément réformistes, progressistes et pro-européennes. J’ai le sentiment d’être au bon endroit, dans un moment décisif pour la réorientation du projet européen vers la croissance, l’emploi, l’investissement, la compétitivité, pour une rencontre attendue avec les Européens. J’invite chacun et chacune de vous à prendre part à ce rendez-vous. Et je poursuivrai avec vous le dialogue sur ce blog, dans ces nouvelles responsabilités.

17 réflexions au sujet de « Au rendez-vous de l’Europe – Billet de blog »

  1. CHER AMI
    JE VOUS AI TOUJOURS APPRECIE.
    MEILLEURS VOEUX DE SUCCES.
    JP MALINVERNI

  2. Bien. Je vous fais confiance pour le programme, mais pourrez-vous le réaliser? Les lobbys des grandes entreprises sont très puissants!

    J’espère que des investissements importants pourront se mettre en place, mais j’attends les résultats

  3. À vous lire, je trouve un homme sûr de ses convictions, connaissant parfaitement ses dossiers. Je suis sûr que vous réussirez mais seulement à condition que l’Europe s’ouvre d’avantage à l’Afrique , continent de toutes les perspectives même si aujourd’hui les données sont mauvaises (crises au Sahel, boko Aram au Nigeria, guerres civiles que sais je encore. Mais l’Afrique dans les années à venir sera le nouveau pool de développement du monde. Le problème de l’Afrique c’est le manque de démocratie mais les peuples déçus de leurs dirigeants commencent à s’assumer comme au Burkina Faso . Moi aussi je suis un africaniste convaincu.

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