Mon discours hier à la Représentation de la Commission en France

Je me suis exprimé hier au siège de la Représentation de la Commission européenne en France, à Paris, sur les enjeux et les défis de la Commission Juncker. J’y ai présenté, aux côtés du Secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes Harlem Désir, et devant un public de responsables et d’acteurs européens en France, ma vision de mon rôle de Commissaire européen et les grandes priorités de mon mandat.

 

Représentation de la Commission européenne à Paris

26 novembre 2014

Monsieur le Secrétaire d’Etat, cher Harlem,

Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Présidents et directeurs,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

C’est un plaisir pour moi de m’exprimer ici, dans cette salle, devant vous. Je remercie la Représentation de la Commission européenne en France pour l’organisation de cet évènement, auquel a été très justement associé mon collègue et ami Harlem Désir. Je vous remercie aussi, vous qui êtes là ce soir, pour votre présence cordiale. Preuve que l’Europe fédère, preuve que l’Europe unit, je sais que nous partageons une même conviction pro-européenne, une même exigence de réussite. Nous sommes tous, vous êtes tous, des acteurs de la concrétisation d’une Europe plus forte, plus proche et plus moderne, plus concrète dans ses résultats, plus vivante et plus démocratique.

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Etre Commissaire européen aujourd’hui, qu’est-ce que c’est ? Je veux vous livrer quelques-unes des convictions qui guident mon action.

Etre Commissaire européen, c’est d’abord faire partie d’un collège qui a une tâche historique : la concrétisation d’une nouvelle Europe, dont les citoyens pourront à nouveau revendiquer avec force les réussites effectives.

Etre Commissaire européen, c’est d’abord faire partie d’un collège qui a une tâche historique : la concrétisation d’une nouvelle Europe, dont les citoyens pourront à nouveau revendiquer avec force les réussites effectives. Ce collège présidé par Jean-Claude Juncker, je suis fier d’en être membre. Dans ce moment charnière pour l’Europe, c’est une équipe plus politique, plus dynamique, plus ambitieuse qui est à la barre. Pour mener le bateau européen à bon port, notre cap est celui de la croissance, de l’emploi, du progrès social, de la justice. Nos méthodes de travail fondées sur la collégialité, la coopération, et la confiance mutuelle nous permettrons, j’en suis d’ores et déjà convaincu, d’avancer ensemble dans la bonne direction. Nous le devons aux citoyens européens, pour répondre aux attentes et aux inquiétudes exprimées lors des dernières élections européennes. Dans cette « Commission de la dernière chance », c’est dès aujourd’hui qu’il faut construire l’Europe de demain : non plus uniquement fondée sur les belles réussites de paix, de partage de valeurs et de droits, mais reposant aussi sur un socle de progrès effectifs directement mesurables dans le quotidien de chacun.

J’ai la responsabilité d’un double portefeuille : affaires économiques et financières d’une part, fiscalité et union douanière d’autre part. Ces deux volets sont intimement liés et étroitement complémentaires.

Etre Commissaire européen, c’est être en charge d’un portefeuille spécifique, c’est porter des dossiers concrets. Dans mon cas, un portefeuille stratégique, lourd et important, qui exige une attention et un engagement de tous les instants. J’ai en réalité la responsabilité d’un double portefeuille : affaires économiques et financières d’une part, fiscalité et union douanière d’autre part. Ces deux volets sont intimement liés et étroitement complémentaires. Ils sont dès à présent, en raison du contexte économique et de la rentrée de la nouvelle Commission, au cœur du programme de réformes porté par le Président Juncker. Ils sont la préfiguration d’un futur Trésor européen, comme il en existe dans tous nos Etats membres.

En matière économique, je suis en première ligne pour remettre l’Europe sur la voie de la croissance, autour de trois axes indissociables : sérieux budgétaire, réformes, et relance de l’investissement. Je vous dirai dans un instant quelques mots du plan d’investissement qui a été présenté aujourd’hui par Jean-Claude Juncker au Parlement européen. Nous avons le devoir de lutter contre le risque d’une décennie perdue, contre une croissance durablement faible, contre le fléau du chômage. J’entends utiliser tous les moyens à ma disposition pour créer les conditions d’un environnement macroéconomique porteur, fondé sur une monnaie unique stable et des finances publiques saines.

Je m’engage à être à l’offensive dans ce combat politique et personnel contre la fraude, l’évasion et l’optimisation fiscales ainsi qu’en matière d’érosion des assiettes d’imposition et de transferts de profits.

En matière fiscale et douanière, mon mandat est d’aller vite et fort. Nos concitoyens n’acceptent plus, à juste titre, les pratiques du passé, les fraudes et les pertes d’efficacité. Je m’engage donc à être à l’offensive dans ce combat politique et personnel contre la fraude, l’évasion et l’optimisation fiscales ainsi qu’en matière d’érosion des assiettes d’imposition et de transferts de profits. Ma feuille de route n’est en aucun cas restrictive : au contraire, le contexte actuel nous donne l’opportunité d’être exemplaires en matière fiscale. La justice, l’équité, l’échange automatique d’informations doivent devenir la règle. Je présenterai au début de l’année prochaine une proposition de directive permettant une transparence accrue sur les tous « rulings », où qu’ils existent en Europe, avec la volonté, sur ce sujet majeur comme sur les autres dossiers couverts par mon portefeuille, d’être en première ligne, au service de l’intérêt général européen.

Je ne suis pas l’ambassadeur de la France auprès de l’UE : elle en a un, et ma tâche est plus large, c’est de veiller, à l’échelle de l’Europe à 28, à l’intérêt général européen.

Etre Commissaire européen, c’est être indépendant et impartial bien sûr, mais c’est aussi savoir parler d’Europe dans son pays d’origine. Je suis Français, comment et pourquoi le nier ? Je veux garder un lien constant avec mes concitoyens et avec les acteurs européens, à Paris et en Province, notamment au cours d’évènements tel que celui qui nous réunit ce soir. Je ne suis pas l’ambassadeur de la France auprès de l’UE : elle en a un, et ma tâche est plus large, c’est de veiller, à l’échelle de l’Europe à 28, à l’intérêt général européen. Je conçois ma mission un peu comme celle d’un ambassadeur de la Commission européenne en France : j’expliquerai aussi souvent que possible, aussi souvent que nécessaire aussi, tout ce que notre institution réalise pour améliorer le quotidien de nos concitoyens et la vie de nos entreprises. J’intervenais par exemple cet après-midi au Congrès des Maires de France, expliquant la nécessité de dépasser la critique d’une Europe souvent perçue par nos élus locaux comme à la fois trop lointaine et trop intrusive. Il y a un effort de pédagogie important à mener sur le plan des actions européennes, et je veux y prendre toute ma part. Bien sûr, un interprète qui n’a rien à traduire ne peut exercer convenablement sa mission. C’est pourquoi on doit plus que jamais délivrer des résultats, conjuguant les missions d’acteur et d’interprète, missions au service desquelles vous serez ici en France, chacune et chacun dans vos responsabilités, des partenaires essentiels.

Si je ne renie pas mon pays, je ne renie pas non plus mes convictions politiques : elles sont sociales-démocrates. Quoi de plus normal ? La Commission est un organe politique. Elle repose sur le soutien d’une large coalition au sein du Parlement européen. Mes collègues incarnent les idées conservatrices ou libérales au sein de la Commission. Fidèle à cette ligne, j’impulserai une dynamique progressiste au projet européen. Mais je travaillerai toujours avec impartialité et dans l’esprit de collégialité qui doit être celui de la Commission : il s’agit bien de construire des compromis, des consensus. Pas d’imposer des idéologies. Et collectivement, nous définirons ensemble – nous le faisons déjà sur les questions économiques – l’intérêt général européen.

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Voilà pour les grands principes qui guident dès à présent mon action de Commissaire. J’ai le sentiment d’être au bon endroit, au bon moment et de pouvoir peser dans l’avenir de notre continent. Oui, la Commission a pris, j’en ai la conviction, un bon départ. Des actions rapides sont menées, des plans concrets sont proposés.

Parce que la croissance ne peut être durablement soutenue sans investissement, la Commission crée un plan majeur, sans précédent dans son contenu et son calendrier, afin de concrétiser « l’Europe de l’investissement ».

C’est le cas du paquet qui a été présenté aujourd’hui au Parlement européen à Strasbourg par le Président Juncker. Parce que la croissance ne peut être durablement soutenue sans investissement, la Commission crée là un plan majeur, sans précédent dans son contenu et son calendrier, afin de concrétiser « l’Europe de l’investissement ». Un plan de 315 milliards d’euros pour l’économie réelle au cours des trois prochaines années. Il comportera trois volets : mobilisation de financements supplémentaires pour l’investissement ; réserve de projets crédibles et viables possédant une réelle valeur ajoutée européenne qui profite à l’économie réelle, associés à une assistance technique pour canaliser les fonds là où ils sont nécessaires ; et enfin troisième volet : une feuille de route ambitieuse pour lever les obstacles à l’investissement. La volonté politique est décisive pour lutter contre le fossé d’investissement dont souffre l’Europe : ce plan associe judicieusement les propositions de la Commission et l’appui de la Banque européenne d’investissement dans cette direction. Bref, nous avons là un plan d’investissement ambitieux et novateur, crédible et réaliste, ciblé sur les secteurs d’avenir que sont notamment l’énergie, le numérique, les transports, la recherche et l’innovation. En somme, un plan à l’image de cette nouvelle Commission, portant le signal fort que les temps ont changé en Europe.

J’ajoute qu’outre le paquet investissement présenté aujourd’hui, l’ensemble des opinions sur les budgets de la zone euro sera adopté vendredi. L’objectif poursuivi est juste : continuer à inciter les pays qui le doivent à faire les efforts nécessaires, dans la durée, sans entrer dans une logique punitive automatique qui serait contreproductive. Il n’y a au sein du collège de Commissaires ni faucon, ni colombe. Je travaille bien avec les vice-Présidents Dombrovskis et Katainen. Dans mes responsabilités en matière de respect des règles budgétaires européennes, vous pourrez compter sur moi pour chercher le bon équilibre : ni excessivement sévère, ni trop indulgent, mais arbitre sérieux et impartial, agissant au nom de nos règles communes en tenant compte des flexibilités que le Pacte de stabilité prévoit. Sur ce point, ma conviction est que si nous voulons travailler à la crédibilité de ces règles, nous devons contribuer à leur simplification. Nous aurons l’occasion d’y travailler et d’en reparler.

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Il est aujourd’hui « moins cinq » sur l’horloge européenne : soit nous réussissons dans nos missions et portons une Union européenne renouvelée, soit le projet européen aura vécu.

J’en suis convaincu, et j’espère que vous l’êtes aussi, nous avons pris toute la mesure de la mission décisive qui est la nôtre pour ces cinq prochaines années en Europe. Dans ce contexte, l’Europe a besoin d’une France forte en son sein, tout comme la France ne peut s’éloigner de ce cercle d’influence vital. Il est aujourd’hui « moins cinq » sur l’horloge européenne : soit nous réussissons dans nos missions et portons une Union européenne renouvelée, soit le projet européen aura vécu, avec le risque d’un éloignement définitif de la part des citoyens et d’une généralisation des thèses europhobes. Parce que pour les pro-européens que nous sommes, seule la première option est envisageable, c’est par nos actes, dès aujourd’hui, que nous ferons mentir les Cassandre de l’Europe et que nous porterons à nouveau haut et fort la voix et les ambitions des pères fondateurs de ce magnifique projet qu’est l’Union européenne.

Mesdames et Messieurs, chers amis, nous sommes à la croisée des chemins en Europe. Le temps des interrogations doit laisser la place au temps de l’action. Je veux travailler avec vous sur ces bases dans les cinq prochaines années. Chacun de vous, Ambassadeurs, journalistes, élus, représentants de la société civile, est utile dans ce projet collectif. Pour réussir dans cette tâche, je sais pouvoir compter sur le volontarisme pro-européen de chacune et de chacun de vous. Je serai à votre écoute, avec l’ensemble de mon cabinet, afin de consolider une relation de confiance et de coopération, toute entière tournée vers les succès de l’Europe.

Je vous remercie.

[Seul le prononcé fait foi]

16 réflexions au sujet de « Mon discours hier à la Représentation de la Commission en France »

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