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Mon interview dans La Revue du Trombinoscope

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International | Par pierre.moscovici | 17/12/2014 à 16:03

Mon interview parue aujourd’hui dans La Revue du Trombinoscope est à lire ci-dessous. Investissement, croissance, économie européenne, lutte contre la fraude et l’optimisation fiscales, déficits, ou encore France : mes réponses dans cet entretien.

L’investissement sera l’un des premiers leviers activés par la nouvelle Commission pour relancer l’économie au sein de l’UE. Quel est votre diagnostic concernant l’économie européenne ?

Le temps de la stabilisation de la zone euro doit laisser place à celui de la dynamisation de l’économie européenne.

L’économie européenne est aujourd’hui marquée par une faible croissance et une faible inflation, par le poids des dettes privées et publiques, par un taux de chômage encore trop élevé, mais aussi par un niveau d’investissement qui ne répond pas aux enjeux économiques à relever. Nous ne pouvons pas dresser le constat de faiblesses actuelles sans réagir : le temps de la stabilisation de la zone euro doit laisser place à celui de la dynamisation de l’économie européenne.

Le précédent plan d’investissement de 120 milliards d’euros, lancé en 2012, n’a pas eu l’impact attendu. En relançant un plan d’investissement de 315 milliards d’euros sur trois ans, que changez-vous dans la méthode pour le rendre plus efficace ?

Il est vrai que le plan d’investissement de 120 milliards d’euros lancé en 2012 n’a pas eu l’ampleur et l’effet escomptés. Il a cependant été utile, constituant un premier pas, une première étape, en associant étroitement la Banque européenne d’investissement (BEI). C’est cette dynamique que nous amplifions considérablement aujourd’hui, pour construire une véritable Europe de l’investissement.

Le plan Juncker est un marqueur politique majeur, afin de remettre l’Europe en marche.

Le plan Juncker est un marqueur politique majeur, afin de remettre l’Europe en marche. Il se base sur de nouveaux outils, notamment le Fonds européen pour les investissements stratégiques de 21 milliards d’euros, constitué d’une garantie de 16 milliards d’euros du budget de l’Union européenne auxquels s’ajoutent 5 milliards d’euros engagés par la BEI. L’effet de levier escompté permettra de réunir 315 milliards d’euros de financements publics et privés sur trois ans. Je ne doute pas que nous réussirons à mobiliser ces ressources pour soutenir des projets d’investissements concrets. Nous agissons aussi sur la suppression des obstacles financiers à l’investissement, pour créer un environnement plus propice et plus simple en Europe, et sur la mise en place d’instruments financiers améliorés.

Comment les projets d’investissement vont-ils être sélectionnés ?

Chaque projet sélectionné contribuera à consolider les atouts et les talents européens, en soutenant l’innovation et le développement.

La sélection des projets d’investissement, en lien étroit avec la Banque européenne d’investissement, est un volet essentiel du succès de ce plan. Ces projets seront retenus en fonction de leur utilité réelle au service de l’intérêt général européen. Ils seront ciblés, en particulier dans les infrastructures de transport, d’énergie ou le numérique, mais aussi dans les secteurs de la recherche et de l’économie de la connaissance. Ce plan est à la fois tourné vers les investissements à long terme et vers les petites et moyennes entreprises. Chaque projet sélectionné contribuera, c’est notre feuille de route, à consolider les atouts et les talents européens, en soutenant l’innovation et le développement. Investir, c’est préparer dès aujourd’hui le futur de l’Europe.

Peut-on relancer l’investissement tout en réduisant les déficits ?

Il n’y pas de maîtrise de la dette sans croissance, et en particulier sans investissement.

Oui. Je refuse l’opposition simpliste entre sérieux budgétaire et croissance économique. Il n’y a pas de croissance économique sans maîtrise de la dette et des déficits. Les États de la zone euro sont endettés à près de 100% de leur PIB, ce qui pèse sur leur croissance et les rends vulnérables aux caprices des marchés. Pour autant, il n’y pas de maîtrise de la dette sans croissance, et en particulier sans investissement. C’est pour cette raison que la Commission a fait de la relance de l’investissement une de ses priorités – et que nous nous sommes donné des moyens financiers nouveaux et innovants avec le Plan d’investissement de 315 milliards d’euros présenté par le Président Juncker. Ce plan va nous permettre d’amorcer le comblement du déficit d’investissement qui affecte nos économies et pèse sur notre croissance future.

Depuis des années, les prévisions de croissance sont toujours plus optimistes que les chiffres réels. Ne serait-il pas temps d’élaborer une stratégie financière basée sur un scénario de stagflation durable pour être plus réaliste ?

Nous pensons que l’économie européenne a les ressorts pour rebondir mais que les justes décisions de politique économique doivent être prises pour changer de régime de croissance.

Sur longue période, je ne crois pas qu’on puisse mettre en évidence, en tous cas à la Commission, de biais optimiste sur les prévisions de croissance. Depuis le début de la crise, il est vrai que nous avons pu collectivement sous-estimer l’atonie de la croissance. Les dernières prévisions de la Commission que j’ai présentées à mon arrivée début novembre tentent précisément d’apprendre des erreurs passées – et c’est l’une des raisons pour lesquelles elles sont assez peu allantes sur les perspectives de reprise immédiate. Pour autant, le scenario de stagnation n’est pas le nôtre. Nous pensons que l’économie européenne a les ressorts pour rebondir mais que les justes décisions de politique économique doivent être prises pour changer de régime de croissance. Cela exige de la coordination, car nos économies sont fortement interdépendantes. Coordination des politiques budgétaires, mais aussi coordination des réformes structurelles. C’est ce à quoi la nouvelle Commission s’est attelée sans attendre depuis début novembre.

Parmi vos priorités se trouve la lutte contre la fraude et l’optimisation fiscale, or l’affaire Luxleaks vient porter un sérieux coup à la crédibilité de Jean-Claude Juncker sur ce sujet, et par-là même à votre travail…

La lutte contre la fraude fiscale et l’optimisation fiscale constitue pour moi une priorité à la fois politique et éthique.

La lutte contre la fraude fiscale et l’optimisation fiscale constitue pour moi une priorité à la fois politique et éthique. Je suis convaincu qu’une nouvelle ère doit s’ouvrir, mettant fin à des pratiques devenues inacceptables pour nos concitoyens et qui affectent directement l’efficacité économique en Europe et dans le monde.

La fiscalité est un volet important de mon portefeuille, qui a été placé en haut de l’agenda de la Commission européenne, en réponse notamment à l’affaire Luxleaks. Cette dernière nous engage à être à l’offensive contre l’optimisation fiscale, à envoyer des signaux clairs sur notre volonté de produire des résultats rapides. Je porterai début 2015 une directive européenne sur les accords de rescrit fiscal pour imposer l’échange automatique d’informations et la transparence, avec la confiance du Président Juncker dont je partage pleinement le volontarisme et l’ambition en matière fiscale.

Le déficit français a encore fait des remous dernièrement, notamment avec la tribune très vive de Günther Oettinger, qui a qualifié le pays de « déficitaire récidiviste ». Qu’attendez-vous de la France, dispose-t-elle encore de leviers supplémentaires pour accélérer un retour aux 3% de déficit ?

La Commission – et l’ensemble de ses partenaires européens – attend de la France qu’elle réussisse à redresser son économie pour redevenir l’une des locomotives du continent.

La Commission – et l’ensemble de ses partenaires européens – attend de la France qu’elle réussisse à redresser son économie pour redevenir l’une des locomotives du continent. Cela passe entre autres, mais pas uniquement, par la maîtrise des déficits, déjà engagée mais qui doit aboutir effectivement au retour sous les 3% prévu par nos règles communes. Naturellement, la France en a les moyens – répondre par la négative reviendrait à affirmer que le pays a perdu la maîtrise de son destin ! Début 2015, la Commission proposera au Conseil une nouvelle trajectoire pour la France dans un esprit à la fois de réalisme et d’exigence.

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