Discours de voeux pour 2015 : une nouvelle année, un nouvel élan en Europe

J’ai présenté hier mes vœux aux acteurs européens en France, à la Représentation de la Commission européenne à Paris. J‘ai délivré, en ce début 2015, un message de combativité et d’espoir pour l’Europe, une semaine après les attaques barbares qui ont touché la France. J’ai aussi souligné que 2015 doit être une année de réorientation du projet européen vers plus de croissance et plus d’emplois, pour faire de l’Europe des projets une Europe des succès.

Je vous invite à lire ci-dessous mon discours :


UNE NOUVELLE ANNÉE, UN NOUVEL ÉLAN POUR L’EUROPE

15 janvier 2015

Chers amis,

En dépit du contexte tragique que traverse notre pays – ou plutôt peut-être a fortiori compte tenu de ce contexte – j’ai souhaité vous réunir ce soir afin de vous adresser mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Je vous remercie d’avoir répondu présent.

Je vois qu’il y a de nombreux journalistes dans cette salle, et je tiens à vous exprimer, après les attaques de la semaine dernière où votre profession a été particulièrement visée, mon soutien entier pour le travail quotidien que vous réalisez, au service de l’information de nos concitoyens. Vous êtes des vigies démocratiques indispensables. La liberté fait partie de la devise de la République française, elle est au cœur de nos démocraties. Elle est pour nos sociétés, au premier chef en Europe, un bien précieux, vital. Et la liberté d’expression, essentielle, doit impérativement être respectée, défendue et s’il le faut protégée. Prendre un crayon ou prendre la plume, informer, débattre, critiquer et éclairer : rien ne doit jamais aller contre cette liberté, aucune pression ne doit jamais censurer les esprits.

Lorsque j’avais envisagé ces vœux en décembre, j’avais à cœur de venir vous transmettre un message de combativité et d’espoir pour l’Europe. Ma volonté est encore plus tenace aujourd’hui.

Depuis le 7 janvier dernier, nous sommes tous Charlie, nous sommes tous Français, nous sommes aussi tous Européens.

La barbarie terroriste qui a coûté la vie à dix-sept personnes la semaine dernière, dont je salue avec émotion la mémoire, est une attaque contre la France, mais pas seulement. C’est une attaque contre nos valeurs fondamentales, contre les libertés sur lesquelles l’Europe s’est bâtie depuis deux siècles. Depuis le 7 janvier dernier, nous sommes tous Charlie, nous sommes tous Français, nous sommes aussi tous Européens. L’Union européenne et chacun de ses Etats-membres se sont tenus aux côtés de la France après ces actes effroyables et continueront de le faire. La présence à Paris, dimanche, du Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, du Président du Conseil européen, Donald Tusk, de nombreux Chefs d’Etat et de Gouvernement, a été le témoignage de l’incroyable émotion, du puissant mouvement de solidarité qui s’est levé partout sur notre continent, et bien au-delà.

J’ai été fier que des millions de personnes se soient rassemblés sereinement pour faire face à la barbarie, et reconnaissent que Paris ait été, le 11 janvier, comme l’a dit le Président de la République, François Hollande, « la capitale du monde ». Je veux aussi dire aux autorités françaises, que j’ai servies, à quel point leur attitude pendant ces moments difficiles aura fait honneur à la République. L’unité nationale, chacun le sait, n’a qu’un temps, et le débat politique reprendra ses droits – c’est la richesse de nos démocraties ! Mais je souhaite, comme le Premier ministre Manuel Valls, qu’il y ait bien un avant et un après 11 janvier. L’Europe doit aussi tirer de ces évènements des leçons pour l’avenir.

Ceux-ci, d’abord, nous appellent à renforcer encore plus le combat contre toute forme de terreur en Europe. C’est pourquoi, le Président Juncker a annoncé sa volonté de proposer un nouveau programme de lutte contre le terrorisme et le sommet européen du 12 février sera consacré à cet enjeu. La Commission européenne est déterminée à jouer pleinement son rôle, aux côtés des Etats-membres, pour combattre le terrorisme.

Mais, après le temps du recueillement, se posera la question de notre rôle et de notre responsabilité. Ces terroristes sont Français, ils sont Européens, ils ont été élevés sur notre sol. Il faut alors se demander ce qui a échoué, ce qui les a conduits à cette explosion haineuse et destructrice, tout comme ce qui pousse des centaines de jeunes Européens à s’engager dans l’impasse du djihad.

J’évoquais tout à l’heure la combativité et l’espoir. Ils sont plus que jamais d’actualité.

Combativité, car ce drame pose des questions d’éducation, d’intégration, d’emploi, qu’il faudra avoir le courage d’affronter sincèrement afin d’y apporter les meilleures réponses possibles. En tant que Commissaire européen aux Affaires économiques et financières, à la Fiscalité et à l’Union douanière, je ne m’y déroberai pas. Je suis convaincu que lorsque, dans certains endroits, le chômage des jeunes atteint 50%, c’est un échec du projet européen, un danger pour la paix sociale, un terreau pour la désespérance et pour les manipulations qui, ensuite, peuvent engendrer la violence. Et c’est, en toute hypothèse, inacceptable : nous devons un avenir à notre jeunesse.

La nouvelle Commission européenne dont je suis membre s’est fixée comme priorité la relance de l’emploi et de la croissance.

C’est pour cela que la nouvelle Commission européenne dont je suis membre s’est fixée comme priorité la relance de l’emploi et de la croissance. Car l’emploi est une arme de paix. C’est une condition sine qua non pour que nous puissions vivre en harmonie, dans un Etat de droit respecté, autour de projets partagés.

Je veux aussi délivrer un message d’espoir. Car la manière dont tous les peuples européens ont réagi suite à ces attentats, dans une grande et même solidarité, dans une grande et même unité, est bien la preuve que l’Europe existe toujours, qu’elle signifie encore quelque chose, et qu’elle sait faire bloc quand l’essentiel est en danger.

Ceci peut vous apparaître comme une évidence ou un poncif. Et pourtant ! C’est une chance et un espoir que l’Europe soit unie par des valeurs fondamentales et – on l’a vu ce weekend – non négociables. Mais le socle est fragile. Les dernières élections européennes et la montée des populismes attestent que le projet européen est discuté, qu’il a besoin de convaincre les peuples, le peuple européen, pour retrouver toute sa force, pour conserver toute sa légitimité. Les citoyens s’impatientent, ils veulent des progrès rapides et concrets, des réussites tangibles. C’est la raison pour laquelle le Président Juncker a baptisé cette nouvelle Commission européenne « la Commission de la dernière chance ». Soit nous réussissons à répondre aux attentes des citoyens, à relancer véritablement la croissance et l’emploi au cours des cinq prochaines années, soit ils se détourneront définitivement de l’Europe.

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La Commission européenne, qui a pris ses fonctions le 1er novembre dernier, a pleinement conscience de cette responsabilité historique, et n’a pas perdu de temps

La Commission européenne, qui a pris ses fonctions le 1er novembre dernier, a pleinement conscience de cette responsabilité historique, et n’a pas perdu de temps, notamment dans le champ économique, au cœur duquel se déploie mon portefeuille.

Dès le mois de novembre, seulement 26 jours après notre entrée en fonctions, nous avons présenté un plan d’investissement de 315 milliards d’euros. Ce plan ambitieux, sans précédent, est voué à combler une partie du déficit actuel dans ce domaine, en soutenant des projets utiles à la croissance, en particulier dans les infrastructures et les secteurs d’avenir. 50 jours plus tard, c’est-à-dire mardi dernier, la Commission a adopté une proposition législative créant un Fonds européen pour les investissements stratégiques. Elle devrait être adoptée par le Parlement européen et le Conseil au printemps afin que le Fonds puisse être opérationnel au second semestre. Ce plan Juncker sera le troisième poumon de l’économie européenne. Il traduit un vrai changement dans notre réponse à la crise : remettre l’économie en route, ce n’est pas seulement assainir les finances publiques et engager les réformes structurelles nécessaires, c’est aussi pouvoir investir dans des secteurs clé avec des effets attendus sur la croissance et l’emploi.

Nous avons besoin de règles budgétaires communes. L’enjeu est désormais de parvenir à les appliquer avec davantage de discernement et d’intelligence afin de soutenir la croissance.

Ce mardi également, j’ai présenté, avec mon collègue Valdis Dombrovskis, une communication qui doit permettre d’exploiter pleinement la flexibilité compatible avec les règles du Pacte de Stabilité et de Croissance, afin de favoriser l’investissement et la création d’emplois. Il a notamment été décidé que les contributions nationales au Fonds européen pour les investissements stratégiques ne seront pas comptabilisées quand nous examinerons le critère des déficits et de la dette, ce qui constituera une incitation puissante pour encourager les Etats-membres à investir dans le Fonds. Les réformes structurelles sont également encouragées, et les conditions économiques mieux prises en compte. Ceci aussi révèle un tournant. Nous avons besoin de règles budgétaires communes. Il ne faut pas oublier qu’elles ont permis le retour de la confiance du reste du monde envers la zone euro au plus fort de la crise et, surtout, plus de solidarité entre les Etats membres. Mais l’enjeu est désormais de parvenir à les appliquer avec davantage de discernement et d’intelligence afin de soutenir la croissance.

En matière de sérieux budgétaire et de réformes structurelles, cette nouvelle Commission a choisi d’adopter une approche plus dynamique, accompagnant les Etats-membres dans la mise en œuvre de leur feuille de route, et privilégiant l’incitation à la sanction pour parvenir aux réformes nécessaires.

A ce sujet, je souhaite être clair. Oui, je suis Français, et j’ai pour mon pays, et encore davantage en ce moment, un attachement très fort, j’ai avec lui un lien très étroit. Je suis cependant, et c’est mon devoir, objectif et impartial dans mes échanges réguliers avec les responsables Français. Je mène avec eux un dialogue constructif dont je souhaite qu’il aboutisse à un compromis satisfaisant dans les prochaines semaines.

Comme l’a dit Manuel Valls lors de la présentation de la Loi pour la Croissance et l’activité, la France doit faire des réformes d’abord pour elle-même, pour qu’elle renoue avec la compétitivité, pour qu’elle recouvre durablement la croissance. Les réformes annoncées dans le cadre de cette loi sont un premier pas dans la bonne direction puisqu’elles répondent en partie aux recommandations faites par le Conseil à la France en juillet 2014.

La Commission examine actuellement, jusqu’à début mars 2015, les progrès réalisés vis-à-vis du Pacte de Stabilité et de Croissance. Nous le faisons à la lumière des critères suivants : l’exécution budgétaire pour 2014, l’exécution de la loi de finances pour 2015 et la documentation détaillée du programme de réformes structurelles annoncées par le Premier ministre dans sa lettre du 21 novembre dernier. Nous effectuons le même travail d’examen minutieux et impartial pour la Belgique et pour l’Italie. Et, début mars, nous en tirerons les conclusions, sur la base d’échanges approfondis et objectifs.

La Commission agit aussi en Grèce, où le programme d’aide a été prolongé de deux mois en attendant les résultats des élections du 25 janvier prochain, et en Ukraine, avec l’annonce cette semaine d’une aide additionnelle sous forme de prêts de 1,8 milliards d’euros. Nous sommes mobilisés pour aider économiquement et financièrement l’Ukraine à faire face aux difficultés majeures auxquelles elle est confrontée, notamment la faiblesse de sa balance des paiements et de sa situation budgétaire. Cette solidarité européenne avec le peuple ukrainien va de pair avec un agenda de réformes économiques nécessaire pour que l’économie ukrainienne reparte sur de nouvelles bases.

La lutte contre l’évasion et l’optimisation fiscales est pour moi un combat de longue date.

Enfin, la Commission est à l’offensive sur le plan fiscal. Je présenterai dans les prochaines semaines une directive sur l’échange automatique d’informations sur les « tax rulings ». La lutte contre l’évasion et l’optimisation fiscales est pour moi un combat de longue date, que je ne suis pas prêt d’abandonner, bien au contraire. Je souhaite également remettre sur les rails le projet d’une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les bénéfices des entreprises en Europe, car je suis convaincu que simplifier le système actuel aidera à débrider l’activité économique européenne. Par ailleurs, je suis prêt à contribuer au succès indispensable d’une coopération renforcée créant une taxe sur les transactions financières, qui marquera un progrès pour le financement du développement et de la lutte contre le réchauffement climatique.

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La ligne sociale-démocrate, que je défends avec d’autres, pèse et oriente les décisions prises.

Tout ceci vous dit que la Commission est au travail, résolument engagée dans la bataille pour la croissance et l’emploi. C’est aussi la preuve que la ligne sociale-démocrate, que je défends avec d’autres, pèse et oriente les décisions prises. Nos idées progressistes et réformistes commencent à être davantage entendues en Europe et je veux y contribuer. Il faut désormais augmenter le volume.

Car ces réformes ne sont qu’une première étape. Nous avons amorcé une réorientation de l’économie européenne, mais celle-ci doit impérativement se prolonger et prendre de l’ampleur. 2015 doit être une année de changements, une année d’offensive. Nous devons aller plus loin pour stimuler l’investissement, plus loin pour renforcer la gouvernance de la zone euro, plus loin pour l’harmonisation fiscale. Le chantier de la convergence économique et sociale au sein de la zone euro, laissé en jachère depuis trop d’années, doit être relancé. A moyen terme, il faudra aussi impérativement approfondir l’Union économique et monétaire, et notamment réfléchir à la transparence et à la simplicité de nos règles.

Au cours de cette année qui s’ouvre, je m’attèlerai à tous ces défis avec énergie et détermination afin que ce nouvel élan réformiste se confirme et se propage.

 

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Mais l’Europe a aussi besoin de vous. L’Union européenne ne doit surtout pas se retrancher derrière ses institutions et devenir l’apanage de quelques-uns. Elle doit continuer d’être, elle doit devenir plus encore, un projet commun, un projet citoyen, un projet accessible, à l’écoute, en constante évolution.

L’Europe a plus que jamais besoin d’intellectuels pour la penser, d’architectes pour la construire, de pédagogues pour l’expliquer, de relais locaux pour la rapprocher des citoyens.

Si j’ai souhaité vous rassembler ce soir, c’est aussi et surtout pour cela, pour vous remercier de votre engagement et de votre implication au service de l’Europe. Vous êtes des acteurs précieux, indispensables, pour faire vivre et grandir le projet européen. Dans cette période charnière, l’Europe a plus que jamais besoin d’intellectuels pour la penser, d’architectes pour la construire, de pédagogues pour l’expliquer, de relais locaux pour la rapprocher des citoyens.

Je sais pouvoir compter sur le volontarisme pro-européen de chacune et de chacun de vous, et je souhaite ardemment consolider la relation de confiance et de coopération qui nous lie. En 2015 plus encore qu’en 2014, je serai disponible aussi bien pour expliquer mon action et celle de la Commission que pour prendre en considération les préoccupations locales ou enrichir ma réflexion grâce aux vôtres.

Je vous adresse à chacun mes vœux de bonheur et de réussite pour cette nouvelle année, et à tous un message collectif de remerciement et de combativité.

Je vous adresse donc à chacun mes vœux de bonheur et de réussite pour cette nouvelle année, et à tous un message collectif de remerciement et de combativité. Il nous faut poursuivre notre action et intensifier la mobilisation au service de l’Europe. Nous avons encore de nombreux défis à relever. Et c’est en mettant toutes nos forces et toutes nos énergies en commun que nous y parviendrons.

Belle et heureuse année 2015.

Seul le prononcé fait foi.

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