Y a-t-il un printemps économique européen ?

Y a-t-il un printemps économique européen ?

Les premiers signes de reprise économique doivent être soutenus pour poursuivre les progrès vers une croissance forte et durable et vers plus d’emplois.

Je reviens de Washington, où j’ai pris part aux réunions du FMI et aux rencontres du G7 et du G20 ministériel. J’y ai porté un message clair, au nom de la Commission européenne : les premiers signes de reprise économique doivent être soutenus pour poursuivre les progrès vers une croissance forte et durable et vers plus d’emplois. Ma conviction, c’est que nous devons collectivement porter un équilibre entre réformes, investissement, politiques budgétaires intelligentes, et avancées fiscales justes. Mon signal pour l’Europe, c’est que la Commission Juncker répond à ces enjeux avec une énergie renouvelée et une détermination sans faille.

De nombreux défis économiques demeurent, avec une croissance mondiale qui reste modérée et très inégale.

Je l’avais souligné lors de la dernière réunion du G20 ministériel à Istanbul début février, de nombreux défis économiques demeurent, avec une croissance mondiale qui reste modérée et très inégale. Nous aurions tort – ce serait une faute économique et politique – de penser que la reprise est un facteur extérieur, et de nous réjouir passivement de l’amélioration de la tendance économique actuelle. Sans action, l’Europe ne sortira pas de la stagnation. Rien ne sert de poser des bandages pour cacher les cicatrices de la crise : il nous faut soigner définitivement nos faiblesses et aller de l’avant.

L’embellie actuelle de la situation économique en Europe doit être confortée par des mesures fortes et cohérentes.

Que l’on me comprenne bien: il ne s’agit ni d’être trop optimistes, ni injustement pessimistes, mais tout simplement réalistes. L’embellie actuelle de la situation économique en Europe doit être confortée par des mesures fortes et cohérentes. Il s’agit bien  de poursuivre le chemin des réformes structurelles pour l’emploi et la croissance, indispensables pour consolider l’avenir, et indissociables de finances publiques saines. C’est cette approche qui détermine les actions et les décisions de la Commission Juncker, au sein de laquelle je veux impulser une énergie réformiste. C’est cette exigence qui guide nos échanges avec la Grèce et avec tous les Etats membres. Car la mise en œuvre de réformes ambitieuses – notamment sur les marchés du travail, des services et des produits – est indispensable pour débloquer notre potentiel de croissance et pour renforcer la compétitivité et la productivité de nos économies.

En Europe et au sein de la zone euro, nos dernières prévisions économiques d’hiver témoignent d’une légère accélération de la reprise. Cette tendance est soutenue par des facteurs extérieurs favorables – baisse du prix du pétrole, dépréciation de l’euro, ou encore action déterminée de la Banque Centrale Européenne, dans un contexte d’inflation qui demeure très faible. Pour la première fois depuis 2007, les économies de tous les États membres devraient cette année renouer avec la croissance, avec une prévision de 1,7 % pour l’Union et 1,3 % pour la zone euro.

Le temps de la convalescence doit laisser place à celui d’une Europe qui se redresse et qui se tient solidement sur ses deux jambes.

Assistons-nous à un printemps économique européen ? Ces signes positifs de reprise ouvrent-ils une nouvelle page en Europe, soldant l’héritage de la crise et renouant avec plus de croissance ? La Commission publiera ses prévisions de printemps le 5 mai prochain : je vous y donne rendez-vous, pour une analyse d’ensemble des perspectives de redressement au sein de la zone euro et dans l’Union européenne. J’ai toutes les raisons de croire que la croissance sera bien plus forte cette année que l’année dernière. A nous de faire en sorte que cette tendance se poursuive et s’amplifie au cours des prochains mois. A nous de faire fructifier cette dynamique encourageante, au service d’une relance durable sur le continent. Le temps de la convalescence doit laisser place à celui d’une Europe qui se redresse et qui se tient solidement sur ses deux jambes, où chaque Etat membre est acteur de notre destin partagé. C’est là une opportunité qu’il nous faut saisir, pour faire souffler partout en Europe le vent de la reprise.

J’aime cette Europe des résultats, porteuse de progrès économiques et sociaux, moteur d’avancées concrètes.

J’aime cette Europe des résultats, porteuse de progrès économiques et sociaux, moteur d’avancées concrètes. C’est pour elle que je me bats au quotidien. Je suis convaincu que notre action concertée n’est réellement utile que si elle produit des résultats mesurables pour nos concitoyens, notamment sur le plan du pouvoir d’achat ou de l’emploi, et qu’elle n’a réellement de sens que si elle répond aux inquiétudes et aux doutes des citoyens européens, recréant confiance et espoir.

Sur ce dernier point, je note avec intérêt les dernières tendances encourageantes contenues dans la Revue trimestrielle sur l’emploi et la situation sociale la semaine dernière. La situation économique s’améliore progressivement en Europe, et une baisse constante du chômage est enregistrée – notamment du chômage des jeunes et du chômage de longue durée.  Je ne veux me livrer à aucun auto-satisfecit : je ne suis pas « eurobéat », je suis « euro-exigeant », dans une Union qui compte encore plus de 23,8 millions de personnes sans emploi, et où le chômage des jeunes demeure à un niveau bien trop élevé, insupportable, à plus de 21%. Aucun responsable politique ne peut se contenter de ces résultats, et ils nous engagent au contraire à apporter les réponses adéquates pour des emplois stables et durables en Europe!

La Commission  a pleinement conscience de la responsabilité qui est la sienne pour donner un nouvel élan à l’emploi et à la croissance en Europe. Et elle est prête – je suis prêt – à jouer tout son rôle en ce sens, en agissant à la fois sur la demande et sur l’offre, en lien étroit avec les Etats et avec les institutions internationales. Nous avons posé une première pierre fondatrice avec notre Plan d’investissement pour l’Europe d’au moins 315 milliards d’euros sur trois ans, et dont le Fonds européen pour les investissements stratégiques devrait être mis en place d’ici mi-2015, en coopération avec la Banque européenne d’investissement. Cette avancée s’intègre parfaitement dans les travaux du G20 sur les sources et la qualité des investissements et dans le soutien aux petites et moyennes entreprises. Je sais que nos partenaires du G20 s’intéressent fortement à notre Plan d’investissement, et je n’ai pas manqué de souligner à Washington les synergies entre notre agenda et celui du G20.

C’est par ces actions coordonnées que nous avancerons ensemble, de manière résolue, vers une Europe plus forte dans une économie mondiale plus solide.

A cette première pierre s’en ajoutent et s’en ajouteront de nombreuses autres tout au long de ces cinq prochaines années. Le soutien à l’investissement, l’engagement renouvelé pour plus de réformes structurelles, et la conduite de politiques budgétaires responsables sont trois piliers structurants de notre politique européenne. Ces piliers sont indissociables de progrès sur le volet fiscal, à travers plus d’équité, d’efficacité et de transparence – approche partagée au sein du G20, notamment dans la lutte déterminée contre la fraude et l’évasion fiscales ainsi que contre l’érosion des bases fiscales. C’est par ces actions coordonnées que nous avancerons ensemble, de manière résolue, vers une Europe plus forte dans une économie mondiale plus solide. C’est cette conviction que j’ai partagée avec mes différents interlocuteurs, à Washington, pour concrétiser et faire s’épanouir un véritable printemps économique européen.