Refusons les choix des prêcheurs et des pyromanes

Refusons les choix des prêcheurs et des pyromanes.

La fenêtre de tir pour conclure un accord avec la Grèce se referme définitivement dimanche.

La fenêtre de tir pour conclure un accord avec la Grèce se referme définitivement dimanche. Nous devons tirer parti du temps utile qui nous sépare de cette échéance.

Cet accord est nécessaire. Chacun a conscience des enjeux, je ne les rappelle pas. La Commission a étudié les moyens de faire face à toutes les éventualités, y compris le scénario du pire : on nous le reprocherait si ce n’était pas le cas. Mais il n’y a qu’un seul scénario que nous voulons, et par conséquent qu’un seul scénario sur lequel nous concentrons tous nos efforts. Ce scénario, c’est celui d’une Grèce solidement arrimée à la zone euro et qui s’engage sérieusement à se reformer, aidée de ses partenaires européens. Tout autre scénario serait un échec collectif : je m’y refuse absolument.

Cet accord est, je le crois, possible. Mais pour cela, plusieurs ingrédients doivent être réunis

Cet accord est aussi, je le crois, possible. Mais pour cela, plusieurs ingrédients doivent être réunis.

Le gouvernement grec doit – enfin – apporter la preuve qu’il veut réformer le pays, inventer un nouveau modèle pour son économie.

Le premier, incontournable, indispensable, est simple : l’engagement. Le gouvernement grec doit – enfin – apporter la preuve qu’il veut réformer le pays, inventer un nouveau modèle pour son économie. Le temps de la procrastination s’est écoulé. Athènes n’a plus qu’une flèche dans son carquois. Cela veut dire que les propositions d’Alexis Tsipras, que nous attendons aujourd’hui, doivent être de prime abord acceptables par les créanciers. Si le gouvernement grec ne le fait pas, la partie sera finie et tous auront perdu.

En échange d’un engagement explicite, convaincant et définitif sur les réformes de moyen et long termes, les créanciers doivent offrir un horizon, un espoir aux Grecs.

Deuxième ingrédient : le réalisme. Remettre à flot le système bancaire grec et lever les contrôles des capitaux ne se fera pas en un jour. Inventer un nouveau modèle de croissance prendra des années. Réduire le poids de la dette nécessitera une, voire deux générations. Aucun peuple ne peut s’engager dans ce chemin sans une perspective claire et positive. En échange d’un engagement explicite, convaincant et définitif sur les réformes de moyen et long termes, les créanciers doivent offrir un horizon, un espoir aux Grecs. Et oui, cela implique de s’attaquer au poids de la dette grecque, selon des modalités qu’il leur appartiendra de définir, le temps venu. Cet objectif a été fixé en novembre 2012 assorti de conditions précises – à commencer par la détermination de la Grèce à faire des réformes. S’il en va ainsi, je souhaite qu’il puisse être tenu.

Troisième ingrédient, en réalité le plus important : la volonté politique.

Troisième ingrédient, en réalité le plus important : la volonté politique. Nous devons tous, jusqu’à dimanche, surmonter la défiance qui s’est installée. Des mois de négociation épuisante ont fatigué les bonnes volontés, même si nous sommes une petite poignée à continuer de lutter contre une résignation qui semblait à un moment inexorable. La responsabilité de chacun est de surmonter sa lassitude, sa déception, pour être à la hauteur de l’enjeu historique – je n’ai pas peur du mot – dont nous discutons. L’Eurogroupe de mardi a marqué à ce titre une inflexion positive, largement due à l’attitude constructive du nouveau ministre grec des finances, Euclide Tsakalotos, elle-même relayée par Alexis Tsipras au sommet de la zone euro le soir. Je souhaite que l’état d’esprit qui y a prédominé perdure jusqu’à dimanche.

J’aime et je crois à la politique, je pense sincèrement qu’elle est un principe d’action efficace sur le réel. Mais dans le dossier grec, la politique est surabondante, et elle est devenue un obstacle à l’accord. Non, il ne faut pas faire de la Grèce une victime expiatoire, un exemple pour frapper les esprits du châtiment qui attend ceux qui ont dévié, au nom d’une lecture morale de la situation économique actuelle du pays.

Excommunier la Grèce n’est pas la solution. Il faut au contraire la ramener vers l’Europe.

Excommunier la Grèce n’est pas la solution. Il faut au contraire la ramener vers l’Europe, grâce à des réformes profondes, fondamentales, qu’elle a eu tort de repousser jusqu’à présent. L’Europe a mieux à proposer qu’un sentier d’expiation.

Il y a aussi ceux qui veulent faire du cas grec un champ d’expérimentation pour l’irresponsabilité économique et budgétaire. Ceux-là oublient qu’il y a 19 démocraties en zone euro et non pas une, ils croient, au mépris de toute réalité, que la violation systématique des règles est une base solide pour construire un projet politique et économique commun. Je leur demande d’aller voir le peuple grec, au nom duquel ils prétendent parler, et qui souhaite ardemment, conscient qu’il est des dangers d’un Grexit, un accord du pays avec ses créanciers, pour rester dans la zone euro, sans austérité mais avec de vraies perspectives de croissance, d’emploi et de justice sociale.

Les prêcheurs et les pyromanes. Voilà ceux qui peuvent ou veulent faire échouer l’accord.

Les prêcheurs et les pyromanes. Voilà ceux qui peuvent ou veulent faire échouer l’accord que, pourtant, tous les acteurs du dossier souhaitent, malgré l’irritation ou les interrogations. Notre responsabilité collective est de trouver, d’ici dimanche, un bon accord, qui préserve, avec l’intégrité et l’irréversibilité de l’euro, la force du projet européen.