« Après le psychodrame grec, quelles améliorations pour l’UEM ? » – Discours à l’Institut Jacques Delors – Notre Europe

J’étais l’invité, jeudi 24 septembre, de l’Institut Jacques Delors – Notre Europe. J’y ai donné un discours sur le thème : « Après le psychodrame grec, quelles améliorations pour l’Union économique et monétaire ? ».

Mon discours à lire ci-dessous :

Institut Jacques Delors-Notre Europe – Débat

« Après le psychodrame grec, quelles améliorations pour l’UEM? »

24 septembre 2015

 

 

Merci, Monsieur le Président [Alain Montarant, MACIF], Monsieur le Directeur [Yves Bertoncini, Institut Jacques Delors], pour ces quelques mots d’introduction. Je suis honoré de cette invitation de l’Institut, et je dois dire que j’ai pensé régulièrement à Jacques Delors ces derniers mois. Pas seulement parce qu’il a été très justement nommé « Citoyen d’Honneur de l’Europe » il y a peu, pour sa contribution unique à la construction communautaire, mais parce qu’il a aujourd’hui, plus que jamais, besoin d’une postérité.

Votre programme pose le débat en termes un peu provocateurs, mais pas infondés. L’Europe traverse une passe difficile. Ce que l’Institut Jacques Delors a appelé ce soir le « psychodrame grec » en fait partie, la crise des réfugiés et nos difficultés à définir une solution européenne, également. Si ces deux crises se sont développées dans des champs différents, elles présentent des points communs troublants, visibles à l’œil nu pour ainsi dire. Elles nous renvoient toutes les deux à un péril de désunion européenne, sous l’effet de forces centrifuges que la Commission a de plus en plus de mal à contrer.

 

Je voudrais revenir brièvement ce soir sur ce qui s’est passé à l’Eurogroupe au premier semestre 2015, et approfondir un peu les réflexions sur la gouvernance de l’Union Economique et Monétaire, l’UEM, en m’arrêtant plus particulièrement sur la dimension démocratique. C’est une dimension qui ne rencontre pas toujours un écho important en France, mais qui est un élément essentiel du débat dans d’autre pays, à commencer par notre grand voisin d’Outre-Rhin, mais aussi dans les pays nordiques par exemple.

*

*        *

Je veux d’abord porter un regard rétrospectif sur ce que la crise grecque a dévoilé de notre gouvernance européenne.

Une parenthèse pour commencer concernant la tentation du vote pour les extrêmes. La réalité institutionnelle européenne, c’est qu’une voix pour les extrêmes, c’est une voix perdue. Cette réalité était déjà largement visible au Parlement européen. Elle l’est aussi au Conseil.

La logique partisane a joué dans les négociations avec la Grèce. Mais là où elle est d’habitude un facteur de structuration, elle a été un facteur de déstabilisation et d’antagonismes. Les instances décisionnelles européennes sont capables, en rythme de croisière – c’est-à-dire lorsqu’elles organisent la confrontation de partis de gouvernement – de gérer les oppositions partisanes. Elles peuvent parvenir, dans cette configuration, à générer du consensus. Mais lorsqu’un parti issu des marges de l’échiquier politique fait irruption, sans relai dans les autres gouvernements ou dans la majorité parlementaire, alors la mécanique se grippe. Le gouvernement grec s’est retrouvé sans allié ni champion à l’Eurogroupe; un mécanisme normalement « modérateur », celui de la solidarité partisane européenne, n’a en effet pas joué. Gardons cela en tête pour les prochaines échéances électorales européennes.

 

Tout le monde a relevé les difficultés de l’Eurogroupe à prendre une décision. On a enchaîné les réunions « de crise », les réunions « extraordinaires », les réunions « de la dernière chance ». Juste sur mes neuf premiers mois de mandat, il y a eu près de 20 rencontres de l’Eurogroupe consacrées à la Grèce. L’apothéose aura été le Conseil Européen de juin, qui a à la fois – ce n’est pas un hasard – évacué la question grecque et signé une banqueroute des Etats Membres sur la crise des réfugiés. C’est un symptôme.

Ce que cette crise a mis en lumière, c’est, fondamentalement, un conflit frontal entre des intérêts et des légitimités contradictoires, et notre incapacité à les réconcilier:

  • Conflit de légitimité interne à la Grèce tout d’abord. L’Etat grec a pris, sous les gouvernements précédents, et en tant qu’Etat, des engagements qui persistent bien entendu au-delà de l’expiration d’un mandat. Les dix-huit autres Etats de l’Eurogroupe s’attendaient donc à ce qu’ils soient respectés. A cette légitimité institutionnelle s’opposait la légitimité des urnes: les grecs ont fait le choix, par scrutin, de confier leur destin au gouvernement de M. Tsipras, avec un programme de campagne qui visait justement à changer ces engagements. . Le conflit était inévitable.

  Continuer la lecture

Invité de l’interview éco sur France Info

J’étais hier l’invité de l’ « interview éco » sur France Info, à 18h45.

J’ai répondu aux questions de Jean Leymarie sur Volkswagen, la crise des réfugiés, la croissance en Europe, et les réformes en France.

Volkswagen : une seule réponse, transparence et crédibilité. Les enquêtes sont en cours.

 

Mon discours à Bruegel sur la promotion de la croissance et de la stabilité dans l’UE – Berlin

Bruegel – keynote speech

« Promoting growth and stability in the EU »

28 septembre 2015 – Berlin

 

Dear M. Wolff [Guntram Wolff, Directeur, Bruegel]

Ladies and gentlemen,

Distinguished guests,

It is my great pleasure to join you today for this discussion, and I would like to extend my warmest thanks to Bruegel for inviting me to this conference.

Growth and stability: both are crucial, both are actively pursued, and both have been somewhat elusive this year. The good news is: revitalizing them is within our reach.

To do so, we must view the two major crises that hit Europe in 2015 not merely as crises, but as opportunities. The Greek crisis is an opportunity to remedy the blatant shortcomings in our economic and monetary governance. The refugee crisis is an opportunity to raise potential growth and promote much-needed structural reforms.

*

*        *

We have learnt from the Greek crisis that we need to fix the governance of the Economic and Monetary Union (EMU).

Let’s go back in time for a moment. What did it take to reach an agreement on Greece in the Eurogroup? Almost twenty acrimonious and inconclusive meetings over the course of 10 months; one national referendum; several votes in national parliaments; and one big massive drama of a European Council in the summer.

How did we end up in such a dire situation? Well, to paraphrase Clinton’s famous tagline, « it’s the institutions, stupid !« .

There is a clear understanding today that the Greek crisis revealed serious failures in our governance; more importantly, this understanding is now shared. It is shared across the political spectrum; and it is shared by Heads of State and Government. We have been experiencing these failures for years now; but it took the Greek crisis for our leaders to come to the realisation that change was needed. And I am not talking about cosmetic change, or change in ten years’ time.

This shared understanding has provided fresh political impetus to the reform of the governance of the EMU:

  • A report prepared by the 5 presidents of the EU institutions was released in June – I hope we will have a chance to discuss some of its recommendations in a few minutes;
  • Several governments came up before the summer with their own set of proposals, including the German and French governments. Obviously they did not go unnoticed;
  • The European Parliament is also weighing in, if only because it was utterly frustrated by its marginal role in the run-up to the agreement with the Greek government.

These are all useful contributions we can draw from to fix the EMU governance. But what exactly needs to be fixed?

In my opinion, our governance failed on three fronts:

  • First, democratic oversight. It is a subject that is dear to the hearts of German citizens; it is to mine, too. As it happens, no role has been foreseen for the European Parliament in the European Stability Mechanism. We will partly remedy this shortcoming in the implementation stage, but the Parliament feels that the Eurogroup too often works as a « black box » and that this body takes major decisions without proper involvement of European representatives.

 

  • Second, lack of personification. Do we need a « euro-area tsar » just like we have an external relations tsar? Let’s put it this way: personification is a prerequisite for accountability. And vice versa: no personification leads to dilution of responsibilities. In other words: personification would be a useful first step toward empowering MEPs to give the boot to someone directly accountable to them.
  • Third, existing arrangements do not cater for the expression of the European general interest. Let me expand on this a little bit. From January to August, the Eurogroup operated as a platform for head-on confrontation between opposite sources of legitimacy:
  • It was a given for all governments around the table that Greece should respect the commitments made by Athens under previous leaderships. But Mr Tspiras’ government objected to this premise because Syriza’s campaign platform departed significantly from those very commitments. Therefore, institutional legitimacy was pitted directly against political legitimacy.
  • In addition, the legitimacy of the Greek government and of the Greeks’ vote in the referendum organised in July, was pitted directly against the legitimacy of other European governments. Yes, the Greek government is accountable to its people. But so are the other 18 governments in the euro area.

Continuer la lecture

Ma tribune dans Libération – Refusons la désunion européenne

Le quotidien Libération a publié ce jour ma tribune intitulée « Refusons la désunion européenne », dans laquelle j’en appelle au sursaut pour refuser la désunion et retrouver le sens de l’unité européenne.

Voici le texte de cette tribune, également consultable dans Libération de ce jour et à cette adresse : http://www.liberation.fr/debats/2015/09/28/refusons-la-desunion-europeenne_1392823

Refusons la désunion européenne

Ceux qui, comme moi, croient passionnément à l’idée européenne doivent se rendre à l’évidence : nombre de nos concitoyens doutent profondément de cette voie politique. Longtemps champions de l’intégration, traditionnellement porteurs d’un espoir de progrès pour notre continent, les Français eux-mêmes sont aujourd’hui plongés dans une défiance qui se nourrit du spectacle des divisions européennes.

Partons, d’abord, d’un diagnostic lucide sur l’état de notre Union européenne : les forces centrifuges se multiplient et font monter le péril de la désunion.

Partons, d’abord, d’un diagnostic lucide sur l’état de notre Union européenne : les forces centrifuges se multiplient et font monter le péril de la désunion. L’arrivée de réfugiés a fait éclater au grand jour de profondes divisions entre l’ancienne UE-15 et les Etats membres plus récents. On parle désormais sans complexe de défaire Schengen, pourtant symbole de liberté, et ici et là sont érigés des murs et des barbelés qui fracturent le paysage européen, comme aux pires heures de la guerre froide. La perspective du référendum britannique fait poindre le spectre du départ d’un grand pays et freine toute discussion sur des avancées à Vingt-Huit. La crise grecque a été l’occasion d’affrontements d’une rare violence entre gouvernements, notamment entre la droite et la gauche européennes. Les Etats qui ne partagent pas l’euro s’inquiètent de voir les dix-neuf autres se replier sur eux-mêmes. Au sein de l’Union économique et monétaire, les Etats membres ont divergé économiquement et socialement et ne reconvergent toujours pas. La taxe sur les transactions financières ne se fera qu’à onze, alors que les produits financiers qui seront taxés circulent dans un marché financier intégré.

Oui, l’Europe se lézarde. Et elle risque la fracture si on n’y fait rien. Que l’Europe soit traversée de lignes de tensions n’est pas nouveau. Que des conceptions différentes de la souveraineté s’y affrontent non plus. Mais que le moteur philosophique formé par les principes de responsabilité et de solidarité ait perdu de sa force m’inquiète fortement.

Pire, qu’on peine de plus en plus à exprimer et à faire prévaloir l’intérêt européen m’interpelle, et me pousse à lancer un appel au sursaut et au débat sur l’Europe de demain.

Au milieu du jeu politique, la Commission reste aujourd’hui la seule à tenter de maintenir l’ambition d’unité, à résister aux forces centrifuges, à injecter de la cohésion face aux tiraillements nationaux.

Depuis dix mois, j’ai le privilège de porter cet intérêt général européen, comme membre de la Commission européenne. Position unique que de pouvoir regarder la carte globale de notre continent, et de promouvoir des solutions qui rassemblent face aux divisions rampantes. Au milieu du jeu politique, la Commission reste aujourd’hui la seule à tenter de maintenir l’ambition d’unité, à résister aux forces centrifuges, à injecter de la cohésion face aux tiraillements nationaux. D’autres devraient être à ses côtés pour la soutenir, plus qu’aujourd’hui. Mais j’entends peu de voix pour la défendre et reconnaître qu’à la fin de la négociation sur la Grèce, sur la crise des réfugiés, ce sont souvent les propositions de la Commission qui rallient la majorité. Qui défend l’Europe si ce n’est la Commission ? Beaucoup en parlent, mais trop peu agissent.

Sans doute n’avons-nous pas tranché des débats qui nous rattrapent à présent. Sommes-nous au bon degré d’union ? Devrions-nous faire demi-tour, retourner sur nos lignes? Le XXe siècle nous a montré que ceci est une impasse mortelle. Devrions-nous prendre un autre chemin et accepter le modèle du Royaume-Uni ou d’autres, d’une Europe intergouvernementale, à mes yeux molle et incapable de décider dans les crises du fait des intérêts nationaux indépassables dans une unanimité paralysante ? Dans une Europe aussi interdépendante, il est impossible – voire suicidaire – de traiter des crises financières ou migratoires dans un système où chacun peut bloquer les autres pour défendre ses seuls intérêts.

Comme Jean-Claude Juncker, je pense qu’il y a trop peu d’Europe dans notre Union, trop peu d’union dans notre Europe. Que voulons-nous faire ensemble ?

Continuer la lecture

Speech – Long-term perspectives on how the framework of EMU should develop

Mon discours aujourd’hui à Rome sur le futur de l’Union économique et monétaire.

My speech today in Rome on the future of the Economic and monetary Union.

Eunews – « how can we govern Europe » – 2eme edition

Debate: « long-term perspectives on how the framework of EMU should develop »

Rome – 18 September 2015

Ladies and gentlemen,

Distinguished guests,

Dear fellow panellists [T. Mastrobuoni, S. Rossi, D. Gros, L. Zingales],

It is my great pleasure to join you today for this discussion on the Economic and Monetary Union (EMU). Allow me to warmly thank eunews and the Commission’s Representation in Rome for this stimulating conference programme. Europe is not a topic that traditionally attracts large crowds, but this may change. The need for more Europe has certainly been keenly felt in Italy for the past few months. This is especially true for the refugee crisis and it is also true for EMU.

I would like to focus on two points only today. 1/ What went wrong with Greece? 2/ How to move forward with the report of the 5 presidents on deepening Europe’s economic and monetary Union?

*

*        *

  1. The first question I would like to submit to the panel is: what went wrong with the Eurogroup’s handling of the Greek crisis?

There is a clear understanding today that the Greek crisis revealed serious failures in our decision-making process; more importantly, this understanding is now shared. It is shared across the political spectrum; and it is shared by Heads of State and Government. We have been experiencing these failures for years now; but it took the Greek crisis for our leaders to come to the realisation that change was needed. And I am not talking about cosmetic change, or change in ten years’ time.

In my opinion, our decision-making process failed on three fronts:

  • First, democratic oversight. No role has been foreseen for the European Parliament in the European Stability Mechanism. We will partly remedy this shortcoming in the implementation stage, but the Parliament feels that the Eurogroup too often works as a « black box » and that they take major decisions without proper involvement of European representatives.

  • Second, conflicting sources of legitimacy. From January to August, the Eurogroup operated as a platform for direct confrontation between opposite sources of legitimacy:

  • It was a given for all governments around the table that Greece should respect the commitments made by Athens under previous leaderships. But Mr Tspiras’ government objected to this premise because Syriza’s campaign platform departed significantly from those very commitments. Therefore, institutional legitimacy was pitted directly against political legitimacy.

  • In addition, the legitimacy of the Greek government and of the Greeks’ vote in the referendum organised in July, was pitted directly against the legitimacy of other European governments. Yes, the Greek government is accountable to its people. But so are the other 18 governments in the euro area.

  • Finally, we faced tremendous difficulties to express the European general interest. As Habermas pointed out, « European governments are unable to act in the interest of a joint European community because they think mainly of their national electorate. We are stuck in a political trap. » In other words, the sum total of conflicting national interests does not add up to the European general interest. I would even say: we need to define the euro area interest. The Commission attends these meetings, but is not firmly part of the decision-making process, contrary to the ECOFIN or the Environment or Justice Council. This must be remedied: only the Commission can in my view bring the value added of expressing the general interest.

We, Europeans, failed to solve this conflict in a timely and orderly fashion, because we did not have the right instruments – whether institutional, political or democratic – for this purpose. At the end of the day, each side whether in Greece or in the Netherlands or in Lithuania, probably feels equally violated by the terms of the agreement.

Drawing on this sobering experience, where should we go with EMU?

*

*        *

  1. The report of the 5 presidents on completing EMU provides us with a roadmap to address some of the challenges I mentioned. It is a valuable starting point that must now be implemented. Here is my take on it.

I am going to assume that few people in this room are aware of this report. I would not blame you. « Yet another report on EMU« , you might think.

Well, this time things are slightly different. Not so much in terms of contents: many proposals have been floating around these past few years. But in terms of context: we have seen a shift in political sentiment. Of course, this report is not perfect and many within my political family – social-democrats – would have liked to see more proposals on the social dimension of the EMU as well as on its political integration. But let’s use the opportunities it offers.

The report draws a distinction between 2 separate, consecutive phases. Phase 1 broadly aims at boosting growth and fostering convergence; phase 2 includes proposals to increase European solidarity and to deepen our institutional framework.

I feel very strongly that these two phases are complementary and must be considered as a coherent and balanced unit. Phase 1 identifies a set of short-term actions that the Commission – Vice-President Dombrovskis and I – are actively working on. But phase 2 should not be seen as some distant prospect for the far-away future: phase 2 renders the whole endeavour meaningful. It is what imparts political value and purpose to the actions of phase 1.

Three initiatives under phase 1 are of particular importance: Continuer la lecture