Avec la France, pour répondre au terrorisme.

Avec la France, pour répondre au terrorisme.

Vendredi dernier, la France a, de nouveau, vécu l’horreur du terrorisme.

Il n’y a pas de mots assez forts pour dénoncer l’horreur, il n’y a pas de mots assez durs pour la condamner.

Si les mots pèsent peu face à la douleur, s’ils n’effacent rien, je veux dire combien je pense aux victimes de cette barbarie, et à leurs proches. Il n’y a pas de mots assez forts pour dénoncer l’horreur, il n’y a pas de mots assez durs pour la condamner. L’élan de compassion et de solidarité que nous avons vu, en Europe mais aussi dans le reste du monde, rappelle que nous ne nous sommes pas seuls dans cette terrible épreuve. La France a des partenaires, des alliés, elle a surtout des amis. Ils sont à ses côtés dans le deuil. Ils seront à ses côtés dans la réponse à ces actes odieux.

Ne donnons pas aux terroristes ce qu’ils veulent. Ne leur donnons pas, en plus des vies déjà prises, la satisfaction de nous manipuler. Refusons la peur. Refusons la division. Refusons de mettre en suspens nos valeurs. Il faut au contraire rester plus que jamais fidèle aux idéaux auxquels ils s’en sont pris. Il n’y a qu’un Etat: l’Etat de droit. Il n’y a qu’une France : la France républicaine. Et il n’y a qu’une Nation, unie face à la barbarie.

Il y a un Pacte, européen, cadrant nos finances publiques. Celui-ci n’est ni rigide ni stupide, il peut être appliqué de manière intelligente et humaine.

Commissaire européen, il ne m’appartient pas de commenter les décisions prises par le Président de la République et par le gouvernement français. Mais j’appuie leur esprit : celui de la dignité face à la douleur, de la fermeté face à la sauvagerie. Plusieurs annonces ont été faites, devant le Parlement réuni en Congrès. Certaines engagent plus directement le champ de compétences qui est le mien, celui des affaires économiques et financières. J’ai eu l’occasion de le dire cette semaine : je comprends, la Commission comprend que la sécurité, la protection soient la priorité première de la France. Il y a un Pacte, européen, cadrant nos finances publiques. Celui-ci n’est ni rigide ni stupide, il peut être appliqué de manière intelligente et humaine, en temps voulu, sur la base de données chiffrées concrètes. Il est trop tôt pour estimer ces coûts supplémentaires, et les discussions avec le gouvernement français permettront de calibrer ces estimations.

Les attentats de Paris, après ceux qui ont déjà frappé la France et d’autres pays européens nous somment d’agir, avec rapidité et avec détermination. La menace terroriste n’est pas qu’une menace: elle est une réalité. Charlie Hebdo, Copenhague, Verviers, Thalys, Paris…: nous devons tout faire pour que cette liste tragique ne s’allonge pas.

Les terroristes s’en sont pris à la France justement parce qu’elle est la France : mais ils ne s’en sont pas pris qu’à la France. À travers Paris, ils ont voulu atteindre un continent, l’Europe, et à une communauté internationale qui leur répondra pied à pied. Dès le lendemain des attentats, le G20 a réaffirmé à Antalaya en Turquie son engagement pour bloquer les canaux internationaux de financement du terrorisme, et notamment pour traquer les flux financiers suspects. La France a de son côté activé une clause du Traité européen pour demander l’aide et l’assistance de l’Union: mardi, c’est toute l’Europe unie qui a dit oui. Demain, les ministres de l’Intérieur européen se réuniront de nouveau pour discuter de la réponse européenne commune, du contrôle des armes à feu à la gestion des frontières extérieures en passant par la mobilité au sein de l’Union.

La Commission est, bien évidemment, à pied d’œuvre pour apporter des solutions à la menace terroriste.

Et la Commission est, bien évidemment, à pied d’œuvre pour apporter des solutions à la menace terroriste:

  • L’agenda européen sur la sécurité, adopté au printemps dernier, était un premier pas. Il vise à endiguer la radicalisation, à lutter contre la criminalité organisée et la cybercriminalité. Il faut poursuivre dans cette voie, avec une mise en œuvre déterminée. Hier, le Collège des Commissaires a adopté, selon un calendrier très accéléré, des propositions pour restreindre strictement l’usage des armes à feu, en réponse directe à la manière dont certaines armes ont été acquises, réassemblées ou modifiées dans les attaques terroristes en Europe en 2015.
  • L’offensive diplomatique, indispensable pour mettre effectivement un terme à la guerre en Syrie et vaincre Daesh, se poursuit et s’amplifie. Un accord très important a été signé avec l’Iran en juillet, qui ouvre la voie à un engagement régional différent. Nous travaillons à donner un nouvel élan au processus diplomatique avec la Syrie. De nouvelles coalitions se nouent ou s’approfondissent. Les lignes bougent.
  • Les douanes, enfin, qui relèvent de mon portefeuille, jouent un rôle majeur dans la lutte contre le terrorisme, déjà évoqué il y a quelques mois sur ce blog. La surveillance des trafics de biens aux frontières externes, notamment les armes et les produits du terrorisme, et le contrôle des circuits financiers illégaux, sont de son ressort. Nous allons accélérer la mise en œuvre de notre stratégie pour la gestion des risques douaniers, pour mieux contrer les trafics illégaux liés au terrorisme et assécher ses sources de son financement. Je prendrai des initiatives pour ce faire.

Vendredi, nous avons à jamais perdu des vies innocentes et peut-être, aussi, une forme d’optimisme.

Nous ne pouvons reculer sur nos libertés fondamentales, au-delà des mesures d’urgence qui doivent être prises pour garantir notre sécurité.

Mais nous ne pouvons reculer sur nos libertés fondamentales, au-delà des mesures d’urgence qui doivent être prises pour garantir notre sécurité. La libre circulation en est une. Schengen est critiqué, sans que ceux qui le dénoncent ne connaissent et reconnaissent ses forces: le système établit les contrôles aux frontières extérieures et permet de réactiver les contrôles intérieurs, selon les circonstances. La décision de la France de réintroduire ces contrôles est expressément prévue dans les accords de Schengen, dans ce contexte. Certains feignent d’ignorer ces garde-fous, ces cordes de rappel qui font pourtant pleinement partie du cadre actuel. Bien sûr il est possible d’améliorer, de renforcer Schengen. Ce serait une erreur, et même une faute, de la remettre en cause ou, pire, d’y renoncer comme nous y appellent certaines forces populistes.

Ne perdons pas non plus notre bon sens humain, en confondant réfugiés et terroristes.

Ne perdons pas non plus notre bon sens humain, en confondant réfugiés et terroristes. Comme l’a dit le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, les réfugiés ne sont pas les complices du terrorisme: ils en sont leurs victimes. La même terreur, le même chaos, la même barbarie qui s’est déchaînée à Paris vendredi, sont ce qu’ils fuient chez eux. Bien sûr, nous prenons très au sérieux le contrôle des demandeurs d’asile qui arrivent en Europe: plusieurs instruments sont disponibles pour faciliter le partage de l’information entre les services de renseignement, les garde-frontières et les services de justice, avec le soutien des agences européennes, Europol et Frontex. Mais les amalgames brouillent les pistes: ce n’est pas là que nous y trouverons les réponses efficaces.

Aujourd’hui, quelle que soit notre nationalité – et, on le sait, je suis à la fois un citoyen Français, amoureux de mon pays, et un Européen dans l’âme – chacun en Europe peut dire : nous sommes tous Français.

Cette Commission n’est plus la Commission de la crise économique et financière, comme l’était la précédente – notre rôle, en particulier le mien, est plutôt de soutenir et muscler la reprise qui se confirme. Mais elle reste la Commission des crises : crise grecque, crise des réfugiés, crise des populismes, crise du terrorisme. Elle est déterminée à être la Commission des solutions. Aujourd’hui plus que jamais, elle est avec la France et les Français. Après le 11 septembre 2001, notre réaction avait été unanime : ce jour-là, nous étions tous Américains. Aujourd’hui, quelle que soit notre nationalité – et, on le sait, je suis à la fois un citoyen Français, amoureux de mon pays, et un Européen dans l’âme – chacun en Europe peut dire : nous sommes tous Français.