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Ça suffit !

Catégorie : Actualité,Réflexions | Par pierre.moscovici | 09/12/2015 à 19:58

Ça suffit !

On me pardonnera, entre les deux tours des élections régionales en France, mon pays, d’écrire cette semaine un billet de blog plus politique qu’à l’accoutumée.

Je veux dire ici, en m’exprimant à titre purement personnel, ma réaction comme Européen, comme Français et comme responsable politique au nouveau coup de tonnerre qui a frappé la politique française dimanche dernier.

Je veux dire ici, en m’exprimant à titre purement personnel, ma réaction comme Européen, comme Français et comme responsable politique au nouveau coup de tonnerre qui a frappé la politique française dimanche dernier.

Comme démocrate et républicain, comme socialiste, j’ai toujours combattu les idées du Front national, et je n’ai pas changé.

Les résultats du 1er tour des élections régionales m’inquiètent, bien sûr. Je ne suis plus un acteur au quotidien de la vie politique nationale, mais je garde mes convictions et mes engagements politiques, ma liberté de parole et de pensée de citoyen. Comme démocrate et républicain, comme socialiste, j’ai toujours combattu les idées du Front national, et je n’ai pas changé.  Je pense toujours, et même plus que jamais, que ce parti n’offre aucune solution aux difficultés des Français, que le nationalisme et la xénophobie, le rejet de l’euro et de l’Europe, le repli sur soi et le retour à des « fondamentaux » pré-républicains, sont une impasse fatale pour la France. Le FN a beau chercher à se lisser et à se polisser, il reste dans ses profondeurs, dans ses réflexes ou dans ses attitudes, et surtout dans ses options, une formation d’extrême-droite. Le vote en sa faveur n’est pas qu’une protestation qu’il faut entendre, il est aussi une adhésion qu’il faut combattre. La « diabolisation » ne suffit pas, j’en suis conscient, mais la banalisation qui tente certains est une profonde erreur.

Il ne serait pas anodin – il serait même grave – que le FN puisse diriger une ou plusieurs régions françaises.

C’est pourquoi il ne serait pas anodin – il serait même grave – que le FN puisse diriger une ou plusieurs régions françaises. C’est pourquoi le Parti socialiste, en l’absence dans notre pays de toute « culture de coalition », a eu raison de retirer ses listes là où existe un danger majeur d’élection d’un exécutif frontiste. Et c’est pourquoi, selon moi, les leaders de la droite « républicaine » ont eu tort de ne pas le faire de leur côté, et de se cantonner dans un double « ni-ni » – ni retrait, ni fusion, ce qui veut dire en clair ni Parti socialiste, ni Front national – porteur de lourdes menaces pour l’avenir.

Il y a une réflexion profonde à mener sur nous-mêmes, sur notre vie politique, sur la représentation du peuple, quand un scrutin voit le Front national devenir le « premier Parti de France »

Il y a une réflexion profonde à mener sur nous-mêmes, sur notre vie politique, sur la représentation du peuple, quand un scrutin voit le Front national devenir le « premier Parti de France ». Quand ce parti est en tête dans six régions au soir du 1er tour. Quand des discours de rejet sont acceptés, et même approuvés par une partie importante des électeurs. Au-delà de l’élection elle-même, j’ai la conviction que nos façons de penser et d’agir, les réponses que nous devons apporter aux difficultés du pays, nos conceptions du débat politique, doivent évoluer profondément.

Je ne peux plus, je ne veux plus intervenir comme auparavant dans la politique de mon pays. Pour autant, j’entends – et là aussi aujourd’hui plus que jamais – continuer à essayer d’apporter des solutions en France, à mon pays, dans l’entier respect de mes fonctions de Commissaire européen, en restant un citoyen et un acteur engagé, au service de l’intérêt général et des idéaux qui ont fait de la France le pays que mes grands-parents maternels et mon père, fuyant les pogroms et les persécutions, ont choisi entre tous.

J’ai la conviction qu’un nouvel élan pour l’Europe, qu’une nouvelle offensive européenne font partie de la réponse que nous devons apporter à la montée des populismes.

J’ai la conviction qu’un nouvel élan pour l’Europe, qu’une nouvelle offensive européenne font partie de la réponse que nous devons apporter à la montée des populismes. D’abord, parce que la poussée des extrêmes est à l’œuvre partout sur le continent : dans les pays fondateurs comme la France, à l’Est, mais aussi au Nord de l’Europe. Il y a là comme une vague sombre qui menace nos valeurs, notre vivre-ensemble et les fondements de notre Europe. C’est aussi un phénomène mondial, au-delà de nos frontières, avec notamment ses tristes expressions aux Etats-Unis – on pense à la terrifiante expression de Donald Trump, appelant à fermer les frontières de ce grand pays aux musulmans, dont l’avenir dira si elle est l’erreur fatale d’un candidat, ou bien si elle sera validée par les électeurs Républicains.

Cette vague, il faut en comprendre les fondements pour mieux s’y attaquer, pour construire des digues solides et saines. C’est à la désillusion des peuples européens, à une crise démocratique et identitaire profonde, à une défiance grandissante, à un nationalisme exacerbé et  à une angoisse sociale forte qu’il faut faire face. L’Europe a des réponses – certes imparfaites – mais qui doivent être mobilisées. Ces courants et partis se nourrissent des peurs, diffusent des contre-vérités et puisent souvent leurs racines dans le rejet et le repli.

Les discours de haine, de division n’ont pas leur place au sein de notre continent.

Il faut lutter contre cela. L’Europe doit être perçue non pas comme un problème, mais comme ce qu’elle est : une partie de la solution. Les discours de haine, de division n’ont pas leur place au sein de notre continent. Nous devons réaffirmer nos valeurs humanistes, solidaires et ouvertes : ce ne sont pas celles de l’extrême-droite ! Il n’y a pas de solution miracle, mais un ensemble de réponses concrètes à apporter aux crises qui frappent l’Europe. Ce qu’on nous demande, légitimement, ce sont des résultats.

De là où je suis, j’observe d’ailleurs un paradoxe. L’Europe et le monde font face à des crises d’une ampleur sans précédent – crise économique, crise des réfugiés, crise environnementale, crise du terrorisme – dont les réponses ne peuvent être qu’internationales, à tout le moins européennes. Pour cela, on se tourne vers l’Europe, on attend beaucoup d’elle. Et pourtant dans le même mouvement, certains la vilipendent, d’autres s’en détournent, beaucoup s’en défient, bien peu la soutiennent et la magnifient. C’est absurde, alors même que la Commission Juncker, à laquelle j’appartiens avec fierté, s’efforce d’affronter chacun de ces défis, et le fait avec courage et ampleur de vue.

Je pousse un coup de gueule : cessons d’avoir l’Europe honteuse !

Alors, je pousse un coup de gueule : cessons d’avoir l’Europe honteuse ! Cessons de subir les critiques absurdes et contradictoires, cessons d’accepter les fausses évidences des nouveaux gourous intellectuels ou pseudo-intellectuels, qui trustent les « unes » des médias français tout en se plaignant d’être ostracisés, ou les leçons des nationalistes et des anti-euro de tout poil ! Soyons fiers d’être Européens, cessons de nous en excuser ! Allons plus loin, dans le plein respect des souverainetés nationales, dans l’intégration politique et économique de l’Europe, pour plus de croissance et d’emploi, plus de sécurité, plus de respect de la planète, plus de générosité et de protection à la fois. C’est ce à quoi, à ma place, comme Européen et comme Français, je veux contribuer.

Je n’accepte pas la déferlante des populismes, je n’accepte pas l’affaissement de l’enthousiasme européen et la défaisance de l’Europe qui menace.

Oui, ça suffit ! Je n’accepte pas la fatalité de l’avènement au pouvoir de l’extrême-droite dans les régions de mon pays, ou demain à sa tête. Je n’accepte pas la déferlante des populismes, je n’accepte pas l’affaissement de l’enthousiasme européen et la défaisance de l’Europe qui menace. C’est notre devoir, c’est le mien, de réagir et de contre-attaquer.

Dimanche, cela passe d’abord par le second tour des élections régionales. On l’aura compris, et je le redis, je souhaite la défaite du FN partout en France. Comme républicain, j’espère l’élection des candidats de la droite là où le Parti socialiste a choisi de s’effacer. Comme social-démocrate, et aussi parce que j’ai apprécié la dignité de la réaction de la gauche au choc du 6 décembre, je serais heureux du succès le plus large possible de la famille politique à laquelle j’appartiens.

Et l’on comprendra que j’aie aussi une pensée particulière pour la Région Bourgogne-Franche-Comté, dont j’ai été pendant vingt ans l’élu. J’y ai constaté, avec préoccupation, le résultat du Front national, surtout dans mon ancienne circonscription. Je suis conscient que sa victoire est possible. Je ne la veux pas. Et j’espère que la gauche, qui est la mieux placée pour l’empêcher,  pourra y continuer le bon travail déjà accompli. Elle aura ma voix, elle a mon soutien.

Place au débat, puis aux urnes.

Lundi, nous en saurons plus sur ces élections et les dynamiques à l’œuvre dans un deuxième tour. Il sera temps, alors, de développer des analyses et des propositions plus fondamentales. D’ici là, place au débat, puis aux urnes. Vous connaissez désormais mon sentiment.

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2 commentaires

  • denis sommer dit :

     » il y a une réflexion profonde à mener sur nous mêmes…. » nous dis tu Pierre, tu as raison ! et si tu nous montrais l’exemple tu ne peux pas t’imaginer combien ce serait réconfortant et encourageant pour nous tous…

  • Macbena dit :

    Monsieur,
    Je ne suis pas français mais regarde de près la politique en France. Je n’ai aucune affinité avec la mentalité qui génère les idées du FN. Je n’ai aussi aucune affinité avec la manière dont les autres politiciens se drapent d’un autre habit pour habiller les intentions et travestir leurs promesses. Mais ce que je pense et ce que vous pensez n’a pas d’importance, il suffit d’avoir l’humilité de se dire que 50% des français, le plus grand parti de France est constitué par les abstentionnistes, le parti de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, le parti qu’aucun homme poltique, qu’aucune idéologie poltique n’arrive à représenter. Logique, il y a tellement de mensonges, de postures, d’attaques de reniements, de lâcheté… Cela n’empêche pas que certains hommes politques surpassent, le temps d’un geste ou d’une parole, la médiocrité générale. Merci Mr Masseret de respecter la démocratie avant de calculer: parlons de ces beaux gestes et pas du moins beau!!!!!!!
    La France va mal, l’Europe va très mal, en Belgique ce n’est pas mieux et vous ne savez pourquoi. Vous pensez le savoir L’intelligence est la chose la mieux répartie chez l’homme, vu qu’il s’en sert pour juger, il a forcément l’impression d’en avoir en suffisance (Descartes). L’homme moderne mesure l’intelligence a l’argent qu’il génère et le politicien vénère le bien-avoir croyant servir le bien-être. Nous n’avons que deux auxilliaires pour faciliter le choix, il est inutile à soi-même, comme à l’humanité de se tromper, mais plutôt dangereux pour l’humanité d’avoir des idėes au lieu d’être une idée.
    Alors Mr Moscovici, peut être devrais-je dire Pierre, acceptez la démocratie, les réactions du peuple qui ne sont que le reflet des hommes politiques, des politiques qu’on lui vend, qu’on essaye de lui vendre ou qu’il ne veut pas: tout est dans la marchandise et le marchand. Il serait temps que les marchands stoppent de vouloir imposer des produits qui ne correspondent pas à la demande. Arrêtez-vous un instant de croire en votre intelligence pour juger mais écoutez, entendez, acceptez et les bonnes idées seront en harmonie avec le peuple. Sinon le peuple va vite vous l’imposer et il faut être parfaitement inconscient pour croire que cela n’arrivera pas…
    Courage Pierre, et si tu construis une cathédrale, pendant que tu fais les murs, il y a de temps en temps une pierre qui passe dans tes mains qui ne s’imbrique pas dans les murs et que tu rejettes dans le tas de pierres. Plus tu montes vers la fin, plus cette pierre te passe dans les mains et plus tu la rejettes dans le tas de pierres. A la fin, il te restera cette pierre, la clef de voûte de ta cathédrale…Pierre.

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