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La Chine peut-elle réinventer son modèle ?

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 20/01/2016 à 16:58
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La Chine peut-elle réinventer son modèle ?

 

A Davos cette semaine, je constate que la Chine est au cœur des interrogations.

A Davos cette semaine, je constate que la Chine est au cœur des interrogations. Une page s’est tournée, celle de l’Europe qui faisait douter la « planète économie ». Une autre s’ouvre, où les yeux sont braqués vers l’Empire du milieu. Et pour cause : le commerce bilatéral entre nos deux économies représente près d’un milliard d’euros par jour !

Je veux ici prendre un peu de recul, et partager quatre brèves remarques.

Nous devons dépasser nos contradictions à l’égard de la Chine.

1. Tout d’abord, nous devons dépasser nos contradictions à l’égard de la Chine. La seconde économie mondiale continue de susciter des craintes, voire des peurs, dont certaines ne sont pas injustifiées, mais qui ne sont pas toutes fondées. En France notamment, quand la croissance chinoise atteint 10% on s’inquiète de son hyperpuissance ; quand elle redescend à des taux plus « normaux » on redoute sa soudaine faiblesse. Nous voulons que nos entreprises investissent en Chine, mais  nous craignons que des compagnies chinoises ne s’implantent trop chez nous. Ces contradictions nuisent à la définition d’une stratégie claire et rationnelle avec ce pays. Certains de nos amis européens ont résolu ce dilemme et voient la Chine pour ce qu’elle est d’un point de vue économique : un partenaire incontournable. Ni plus, ni moins. Sans sentimentalisme naïf, mais sans nervosité excessive non plus. C’est ce que j’avais préconisé quand j’étais ministre de l’économie et des finances, notamment en négociant l’entrée raisonnée d’un constructeur chinois au capital de PSA Peugeot-Citroën, aux côtés de l’État: ce choix s’avère avisé.

La clé aujourd’hui est celle de la capacité des autorités chinoises à traiter les déséquilibres de l’économie de manière ordonnée et de mener à bien le processus d’ajustement complexe en cours, et ainsi répondre à la nervosité des marchés financiers.

2. La Chine est en train de vivre une transition très profonde, et les autorités chinoises doivent  faire la démonstration qu’elles peuvent la piloter avec  finesse. Cette économie est en train de muer d’un modèle largement tiré par l’investissement à un modèle plus soutenable, plus équilibré, davantage adossé à la consommation. Cette transformation est nécessaire et elle est bienvenue – mais elle est délicate à négocier et ne se fait pas sans heurts. La clé aujourd’hui est celle de la capacité des autorités chinoises à traiter les déséquilibres de l’économie de manière ordonnée et de mener à bien le processus d’ajustement complexe en cours, et ainsi répondre à la nervosité des marchés financiers. Les autorités chinoises doivent s’ouvrir à ces réalités et communiquer de manière plus transparente pour rassurer les investisseurs et leur offrir des perspectives claires.

Il est encore trop tôt pour mesurer précisément l’impact que le ralentissement chinois, dont nous ne connaissons au demeurant pas l’ampleur, aura sur la croissance européenne.

3. Ce réajustement est peut-être une opportunité de rééquilibrage mondial. Il est encore trop tôt pour mesurer précisément l’impact que le ralentissement chinois, dont nous ne connaissons au demeurant pas l’ampleur, aura sur la croissance européenne. Je présenterai les prévisions économiques d’hiver de la Commission le 4 février prochain, qui reviendront sur ce point. Une chose est certaine à ce stade : tous les pays ne seront pas touchés de la même manière. Partant de là, il faudra nous interroger sur la stratégie européenne de croissance, et nous assurer que nous sommes moins vulnérables à ces fluctuations externes à l’avenir.

Nous devrons aussi intensifier notre dialogue économique avec les Chinois, y compris dans le cadre du G20 précisément présidée par la Chine cette année. La Chine doit viser les meilleurs standards internationaux en termes de transparence et de bonne gouvernance économique. Aujourd’hui nous n’y sommes pas – mais l’année 2016 nous donnera des occasions de progresser, si la volonté politique est présente. Je me rendrai moi-même plusieurs fois à Pékin et à Shanghai cette année, pour approfondir le dialogue avec ce grand partenaire, qui doit être ouvert et franc.

La transition en cours vers une économie tournée vers son marché intérieur peut profiter à la population chinoise.

4. Enfin, sous forme de question, la transition économique apportera-t-elle une transition politique, autour d’un développement économique mieux partagé? La transition en cours vers une économie tournée vers son marché intérieur peut profiter à la population chinoise, la classe moyenne que l’on a vu émerger ces 20 dernières années peut devenir le socle politique d’une nouvelle société, dont les aspirations seraient enfin entendues. L’enjeu stratégique de long terme est là. Le modèle qui a accompagné l’avènement de nos sociétés démocratiques par un développement économique profitant au plus grand nombre peut-il fonctionner dans les villes et les campagnes chinoises ? Nous devons en faire le pari.

Tâchons de lire au-delà des ondulations à la surface, pour mieux naviguer ces eaux qui peuvent aussi être porteuses de progrès en Chine et en Europe.

Le temps du capitalisme occidental est un outil trop grossier pour comprendre ce qui est à l’œuvre dans ce pays. Il retient de 2015 et de ce début d’année la volatilité des marchés financiers. Mais ces variations quotidiennes ne nous disent rien des mouvements de plaques tectoniques à l’œuvre dans ce pays, dans un temps qui se mesure en décennies. Tâchons de lire au-delà des ondulations à la surface, pour mieux naviguer ces eaux qui peuvent aussi être porteuses de progrès en Chine et en Europe.

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