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Le nerf de la guerre contre le terrorisme

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 02/02/2016 à 19:09
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Le nerf de la guerre contre le terrorisme.

L’argent est le nerf de cette guerre que nous mènent ces terroristes.

Daesh nous défie par sa violence, mais aussi par sa capacité à financer ses activités. L’argent est en effet le nerf de cette guerre que nous mènent ces terroristes. Contrer les djihadistes implique donc de s’en prendre à leurs moyens, et en premier lieu à leur financement. C’est ce que la France, par la voix de Michel Sapin, a demandé la première après les attentats qui ont frappé Paris le 13 novembre 2015. La Commission européenne a adopté ce 2 février un plan d’action répondant précisément à cette urgence.

Ce plan attaque les terroristes en deux points : dans leurs activités de levée de fonds, et dans les mouvements de ces fonds.

Ce plan attaque les terroristes en deux points : dans leurs activités de levée de fonds, et dans les mouvements de ces fonds. Ne lui demandons pas l’impossible : il n’assèchera pas d’emblée l’ensemble des fonds de Daesh, qui tire une part significative de ses revenus de la maîtrise d’un territoire – vol de banques locales, rançons des enlèvements, extractions pétrolières… Mais il contribuera à déstabiliser ses opérations et limitera ses moyens.

Les douanes européennes joueront un rôle clé pour couper les terroristes de leurs sources de revenus.

Les douanes européennes joueront un rôle clé pour couper les terroristes – dont les méthodes ont évolué – de leurs sources de revenus :

  • L’exploitation illicite du commerce de marchandises est la « nouvelle frontière ». On parle là de méthodes très diverses, coûteuses à mettre en place mais difficiles détecter, comme la sous-facturation, la facturation multiple, la description frauduleuse de biens… Le but ultime est de maquiller l’origine des fonds et de les intégrer dans l’économie formelle avant qu’ils ne soient mobilisés pour financer une action ou un groupe terroristes. Les pouvoirs des douanes, qui relèvent de mon portefeuille à la Commission, seront ajustés pour faire face à cette menace.

Le plan propose une approche globale, mêlant un mécanisme de certification et un dialogue plus étroit avec le monde de l’art.

  • Le plan vise aussi le trafic des biens culturels. Nous avons tous en tête les destructions auxquelles se livre Daesh – pensons à Palmyre. Une part importante des biens culturels n’est cependant pas détruite mais pillée, et les recettes alimentent ses coffres. Le plan propose une approche globale, mêlant un mécanisme de certification et un dialogue plus étroit avec le monde de l’art – musée ou maison de ventes aux enchères. C’est dans les prochaines années que ces biens culturels, qui sont vus comme un investissement de long terme par les terroristes, vont affluer en Europe, une fois que la vigilance se relâchera et que de faux documents d’origine auront pu être fabriqués. Il faut s’y préparer.

Le plan vise aussi à détecter et empêcher le mouvement des fonds récoltés :

Faire reculer l’anonymat permettra de tracer les mouvements pour mieux les stopper.

  • Les terroristes utilisent aujourd’hui certains moyens de paiement électroniques, attractifs en raison de leur anonymat, comme les plateformes d’échange de monnaie virtuelles ou les cartes prépayées. Nous renforçons donc les exigences en matière d’identification des consommateurs et de vérification de leur identité. Faire reculer l’anonymat permettra de tracer les mouvements pour mieux les stopper.
  • Les autorités nationales – à commencer par les cellules de renseignement financier, comme Tracfin en France – seront renforcées. De nouveaux outils seront aussi mis en place : ainsi des registres nationaux centralisés des comptes bancaires et de paiement – ou des systèmes équivalents – seront créés dans tous les Etats membres. Ces informations ont joué un rôle clé dans les enquêtes après les attentats récents.

Les mailles du filet vont se resserrer sur les mouvements de liquide, encore très utilisé par les terroristes.

  • Enfin les mailles du filet vont se resserrer sur les mouvements de liquide, encore très utilisé par les terroristes. Les douanes doivent être en capacité d’agir sur les envois de liquide par la poste ou par fret, ou lorsque quelqu’un traverse une frontière de l’Union avec une somme d’argent limitée – c’est souvent le cas des aspirants djihadistes qui partent s’entraîner à l’étranger – mais qu’il y a suspicion d’activité illicite.

L’Europe est dans une lutte ouverte contre une folie meurtrière qui s’est déjà manifestée, trop de fois, sur son sol

Il n’y a pas de réponse miracle contre le terrorisme. Beaucoup a été fait par cette Commission depuis les attentats contre Charlie Hebdo : des mesures ont été prises sur les armes à feu ou les explosifs, une directive sur le terrorisme a été adoptée en décembre, un accord sur les fichiers des passagers aériens a été trouvé. Mais empêcher au maximum leurs pratiques de financement existantes est essentiel pour interdire aux terroristes de mener à bien leurs actions. L’Europe est dans une lutte ouverte contre une folie meurtrière qui s’est déjà manifestée, trop de fois, sur son sol : la Commission avait l’obligation d’être là où les citoyens l’attendent et de se montrer totalement résolue dans la défense de leur sécurité. C’est ce que nous faisons aujourd’hui, une fois de plus.

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