Tribune dans Le Figaro : « Pour un progressisme européen assumé »

Je m’exprime aujourd’hui dans une tribune publiée par Le Figaro sur la nécessité de se saisir du débat européen, et de se ressaisir. Alors que les crises sont nombreuses et que les défis sont immenses, il est essentiel de continuer à revendiquer notre engagement européen. Et de ne pas avoir peur de dire, face aux populistes, que l’Europe n’est pas un problème, mais bien une partie de la solution.

Voici un extrait de cette tribune :

Tribune – Pour un progressisme européen assumé

Regardons les choses en face. Le débat sur l’Europe est aujourd’hui phagocyté par les eurosceptiques. Les scénarios simplistes des extrêmes et des populistes dominent, non pas par leur pertinence mais parce qu’ils rencontrent trop peu d’obstacles, parce que leurs thèses et leurs idées ne sont pas suffisamment combattues. Il en résulte partout un même sentiment de désenchantement, de peur, d’impasse historique à l’égard de l’Europe.

Il y a pourtant des adversaires à combattre, les populistes. Il y a des consciences à réveiller, celles des citoyens européens, que l’on abreuve de contre-vérités sur l’Europe. Enfin, il y a des obligations à remplir, pour les pro-européens et donc pour les réformistes: ceux-ci doivent réinvestir le débat, par le biais de propositions structurées et novatrices.

Le défi européen est connu, il est immense. L’Europe connaît aujourd’hui trois crises. Une crise de la protection tout d’abord: la crise des réfugiés, et le terrorisme – concomitants  sans être liés – testent notre ouverture au monde. Une crise de l’intégration ensuite: le Brexit fait peser un risque réel de délitement – mais l’éviter ne doit pas se faire au détriment des avancées futures pour l’Union, et d’abord pour la zone euro. Une crise des valeurs enfin: notre continent est aujourd’hui divisé entre ceux qui prônent une conception purement chrétienne – et s’opposent donc à l’arrivée de réfugiés d’autres continents – et ceux qui estiment que l’Europe est unie et diverse, que notre « modèle de civilisation » n’est pas menacé, mais que nous avons besoin de réponses communes.

Face à ces crises, les pro-européens, et en particulier la gauche pro-européenne, ne peuvent rester silencieux – et encore moins, comme certains croient habile de le faire, en rajouter dans la critique, comme pour se mettre au diapason d’une opinion nationale inquiète. Quand la justice et l’humanité sont en jeu,  refuser de flatter les instincts et les peurs ,  fût- ce au risque de l’impopularité, comme l’a fait Angela Merkel dans sa gestion de la crise des réfugiés, est aussi un signe de volonté politique. Certes la situation de l’Allemagne est spécifique, et ce choix n’est pas sans poser de problèmes. D’autres devraient toutefois s’inspirer de cette constance, de cette vision.

Revendiquons haut et fort notre engagement européen ! Parce qu’aucune des crises que nous affrontons, aucune des difficultés que nous rencontrons, aucun des défis que nous devons relever ne sont purement nationaux, les réponses ne peuvent être qu’européennes. Non, l’Europe n’est pas un problème: elle n’est peut-être pas toute la solution, mais elle est une partie de la solution. Elle reste, en ces temps troublés, notre horizon historique, le grand projet qui peut nous unifier et nous mobiliser.

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L’intégralité de cette tribune est à lire dans Le Figaro de ce jour, et en ligne : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/03/16/31002-20160316ARTFIG00300-pierre-moscovici-pour-un-progressisme-europeen-assume.php.