Dans les médias

Pour un progressisme européen assumé – Tribune dans Le Figaro

Catégorie : Actualité,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 21/03/2016 à 14:43
Commentaires fermés

Je vous invite à lire ci-dessous l’intégralité de ma tribune « Pour un progressisme européen assumé », parue dans Le Figaro ce jeudi 17 mars.

J’y lance un appel à tous les pro-européens : oui, il faut se saisir du débat sur l’Europe, et surtout se ressaisir ! L’Europe n’est pas le problème, mais bien une partie de la solution. À l’Europe rabougrie, peureuse et cloisonnée des populistes, il faut maintenant opposer une Europe progressiste et pleinement assumée.

Pour un progressisme européen assumé

Regardons les choses en face. Le débat sur l’Europe est aujourd’hui phagocyté par les eurosceptiques. Les scénarios simplistes des extrêmes et des populistes dominent, non pas par leur pertinence mais parce qu’ils rencontrent trop peu d’obstacles, parce que leurs thèses et leurs idées ne sont pas suffisamment combattues. Il en résulte partout un même sentiment de désenchantement, de peur, d’impasse historique à l’égard de l’Europe.

Il y a pourtant des adversaires à combattre, les populistes. Il y a des consciences à réveiller, celles des citoyens européens, que l’on abreuve de contre-vérités sur l’Europe. Enfin, il y a des obligations à remplir, pour les pro-européens et donc pour les réformistes: ceux-ci doivent réinvestir le débat, par le biais de propositions structurées et novatrices.

Le défi européen est connu, il est immense.

Le défi européen est connu, il est immense. L’Europe connaît aujourd’hui trois crises. Une crise de la protection tout d’abord: la crise des réfugiés, et le terrorisme – concomitants  sans être liés – testent notre ouverture au monde. Une crise de l’intégration ensuite: le Brexit fait peser un risque réel de délitement – mais l’éviter ne doit pas se faire au détriment des avancées futures pour l’Union, et d’abord pour la zone euro. Une crise des valeurs enfin: notre continent est aujourd’hui divisé entre ceux qui prônent une conception purement chrétienne – et s’opposent donc à l’arrivée de réfugiés d’autres continents – et ceux qui estiment que l’Europe est unie et diverse, que notre « modèle de civilisation » n’est pas menacé, mais que nous avons besoin de réponses communes.

Face à ces crises, les pro-européens, et en particulier la gauche pro-européenne, ne peuvent rester silencieux.

Face à ces crises, les pro-européens, et en particulier la gauche pro-européenne, ne peuvent rester silencieux – et encore moins, comme certains croient habile de le faire, en rajouter dans la critique, comme pour se mettre au diapason d’une opinion nationale inquiète. Quand la justice et l’humanité sont en jeu,  refuser de flatter les instincts et les peurs ,  fût- ce au risque de l’impopularité, comme l’a fait Angela Merkel dans sa gestion de la crise des réfugiés, est aussi un signe de volonté politique. Certes la situation de l’Allemagne est spécifique, et ce choix n’est pas sans poser de problèmes. D’autres devraient toutefois s’inspirer de cette constance, de cette vision.

Non, l’Europe n’est pas un problème: elle n’est peut-être pas toute la solution, mais elle est une partie de la solution.

Revendiquons haut et fort notre engagement européen ! Parce qu’aucune des crises que nous affrontons, aucune des difficultés que nous rencontrons, aucun des défis que nous devons relever ne sont purement nationaux, les réponses ne peuvent être qu’européennes. Non, l’Europe n’est pas un problème: elle n’est peut-être pas toute la solution, mais elle est une partie de la solution. Elle reste, en ces temps troublés, notre horizon historique, le grand projet qui peut nous unifier et nous mobiliser.

Certes, rien n’oblige à se satisfaire des résultats de l’Europe aujourd’hui. L’Union européenne n’est pas parfaite. Moi-même, je ne suis pas un euro-béat, considérant que nous faisons un sans-faute, que les progrès sont visibles pour tous, qu’il n’y a rien à changer. Je sais que l’Europe reste trop éloignée des réalités de nos territoires, je connais les réticences qu’elle suscite dans les milieux dits populaires.

Je sais aussi que, du coup, l’Europe divise la gauche, conduisant une partie d’entre elle aux confins du nationalisme, réduisant l’autre au silence ou à une parole trop timide- la social- démocratie française éprouve ce dilemme depuis le referendum sur la Constitution européenne en 2005.

La gauche ne peut pas pour autant faire l’impasse sur l’Europe.

La gauche ne peut pas pour autant faire l’impasse sur l’Europe. Ce serait une erreur, et même une faute. Elle ne peut pas se contenter d’évoquer le risque de son délitement, de critiquer ses règles ou de déplorer ses messages, bref de tirer sur le pianiste bruxellois pour se défausser de ses responsabilités nationales ou faire l’économie d’une ambition commune.

Je souhaite que les campagnes électorales à venir en France, en Allemagne ou encore en Italie,  en République Tchèque, aux Pays-Bas, l’aident à dépasser le clivage stérile qui la paralyse aujourd’hui, entre ceux qui voient encore dans l’Europe le vecteur de notre progrès et ceux qui refusent une intégration plus poussée, par crainte d’un affaiblissement de notre modèle social historique. Il faudra aussi nouer le dialogue, sans concession ni confusion, entre tous les partis démocratiques pro-européens. Non, le compromis n’est pas un avilissement ou une abdication, il résulte à la fois d’un combat et d’une entente et, dès lors qu’il est progressiste, il constitue une voie vers le bien-être commun.

Oui, il faut se saisir du débat sur l’Europe, et surtout se ressaisir !

Oui, il faut se saisir du débat sur l’Europe, et surtout se ressaisir !

On connaît mes convictions. Mon expérience à la Commission les renforce. Je veux une Europe de la croissance et de l’emploi. L’Europe doit améliorer sa performance économique , en développant des réformes structurelles « 2.0 » qui mettent l’accent sur l’investissement, sous toutes ses formes, sur le capital humain, l’éducation, l’innovation. On ne peut avancer sur la seule consolidation budgétaire et sur une définition étroite de la compétitivité qui reviendrait à systématiser la dévaluation salariale dans un jeu non-coopératif. La gouvernance de la zone euro doit être fortement renforcée, avec un budget et un Trésor qui lui soient propres, mais aussi démocratisée, avec un ministre des finances et un renforcement du rôle du Parlement européen, car on ne peut prendre des décisions qui engagent l’avenir de peuples dans le secret des Eurogroupes. La convergence, et d’abord la convergence sociale, doit rester une priorité. Et je salue la révision de la directive sur les travailleurs détachés que la Commission vient de proposer. Enfin, la crise des réfugiés est à mes yeux une crise de la solidarité, qui doit être contrée avec un instrument financier commun.

À l’Europe rabougrie, peureuse et cloisonnée des populistes, il faut maintenant opposer une Europe progressiste et pleinement assumée

Je soumets ces idées au débat. À l’Europe rabougrie, peureuse et cloisonnée des populistes, il faut maintenant opposer une Europe progressiste et pleinement assumée, comme les sociaux-démocrates réunis à Paris samedi 12 mars autour de François Hollande ont commencé à le faire. J’appelle ses partisans à rentrer totalement dans le match !

Be Sociable, Share!