Face au populisme, réagir : leçons de la présidentielle autrichienne

Face au populisme, réagir : leçons de la présidentielle autrichienne

 

Cette fois l’extrême-droite s’est arrêtée aux portes du pouvoir.

L’Europe a échappé hier à une terrible blessure. Alexander Van der Bellen, le candidat soutenu par les Verts à l’élection présidentielle autrichienne, l’a finalement emporté face à son adversaire d’extrême droite Norbert Hofer. L’élection aura été accrochée jusqu’au bout, avec 24h d’incertitude sur un résultat ultraserré, finalement renversé par le vote des électeurs par correspondance. Vienne avait déjà connu son « coup de tonnerre » en 2000, avec l’entrée dans la coalition gouvernementale du FPÖ de Jörg Haider, qui siège avec le Front National au Parlement européen.  C’était une forme de préfiguration du 21 avril 2002 sous d’autres latitudes. Cette fois l’extrême-droite s’est arrêtée aux portes du pouvoir.

Il s’en est fallu d’un cheveu.

 Si l’extrême-droite l’avait emporté hier, l’air européen serait devenu encore un peu moins respirable.

Ce résultat est un soulagement, bien sûr. Une autre victoire, une autre conquête de l’extrême droite, après toutes celles déjà engrangées en Europe ces dernières années, aurait encore un peu plus menacé notre continent. Déjà, les atteintes aux droits fondamentaux et aux principes de l’État de droit se multiplient. Partout, les  idées xénophobes et nationalistes progressent. L’Europe se renferme. La pensée politique rétrécit et se rabougrit. Si l’extrême-droite l’avait emporté hier, l’air européen serait devenu encore un peu moins respirable.

Il y a bien un puissant refus citoyen des idées nauséabondes de l’extrême droite européenne.

Mais ce vote est aussi plus qu’un simple bol d’oxygène : il montre  que la vague populiste, pour forte qu’elle soit, est résistible. C’est l’enseignement positif à tirer de cette élection. Il y a bien un puissant refus citoyen des idées nauséabondes de l’extrême-droite européenne, et cette résilience est toujours capable de leur faire obstacle. Norbert Hofer, à qui le pronostic promettait une large victoire, a échoué face à une mobilisation, dans la dernière ligne droite, d’électeurs autrichiens rebutés par la perspective d’une présidence aux couleurs du FPÖ et désireux de voir l’Autriche demeurer  un pays ouvert et engagé dans la construction européenne. Il a échoué face à un « barrage » citoyen, transpartisan – le même qui fait encore obstacle, là-bas comme en France, à l’élection aux plus hautes fonctions d’une extrême droite, même solidement installée, dans un scrutin majoritaire à 2 tours.

Ce résultat appelle une analyse rigoureuse, et une réponse déterminée.

Mais ce résultat appelle une analyse rigoureuse, et une réponse déterminée. Il révèle, tout d’abord, une polarisation de la société d’une rare dureté, qui ne disparaîtra pas au lendemain des élections. Il révèle aussi – de nouveau – une extrême- droite qui, si elle reste bloquée sur le seuil, n’en frappe pas moins avec toujours plus de force aux portes du pouvoir. Il révèle l’incapacité des formations de gouvernement à définir leur positionnement par rapport au populisme, à éviter sa « normalisation ». Il  révèle enfin, comme dans tous les scrutins qui ont favorisé l’extrême droite, un immense rejet de l’offre politique.

Ce rejet de l’offre politique trouve en partie sa source en Autriche dans les inquiétudes identitaires suscitées par la crise des réfugiés. Située dans le prolongement de la « route des Balkans » très empruntée par les Syriens, les Irakiens ou les Afghans, partageant une frontière commune avec une Allemagne qui s’est tôt signalée par sa politique d’ouverture à leur encontre, l’Autriche a pu se croire prise en étau. Ailleurs, les déterminants économiques l’emportent, mais partout ces interrogations affleurent.

On ne pourra pas compter indéfiniment sur le « sursaut citoyen », qui ne peut être le seul recours en démocratie.

On ne pourra pas compter indéfiniment sur le « sursaut citoyen », qui ne peut être le seul recours en démocratie. Le vote « de barrage » est certes un bouclier contre le pire. Mais si c’est la dynamique qui s’installe durablement dans les élections en Europe, les électeurs démissionneront de la politique.

Il faut répondre à ce qui est une demande insatisfaite en étant plus offensif, plus cohérent, plus européen.

Il faut donc, encore une fois, répondre à ce qui est une demande insatisfaite en étant plus offensif, plus cohérent, plus européen. Bref, en formulant l’offre politique nationale et européenne que, clairement, les citoyens européens ne trouvent pas sur le « marché » politique aujourd’hui. Il faut combattre le populisme d’extrême-droite avec énergie, mais il faut aussi répondre aux déceptions populaires dont il se nourrit, ainsi qu’aux aspirations inassouvies qui l’alimentent. J’entends y contribuer à ma place et dans ma responsabilité.