Interview dans Le Point aujourd’hui

A lire ci-dessous, un extrait de mon interview parue aujourd’hui dans Le Point sur l’Europe, le libéralisme, les enjeux européens en France, ou encore la vision de la France en Europe. J’y insiste sur la nécessité pour les pro-européens de faire entendre leur voix, et de faire comprendre aux Français que l’Europe est une chance.

 

À entendre les eurosceptiques  Britanniques, l’Europe est socialiste. Pour les eurosceptiques français, elle est ultralibérale… Où est la vérité ?

On doit travailler ensemble en Europe pour en tirer tous des avantages : l’efficacité économique et la justice sociale.

Il y a un malentendu originel. L’Europe ne peut pas être « française », « allemande » ou « britannique ». Elle ne peut pas être de « droite » ou de « gauche « , « socialiste» ou « libérale ». Je dirai que c’est une sorte de copropriété, dans laquelle chacun doit veiller à défendre ses intérêts, mais aussi à ce que le voisin ne soit pas frustré. On doit travailler ensemble pour en tirer tous des avantages: l’efficacité économique et la justice sociale. Le problème, c’est que beaucoup en France voudrait une Europe à « notre » image avec notre « modèle » et que nous ne nous sommes pas assez rendu compte que nous vivions dans un modèle original.

La France semble le pays d’Europe le plus rétif au libéralisme…

Nous adorons l’État. Mais nous adorons aussi le critiquer. Cela fait partie de l’histoire française. C’est la même chose pour le modèle social. C’est en France qu’il est le moins remis en cause. Pour le meilleur – sa solidarité, sa solidité, sa justice sociale. Mais aussi pour le moins bon –son efficacité déclinante et nos prélèvements obligatoires qui sont les plus élevés du continent. En fait, les Français rêvent d’une Union européenne qui serait la France en grand. Le problème, c’est que ce n’est pas possible. Et que notre modèle est loin d’être parfait, qu’il a besoin d’être changé et réformé.

Est-ce la faute des hommes politiques qui n’ont pas assez expliqué aux Français le chemin qu’ils faisaient prendre au pays depuis un demi-siècle ?

Les pro-européens français ont leur responsabilité : ils ont l’Europe timide, voire honteuse.

La France est le grand pays qui a le moins bien compris qu’il pouvait démultiplier son influence grâce à son appartenance à l’Union européenne. Les Français ne voient pas toujours que la France est essentielle dans cette Union. Parce qu’on ne leur a pas assez dit et expliqué. Les politiques qui passent leur temps à dire : « c’est la faute de Bruxelles ! » commettent une faute. Et les pro-européens français ont leur responsabilité : ils ont l’Europe timide, voire honteuse. Comme si ils avaient abdiqué et n’osaient plus défendre leurs convictions…

Qui sont ces politiques ?

On ne joue pas comme ça avec l’Europe pour gagner des voix. Il faut arrêter de tirer sur le pianiste de Bruxelles.

Pour ne prendre qu’un exemple, je ne comprends pas qu’un homme de la nouvelle génération comme Bruno Lemaire, qui connait aussi bien l’Europe, propose un référendum sur des modifications essentielles – et unilatérales – des Traités. L’Europe est constitutive de notre identité. On ne joue pas comme ça avec l’Europe pour gagner des voix. Il faut arrêter de tirer sur le pianiste de Bruxelles. Il faut arrêter de faire croire aux électeurs que l’Europe est une entité extérieure, qui se construit sans ou contre les peuples. C’est faux! Mais ne nous y trompons pas, cette tentation est très répandue, à droite comme à gauche. Oui, y a un clivage politique sur l’Europe, et les pro-Européens ont un devoir : combattre plus énergiquement pour leur idéal, et pour cela expliquer la réalité, dire la vérité sur l’Europe et sur l’euro, qui sont une force dans la mondialisation. Attention, cependant, à ne pas effacer le clivage droite/gauche. Il est nécessaire. Il est même premier. Et avoir une  classe politique qui ne serait divisée qu’entre pro et anti européens serait tout simplement suicidaire.

[…]

L’intégralité de cette interview est à lire dans Le Point de ce jeudi 26 mai.