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Entretien dans Le Devoir – Québec

Catégorie : Actualité,Europe / International,Voyages et déplacements | Par pierre.moscovici | 13/06/2016 à 17:26
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En déplacement au Québec ce lundi 13 et mardi 14 juin, j’ai accordé un entretien au quotidien Le Devoir, en forme de plaidoyer économique pour une Europe inclusive.

Avenir de l’Europe, défis en cours, reprise économique et réformes, et partenariat avec le Canada : tous mes réponses à lire ci-dessous.

Plaidoyer économique pour une Europe inclusive

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Pierre Moscovici n’a pas l’habitude d’y aller par quatre chemins. Donald Trump ? Ce serait « extrêmement difficile » pour l’Europe « de travailler avec lui », exposait la semaine dernière le commissaire aux affaires économiques de l’UE au sujet de celui qui pourrait bien devenir le prochain président américain. De plus, dans un entretien au «Devoir», il ne cache pas son inquiétude au sujet du Brexit. Et son espoir de voir l’accord Canada-UE enfin ratifié.

À dix jours du référendum sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), le commissaire aux affaires économiques et monétaires se refuse toujours à envisager des négociations avec le Royaume-Uni à l’issue d’un éventuel Brexit. « Quand on commence à parler du plan B, c’est qu’on ne croit plus au plan A. »« On a des intérêts tellement forts à rester ensemble que je me refuse à y penser », explique celui qui est en quelque sorte le ministre de l’Économie de l’Europe.

 J’espère que les électeurs choisiront le “Remain”

De passage au pays pour la Conférence de Montréal du Forum économique international des Amériques, il fait preuve d’un optimisme prudent sur l’issue du référendum du 23 juin prochain. Malgré les plus récents sondages, qui accordent une légère avance (46 %) au « Leave » par rapport au « Remain » (44 %). « J’espère que les électeurs choisiront le “Remain”. J’en ai la conviction, même, tant il est vrai que les partisans du “Leave” ne sont pas parvenus à faire la démonstration aux électeurs que la situation au lendemain du Brexit serait meilleure que la veille », dit-il.

À son sens, au final, une espèce de « rationalité » politique et économique l’emportera à cette occasion, comme lors du premier référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de la Communauté économique européenne, tenu en 1975. Il le faut, car les conséquences du départ des Britanniques pourraient se faire ressentir bien au-delà du royaume de Sa Majesté.

Conséquences

Si de nombreuses multinationales ont déjà évoqué leur intention de quitter la Grande-Bretagne ou d’y réduire leurs activités advenant un vote en faveur du « Leave », Bruxelles a aussi de quoi frémir, explique-t-il.

« L’Europe est une construction politique qui s’est toujours bâtie de façon inclusive. À l’origine, il y avait six pays, puis neuf, puis dix, puis vingt-huit. Le départ d’un État membre aurait une signification importante pour l’Europe même, et un Brexit pourrait donner de mauvaises idées à d’autres. Moi, je tiens à ce que l’Europe demeure une réalité en expansion. »

Je tiens à ce que l’Europe demeure une réalité en expansion

Dans une édition spéciale bilingue du magazine allemand Der Spiegel publiée samedi et titrée « Please don’t go ! », le ministre des Finances de l’Allemagne, Wolfgang Schäuble, qualifie pour sa part de « wake-up call » le débat sur la participation du Royaume-Uni à l’UE. Vote en faveur du « Leave » ou non, Bruxelles ne peut se contenter du statu quo, fait-il valoir, de crainte que d’autres pays lui emboîtent sous peu le pas.

Pierre Moscovici nuance. « Il y a toujours eu ce sentiment ambivalent des Britanniques envers l’Europe. Je ne transposerais pas la situation de l’opinion publique britannique au reste de l’Europe. Mais, indépendamment du référendum, il y a en effet une montée très préoccupante de l’euroscepticisme, particulièrement du côté de l’extrême droite », et de façon plus prononcée depuis la plus récente crise économique. L’UE se doit de démontrer sa pertinence et sa nécessité non seulement pour les pays qui en sont membres, mais également sur l’échiquier mondial, fait-il valoir.

C’est d’ailleurs l’un des messages qu’il souhaite faire passer lundi matin dans son allocution à Montréal, et lors d’une rencontre qu’il doit tenir en après-midi avec le premier ministre Philippe Couillard.

Près d’une décennie après le début de la « Grande Récession », l’économie mondiale entre dans une nouvelle ère, marquée par une forte incertitude, tant sur le plan économique que géopolitique, par de faibles taux de croissance pour les pays industrialisés et par un ralentissement des économies des marchés émergents. Plus que jamais, l’Europe et le Canada ont donc besoin l’un de l’autre, affirme M. Moscovici, se montrant optimiste par rapport à la ratification, imminente dit-il, de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’UE, sur lequel tablent les deux parties depuis maintenant près de dix ans.

Plus que jamais, l’Europe et le Canada ont donc besoin l’un de l’autre

Celui-ci pourrait faire grimper de 12 milliards de dollars le produit intérieur brut canadien (PIB) tout en créant entre 80 000 et 100 000 emplois, selon ses partisans. « Le texte anglais a déjà été rédigé, il reste à le traduire [vers le français et dans les 21 autres langues des traités de l’UE]. J’ai bon espoir qu’il soit ratifié d’ici la fin de l’année 2016, pour être mis en oeuvre en 2017. C’est faisable. C’est le message que le président François Hollande a fait à M. Trudeau lors du sommet du G7, au Japon, et c’est le message que je vais réitérer. »

Croissance correcte

Globalement, l’économie canadienne se porte correctement, analyse l’économiste, élève de Dominique Strauss-Kahn et proche du président Hollande. « Ce n’est peut-être pas le contexte économique le plus florissant que le Canada a connu, mais son économie a une capacité de rebond importante, et l’Accord global va [la] dynamiser », dit-il, rappelant que l’entente aura pour effet d’abaisser les droits de douane et d’ouvrir davantage les marchés canadiens aux Européens, notamment les marchés publics.

Pierre Moscovici signale une autre « forme de modernité » : l’élection l’an dernier du gouvernement de Justin Trudeau. « Ce n’est pas qu’une question de communication, de style. Il y a véritablement une envie que le Canada revienne dans le monde, soit beaucoup plus ouvert envers les autres. Notre relation avec M. Harper était beaucoup moins proche. M. Trudeau est prêt à jouer un rôle à l’international. »

« Le Canada est un grand pays, membre du G7, qui regroupe les sept plus grandes puissances économiques du monde. Pendant des années, il était discret, si pas muet. […] Là, on sent une volonté de voir le pays revenir à son ère de leadership international. C’est une bouffée d’oxygène pour la politique canadienne, mais aussi mondiale. »

Cette interview est aussi à lire ici : http://www.ledevoir.com/international/europe/473287/pierre-moscovici

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