Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (2/3)

Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (2/3)

 

 

Le dépassement du clivage gauche/droite est le dernier débat à la mode.

Le dépassement du clivage gauche/droite est le dernier débat à la mode. A vrai dire, ce n’est pas une franche novation, ni une première, mais au contraire un marronnier de la politique française, en particulier à gauche lorsque celle-ci est en difficulté ou à court d’idées neuves. Il est donc compréhensible qu’il fleurisse en ce moment. Sans fuir le besoin aigu de rénovation qui s’exprime, je veux dire pourquoi et en quoi la solution pour la gauche, pour sa victoire difficile mais toujours possible en 2017, pour sa refondation future, se trouve ailleurs.

 La gauche au pouvoir a déjà changé, elle doit changer encore.

La gauche au pouvoir a déjà changé, elle doit changer encore. Ministre de l’économie et des finances, j’avais appelé en 2012 à une « révolution copernicienne »  de notre politique économique, et avais engagé sa réorientation vers une politique de l’offre. Elle a eu lieu, elle n’est pas achevée, elle doit se poursuivre. Notre pays souffre depuis des années d’un chômage insupportable, d’une croissance trop faible, d’un déficit public et d’un endettement trop élevés, d’un niveau de prélèvements obligatoires mal toléré.

Arrivant aux responsabilités en 2012, après l’élection de François Hollande, nous avons dû nous attaquer à la racine commune de ces insuffisances : un retard de compétitivité, profondément ancré dans les structures de l’économie française. Il ne s’agissait pas seulement d’un coût excessif du travail, mais aussi et surtout de rigidités à lever – dans le système social et fiscal, dans l’éducation, dans l’organisation du marché du travail, dans la capacité d’innovation et d’investissement du système productif lui-même… La France avait, et elle a toujours besoin de réformes, pour retrouver un meilleur potentiel de croissance, pour créer plus d’emplois, pour rester une puissance économique de premier plan. Voilà pourquoi il fallait un « choc de compétitivité », un pacte de responsabilité avec les entreprises et de nombreux changements structurels.

A l’évidence, le « récit » de cette révolution copernicienne n’a pas été assez clairement développé. Ses étapes, ses modalités, ses finalités n’ont pas été suffisamment expliquées, revendiquées et donc partagées. Et ses résultats, qui ne peuvent advenir sans délais, qui au contraire exigent du temps, sans être négligeables, ne sont pas encore assez suffisamment convaincants. Il ne m’appartient pas de dire ici ce qui a manqué pour ce faire. A l’évidence, des erreurs – de rythme, de méthode sans doute, de fond peut-être- ont été commises – et la gouvernance de ce grand changement, n’a pas été parfaite – c’est le moins qu’on puisse dire. Il faudra sans aucun doute, en réfléchissant à un projet pour le futur, en faire l’examen approfondi et sans complaisance, et en tirer les leçons, intellectuelles et politiques.

Mais j’ai la conviction que ce choix réformiste est incontournable pour la gauche. Celle-ci est à mes yeux aujourd’hui, comme souvent dans notre histoire, la mieux à même de moderniser la France, de veiller à protéger son modèle social tout en le faisant évoluer – il a lui aussi bien besoin de réformes de grande ampleur. Je ne crois pas, contrairement à Arnaud Montebourg, qu’un grand bond en arrière soit la clé du futur, ni qu’un mélange plus ou moins habilement concocté de souverainisme et d’étatisme soit l’avenir de la gauche. La gauche ne peut être ni conservatrice, ni nationaliste, ni corporatiste, sans quoi elle n’est qu’une survivance ou une vigie, pas une force de gouvernement capable de façonner l’avenir.

Le progrès – économique et social – est une aspiration profondément ancrée à gauche.

Faut-il déduire de cet impératif de modernisation que le clivage gauche/droite est désuet, que le « ni gauche/ni droite », voire le « et gauche/et droite » sont les réponses pour demain ? Si la réinvention de la pensée politique se limite à dire qu’il faut accepter les lois de l’économie de marché dans la mondialisation, armer les individus pour leur permettre d’y trouver leur place, promouvoir une société de liberté, prôner l’ouverture, la réponse peut être oui. Mais cela ne suffit pas. Car le progrès – économique et social – est une aspiration profondément ancrée à gauche. Et la modernisation aujourd’hui nécessaire de notre pays est un vecteur de ce progrès si elle est bien mise en œuvre par des forces de gauche.

La droite et la gauche ont des divergences profondes, et une hiérarchisation différente des priorités.

N’oublions pas que la droite et la gauche ont des divergences profondes, et une hiérarchisation différente des priorités. Pour la droite, les inégalités sont inévitables, pour la gauche elles sont insupportables. La droite comme la gauche sont attachées à l’émancipation des individus. Mais la droite considère souvent que favoriser la réussite personnelle suffira à résoudre les problèmes collectifs, tandis que la gauche estime que pour résoudre les problèmes collectifs, il faut commencer par offrir à chacun les mêmes chances de réussite. C’est pour cela que la droite fait de la levée des obstacles au fonctionnement du marché sa seule priorité, tandis que la gauche parle aussi d’éducation, de culture, de protection sociale. Pour une part majoritaire de la droite, les normes sociétales, la conception traditionnelle de la famille et de la liberté sont sacrées et doivent être conservées. Pour une part majoritaire de la gauche, la liberté de chacun et la volonté de s’adapter aux évolutions de la société prévalent sur les principes conservateurs. La droite française, historiquement, nourrit un certain culte du chef et de l’autorité, quand la gauche croît au dialogue social et à l’adhésion/inclusion pour légitimer l’action publique.

C’est là que résident des convictions profondément différentes, dont la confrontation est tout simplement nécessaire au débat démocratique. Ignorer que la France est un pays profondément politique, négliger ainsi son histoire, minorer le caractère structurant du clivage gauche/droite pour espérer, comme le faisait jadis Valéry Giscard d’Estaing, un gouvernement pour « 2 Français sur 3 » serait plus qu’une naïveté : une faute. L’idée d’une opposition entre les « progressistes » et les « conservateurs », portée par Emmanuel Macron, ne me gêne pas – au contraire, c’est après tout une définition assez classique de la gauche et de la droite, il est bon de le rappeler.

 

Encore faut-il le lui donner un périmètre et un contenu. S’il y a évidemment dans les deux camps des modernistes et des nostalgiques, des modérés et des radicaux, des réalistes et des idéologues, et surtout des hommes et des femmes de qualité et de bonne volonté, s’il existe bien sûr entre eux un socle républicain commun, je ne vois pas vraiment où se trouve, dans les valeurs à promouvoir, les intérêts à défendre ou les politiques à mettre en œuvre, le ciment d’une nouvelle « majorité d’idées » ou d’un hypothétique « bloc progressiste » transpartisan. L' »intérêt général » ne peut suffire à le définir, et il ne saurait en toute hypothèse, sauf à rendre le concept absurde, s’étendre jusqu’à des personnalités islamophobes,  socialement et sociétalement réactionnaires et proches de l’extrême- droite, en un mot infréquentables, comme Philippe de Villiers.

Que faire, donc ?

 

A suivre…

Une réflexion au sujet de « Libres réflexions sur l’état de la gauche en France (2/3) »

  1. Bonjour, quelques questions et reflexions !
    13 milliards à rembourser à l’Irlande et Dublin voudrait faire appel, une honte ! Tous les gouvernements sont-ils inféodés aux privilégiés
    Que fait le commissaire à la fiscalité européenne ?
    Apple, Google, Amazone vont-elles vraiment payer ? Les actionnaires parasites et voleurs (selon vos propos) de toute société civile digne de ce nom vont-ils payer ?
    Vos propos ci-dessous sont-ils issus du marketing comme les gens de votre classe sociale (celle des privilégiés , de l’oligarchie) savent le faire dans la gouvernance des entreprises ?
    De ces questions découlent bien évidement la situation « à droite » du parti socialiste. Contrairement, et jusqu’à preuve du contraire, le PS ce n’est pas la gauche. Aussi, je vous saurais gré de ne plus vous appropriez ce type de phrase «  »La droite et la gauche ont des divergences profondes, et une hiérarchisation différente des priorités » » ou alors de préciser la gauche hors PS.

    extrait d’un article de l’humantité.fr d’avril 2016 Ouvrant le débat et constatant que « les citoyens ne peuvent ni comprendre, ni accepter ce qui revient à les voler », Pierre Moscovici avait lancé dans une formule de Chevalier blanc qui se voulait définitive: « la révolution de la transparence est partie, elle ne s’arrêtera pas ! » A en juger par la réaction des députés tout au long du débat, c’est dire si sa diatribe a convaincu.

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