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De l’austérité à la croissance ou la réorientation des budgets de la zone euro!

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 21/11/2016 à 22:25
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En visite à Harvard la semaine dernière, je m’interrogeais sur les moyens d’action de l’Etat fédéral américain et ceux de l’Union européenne. La boîte à outils fédérale américaine est fournie : tournevis de la politique fiscale, clef à molette de la politique sociale, mètre de la politique monétaire… Du côté européen, quelques outils en moins, plus petits, et surtout une question qui revient à chaque fois qu’il faut agir : lequel choisir ? Conséquence : on en est souvent à se poser cette question alors qu’on devrait déjà être en train de visser.

Depuis mercredi, la boîte à outil européenne compte un nouvel outil : la « position budgétaire » ou « fiscal stance » en anglais.

Depuis mercredi, la boîte à outil européenne compte un nouvel outil : la « position budgétaire » ou « fiscal stance » en anglais. Concrètement, il s’agit d’une Communication de la Commission qui définit une orientation budgétaire commune aux pays de la zone euro. Cette position peut être négative en réduisant les déficits trop élevés. C’est ce que nous avons fait pendant la crise. Elle peut être neutre. C’est ce que nous avons depuis deux ans, permettant à la fois une baisse de déficits et une croissance modeste. Elle pourrait être positive, donnant la priorité à une croissance plus forte, tout en maintenant à la baisse des déficits déjà relativement bas. C’est le choix que propose la Commission européenne pour les 19 Etats membres de la zone euro pour 2017.

Mais ce n’est pas simplement un outil de plus. Avec le « fiscal stance », nous franchissons un pas décisif vers une gouvernance économique plus efficace de la zone euro.

Mais ce n’est pas simplement un outil de plus. Avec le « fiscal stance », nous franchissons un pas décisif vers une gouvernance économique plus efficace de la zone euro. La Commission peut désormais agir comme une sorte de « ministre des Finances de la zone euro » – un ministre collectif, bien sûr – en donnant un objectif global d’équilibre entre le soutien à la croissance et le respect des règles.

Il s’agit surtout d’une avancée politique, qui contribue à l’approfondissement de l’Union Economique et Monétaire, mais aussi à sa réorientation.

Il s’agit surtout d’une avancée politique, qui contribue à l’approfondissement de l’Union Economique et Monétaire, mais aussi à sa réorientation. Dans son discours sur l’état de l’Union, le Président Juncker avait en effet plaidé pour une « orientation budgétaire positive » dans la zone euro. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Qu’au lieu d’économiser, les Etats membres qui disposent de marges budgétaires – autrement dit, ceux qui dépensent moins que ce qu’ils collectent en impôts et en taxes – doivent dépenser et investir pour eux-mêmes et dans l’intérêt de tous. C’est notamment le cas de l’Allemagne, qui, en investissant davantage, dynamiserait à la fois son économie et celles de l’ensemble des Etats membres. Quant aux Etats qui sont encore en-deçà de leurs objectifs, ils doivent se concentrer avant tout sur le respect de leurs engagements, dans l’intérêt de tous – à commencer par le leur.

Pour la première fois, nous nous assurons que nos règles ne sont pas en contradiction avec l’objectif politique prioritaire de la Commission : plus de croissance.

Pour la première fois, nous nous assurons que nos règles ne sont pas en contradiction avec l’objectif politique prioritaire de la Commission : plus de croissance. La croissance est le carburant de la zone euro, nous avons besoin si nous voulons réduire efficacement les inégalités, faire baisser plus rapidement le chômage et lutter ainsi contre les populismes.

En orientant la zone euro vers un « positive fiscal stance », pour la première fois, nous raisonnons dans l’intérêt général de la zone euro en matière budgétaire.

En orientant la zone euro vers un «  ositive fiscal stance », pour la première fois, nous raisonnons dans l’intérêt général de la zone euro en matière budgétaire. Autrement dit, nous pensons en politiques, plus en techniciens. Surtout, nous affirmons qu’au moment où l’Europe, sortie de la crise, progresse encore trop lentement, nous voulons dynamiser l’économie de la zone euro. Nous entendons le message du Brexit et de l’élection de Donald Trump, qui nous appelle à lutter plus ardemment encore contre le chômage et les inégalités.

Bref, nous tournons le dos à l’austérité et proposons d’agir plus vigoureusement pour muscler la croissance.

Bref, nous tournons le dos à l’austérité et proposons d’agir plus vigoureusement pour muscler la croissance. C’est beaucoup pour l’Europe, et c’est une avancée dont je me réjouis. Je souhaite que les États membres de la zone euro nous suivent dans cette voie d’avenir.

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