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En finir avec l’austérité en Grèce !

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International,Politique | Par pierre.moscovici | 21/02/2017 à 16:39

Lundi 20 février 2017 : l’Eurogroupe trouve un accord sur la Grèce ! C’est une bonne nouvelle pour la Grèce et pour la zone euro. Mais de quoi s’agit-il exactement, après bientôt sept ans d’assistance financière à ce pays de la zone euro ?

Sans le programme européen et la solidarité de la zone euro, la Grèce aurait plongé dans une récession encore plus dramatique.

Hier, la Grèce – qui a emprunté plus de 250 milliards d’euros depuis 2010 – et les 18 autres Etats membres de la zone euro – les bailleurs – ont trouvé un compromis politique permettant aux institutions chargées de la négociation et de la mise en œuvre du Programme d’assistance financière (2015-2018) de revenir à Athènes rapidement. A la clé, la conclusion d’une étape importante de ce programme et le déboursement d’une nouvelle tranche financière pour assister l’Etat grec, toujours coupé des marchés financiers. Concrètement, les 18 prêtent de l’argent à la Grèce en échange de réformes structurelles et d’économies budgétaires. Et régulièrement, l’Eurogroupe doit faire le point sur ces progrès et décider si l’argent peut être versé. L’objectif ultime est simple : faire baisser la dette grecque et lui permettre de se financer directement sur les marchés à des taux acceptables.

Soyons clairs : sans ce programme européen, la solidarité de la zone euro et – dans une moindre mesure – l’assistance du Fonds Monétaire international (FMI), la Grèce aurait fait faillite, aurait quitté la zone euro et aurait plongé dans une récession encore plus dramatique. Les Grecs ne l’ont pas souhaité. Les Européens non plus, même si certains jouent encore avec la perspective d’un Grexit. La Commission européenne – que je représente – fait partie de ce groupe, appelé Troïka quand elle comptait aussi le FMI et la Banque Centrale Européenne (BCE), devenue un quatuor institutionnel avec le Mécanisme Européen de Stabilité (MES), qui garde l’argent des Etats membres et le verse à la Grèce après l’accord de l’Eurogroupe.

Depuis cinq ans, je combats toutes les tentations punitives, qui voudraient conduire au Grexit ou imposer l’austérité perpétuelle à la Grèce.

Derrière cette mécanique et l’accord trouvé hier, il y a certes de l’économie. Il y a aussi beaucoup de jeux politiques que je veux ici expliquer. Beaucoup, en gros à gauche de l’échiquier politique et au sud de la carte européenne, me disent qu’il est scandaleux « d’étrangler » ainsi les Grecs. Après sept ans d’austérité, une perte de richesse nationale de 27%, plus de 300 000 jeunes ayant fui le pays et un chômage toujours proche des 25%, je comprends cette sensibilité. Pour tout dire, je la partage au fond de moi, plus encore quand je vais à Athènes voir mes amis grecs.

Cela fait bientôt cinq ans que je participe à cette douloureuse négociation, comme ministre des Finances français, puis en tant que commissaire européen. Depuis cinq ans, je combats toutes les tentations punitives, qui voudraient conduire au Grexit ou imposer l’austérité perpétuelle à la Grèce. Et j’ai parfois l’impression que l’on demande toujours plus aux Grecs, pour des raisons économiques, qui cachent mal des enjeux idéologiques et politiques.

D’autres, plus à droite politiquement et géographiquement au nord, nous accusent d’être trop laxistes, de ne pas nous assurer de la mise en œuvre des réformes structurelles longtemps promises. Ils estiment que le système des retraites en Grèce est encore trop déficitaire, que l’impôt est encore trop inéquitable et l’économie pas assez dynamique pour assurer l’autonomie de l’Etat grec. C’est tout aussi est vrai, même si il faut tenir compte des progrès faits ces dernières années. L’économie grecque, si elle veut aller de l’avant, doit se réformer en profondeur, devenir plus productive et attractive.

Enfin, on me dit souvent – avec raison – que tout ceci ne sert à rien si on ne réduit pas la dette grecque aujourd’hui à 170% du PIB. Tel Atlas, le peuple grec porte le fardeau de cette dette et s’épuise à essayer à la fois de la rembourser et de la faire baisser. Tâche à la limite du supportable pour une économie longtemps en récession, peu compétitive, et confrontée à des recettes fiscales encore trop limitées.

L’accord politique de ce lundi maintient l’équilibre politique fondamental visant à aider financièrement la Grèce en échange de réformes structurelles nécessaires et d’efforts budgétaires soutenus dans le temps.

Pour faire simple, il y a trois manières de faire baisser la dette grecque, toutes trois soutenues par des acteurs différents dans cette négociation. Vous pouvez créer de la richesse et ainsi faire baisser le ratio de la dette, via le soutien à la croissance et des réformes structurelles profondes. Beaucoup a été fait par les Grecs et la croissance est enfin positive (2,7% cette année) après des années de récession dure. C’est utile pour la compétitivité, mais trop lent pour avoir un impact rapide sur la dette. Vous pouvez à l’inverse couper dans les dépenses de l’Etat et exiger des surplus budgétaires. C’est ce qui est demandé depuis sept ans via une austérité sévère et qui conduit la Grèce aujourd’hui à un déficit de seulement 1,1% et à même dépasser ses objectifs. Mais là aussi, c’est trop long, douloureux et dommageable.

Enfin, vous pouvez modifier les paramètres de la dette. Non pas l’effacer comme certains le demande un peu trop naïvement en ignorant l’existence et les intérêts des créanciers (ce serait si simple…), mais, comme les Etats l’ont accepté en janvier dernier, en abaissant les taux d’emprunt et en modulant les échéances pour rendre la charge de la dette moins lourde à court terme. Et en mai 2016, l’Eurogroupe s’était aussi engagé à des mesures de moyen terme, pour une étape ultérieure du programme, si les progrès continuaient. La perspective est donc bien là.

Je le redis ici : l’accord politique de lundi est un bon accord pour la Grèce et la zone euro. Il maintient l’équilibre politique fondamental visant à aider financièrement la Grèce en échange de reformes structurelles nécessaires et d’efforts budgétaires soutenus dans le temps. C’est à ce prix que les créanciers consentiront de nouveaux efforts pour faire baisser durablement la dette grecque, objectif ultime de ce programme.

L’Europe doit rester l’espoir des Grecs au bout du tunnel d’austérité.

L’accord de lundi porte en lui un changement important. Pour la première fois, nous avons équilibré les efforts budgétaires avec des mesures de croissance et de soutien social. Pour la première fois apparaît clairement, comme je le souhaitais et l’avais annoncé à Athènes mercredi dernier, une lumière au bout du tunnel de l’austérité pour le peuple grec.

Beaucoup reste à faire pour aider nos amis grecs. L’Europe doit rester leur espoir au bout de ce tunnel d’austérité. C’est la priorité de la Commission européenne et la mienne.

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3 commentaires

  • Jean Barjou dit :

    La Grèce, c’est la cigale de la fable, mais l’Europe ne doit pas se comporter comme la fourmi. Il faut aider la Grèce à s’en sortir, mais pas en la maintenant « sous perfusion » : en contrepartie de l’aide, elle doit accepter que l’UE s’ingère dans ses affaires pour mettre de l’ordre dans son économie, ses finances et son fisc. L’austérité qui lui a été imposée est cent fois pire que celle dont nous nous plaignons en France : il serait intolérable qu’elle se prolonge.

  • george dit :

    I am a Greek who chose to leave his country and find work in the UK in order to feed my family and educate my kids. I never borrowed any money, I never stole anything. I paid my taxes. I never saw any of the billions that have been loaned to Greece. Enough is enough. Make a mistake once you are unlucky, make the same mistake twice you are a fool. Greece has not been saved, the precious banks have had their bonuses assured. There is no light at the end of the tunnel for me, and no matter what the EU says I will not believe a word till I see my situation improve.

  • george dit :

    I am a Greek who chose to leave his country and find work in the UK in order to feed my family and educate my kids. I never borrowed any money, I never stole anything. I paid my taxes. I never saw any of the billions that have been loaned to Greece. Enough is enough. Make a mistake once you are unlucky, make the same mistake twice you are a fool. Greece has not been saved, the precious banks have had their bonuses assured. There is no light at the end of the tunnel for me, and no matter what the EU says I will not believe a word till I see my situation improve.

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