Marine Le Pen veut tuer l’Europe !

L’Europe va avoir 60 ans ! C’est jeune pour un projet politique aussi vaste. C’est beaucoup quand on regarde tout ce qui a été accompli depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le bilan de santé de l’Union européenne fait apparaître sa première vraie maladie politique. On pourrait se dire qu’en 60 ans, elle en a vu d’autres, mais elle semble couver quelque chose de plus aigu, de plus profond, quelque chose qui la ronge de l’intérieur. Les symptômes sont connus et visibles : risque de délitement politique avec le Brexit, perte de sens de l’intérêt général européen portée par une vision commune des 27 Etats membres restants, disparités économiques et sociales, montée des populismes anti-européens, désenchantement des citoyens, distance technocratique des institutions communautaires… La maladie est sérieuse et le pronostic vital est peut-être engagé.

Une seule candidate, Marine Le Pen, propose tout simplement d’achever l’Europe plutôt que de la guérir.

Alors pour soigner l’Europe malade, en France, à l’approche de l’élection présidentielle, chacun enfile sa blouse blanche, se rend à son chevet – avec plus ou moins d’enthousiasme – et y va de son conseil médical. Beaucoup – à droite comme à gauche – proposent des traitements plus ou moins efficaces. Ça se discute démocratiquement. Une seule candidate, Marine Le Pen, propose tout simplement d’achever l’Europe plutôt que de la guérir. J’appelle cela un crime politique !

Car le remède qu’elle propose est pire que le mal : c’est l’euthanasie de l’Europe. Elle est en effet la seule, parmi les prétendants à la magistrature suprême, à faire de la fin de l’euro et de l’appartenance à l’Union européenne un objectif politique.

La France s’est réinventée et s’est renforcée dans l’Union européenne depuis 60 ans.

C’est à la fois une énorme erreur d’analyse historique et économique et une imposture politique sans précédent, qui finiraient par se retourner contre la France elle-même – soudain pestiférée entre les Nations – et contre les plus vulnérables de nos concitoyens – le « peuple », justement ceux qu’elle prétend défendre et qu’en vérité elle accablerait.

Erreur d’analyse tout d’abord: je ne crois pas que la France s’en sortira mieux en faisant cavalier seul, dans le nouveau monde qui se profile, fait de menaces inédites. La France représente aujourd’hui 1% de la population mondiale et son influence est largement liée à notre histoire de grande puissance européenne. Ces héritages s’estompent avec le temps. La France s’est réinventée et s’est renforcée dans l’Union européenne depuis 60 ans. C’est parce qu’elle est un leader européen, que la France reste un leader mondial.

Les soutiens de Marine Le Pen sont-ils vraiment conscients du patriotisme d’un genre nouveau, national-défaitiste, que le Front National propose?

Tuer l’Europe, c’est asphyxier la France. Le projet de Marine le Pen est peut-être, après tout, de proposer à la France l’avenir confidentiel et tranquille des nations périphériques que l’Histoire a oubliées. Qu’elle le dise, alors! Et qu’on me permette deux questions: ses soutiens sont-ils vraiment conscients du patriotisme d’un genre nouveau, national-défaitiste, que le Front National propose? Par ailleurs, les Etats affaiblis finissent généralement dans l’orbite d’un protecteur puissant. Quel serait donc ce protecteur de la France bleue marine ? La Russie poutinienne ou l’Amérique de Donald Trump ? Et de quelle souveraineté parlerait-on alors?

Nous avons donc le choix entre une souveraineté diminuée, celle d’un pays toujours plus petit, et la souveraineté élargie d’une France inscrite au cœur d’une Europe-puissance. Le remède ne peut donc être que le renforcement de l’Europe pour assurer la survie de la France dans un monde où grondent des menaces à l’Est, au Sud et à l’Ouest. C’est ainsi que nous resterons fort à l’échelle mondiale. La France a besoin de l’Europe, elle a le devoir et la capacité de façonner l’Europe, elle ne doit pas se retirer dans un isolationnisme qui ne correspond pas à nos valeurs ou s’absorber dans la contemplation nostalgique de sa grandeur passée.

Le Front National ment aux plus fragiles, qui seront les premiers touchés.

Mais au-delà de l’analyse, c’est l’imposture politique qui me fait m’indigner. En effet, le Front National ment aux plus fragiles, qui seront les premiers touchés. Ils seront les premières victimes de la remontée des taux d’intérêts et de l’inflation qui suivrait un « Frexit », de la dévalorisation des patrimoines et de l’épargne qu’il entraînerait, de la perte de confiance dans notre économie et du chômage massif qui en découleraient.

Voter Le Pen, c’est quitter l’euro et donc retrouver une monnaie nationale dévaluée et perdre du pouvoir d’achat. Il faut le dire et combattre cette folie mortifère. Sans la protection de l’euro, les marchés attaqueront nos banques et donc notre épargne. Sans l’Union européenne, nous n’aurions plus le porte-voix européen et personne ne nous entendrait appeler à l’aide dans la récession. Car, quoi qu’en disent ses mauvais prophètes, la fin de l’Euro, la fin de l’Union ne seraient pas une catharsis, mais un cataclysme, dont la France serait la première victime.

« Le nationalisme, c’est la guerre ». Et à la guerre, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent en premier!

Je ne suis pas un Européen naïf ou béat. J’entends les insatisfactions et les critiques à l’égard de l’Europe. Il faut y répondre, et pour cela entendre le désarroi qu’expriment ceux qui se sentent perdants dans la mondialisation. Oui, il faut protéger mais sans céder à la solution fallacieuse du repli nationaliste et du démantèlement de l’Europe. Car comme le disait François Mitterrand: « le nationalisme, c’est la guerre ». Et à la guerre, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent en premier!

Je veux donc adresser un message à ceux qui se rendront aux urnes en mai prochain. Vous avez le droit d’être en colère contre les partis, contre la politique, contre les institutions européennes. Mais ne cassez pas l’Europe, ne brûlez pas notre maison commune! L’Europe, c’est notre avenir et notre protection. Y renoncer, c’est aussi blesser à mort la France. L’Europe a besoin de médecins, pas de charlatans. Nous devons la soigner, et non l’achever.

Une réflexion au sujet de « Marine Le Pen veut tuer l’Europe ! »

  1. Merci Monsieur Moscovici pour ce plaidoyer que je partage totalement. Il reste aux républicains authentiques à accélérer le processus européen :

    – aller plus vite dans la mise en œuvre d’une protection sociale communautaire ;
    – mettre en commun les moyens militaires pour se préparer à l’affaiblissement de l’OTAN suite au retrait du Royaume Uni et de l’élection de Donald Trump ; Les agitations du dirigeant russes aux portes de l’Europe sont un élément de plus ;
    – construire une économie commune : la monnaie est unique pour un certain nombre de pays, mais les économies et les budgets restent souverais …

    Et sans aucun doute plein d’autres choses encore, que ni le Front National de Madame le Pen, ni les extrêmes d’autres pays dont les voix s’élèvent toujours plus fort et qui séduisent de plus en plus d’électeurs ne seront en mesure de prendre à leur compte (Pays-Bas, Allemagne, Italie, Hongrie, …).

    Alors encore une fois, merci pour votre contribution,

    Respectueuses salutations,

    Richard Stierlam

Les commentaires sont fermés.